30 janvier : les profs se préparent pour la grève

profSelon le bureau d’études Profacts, à peine 21% des Belges soutiennent l’action nationale de lundi prochain. Et ils ne seront que 11% à participer aux actions prévues ce jour-là.1 Celle-ci aura pourtant bien lieu. Pour les syndicats, elle reste le meilleur moyen de se faire entendre du gouvernement. Mais que réclament-ils? Que le 1er Ministre et son équipe revoient leur plan de rigueur (d’austérité?) qui, selon eux, touche davantage les salariés et les allocataires sociaux. Ils souhaitent le retour du dialogue… et de la concertation.

Pour Van Quickenborne, il faut faire davantage de réformes

Et ce ne sera pas simple, surtout que le pays vient de perdre son « AA+ » pour un « AA ». L’agence d’évaluation financière Fitch a abaissé vendredi la note de cinq pays, dont la Belgique. Et il y a fort à parier que le gouvernement y verra un nouveau signe qu’une batterie de mesures supplémentaires est nécessaire.

Les syndicats sont confiants

Et les enseignants? Ils ont déjà beaucoup perdu ces dernières semaines (et ne pas savoir ce qu’il adviendra de nos DPPR ne fait qu’en rajouter une couche)  et, selon le front commun syndical, devraient être nombreux à débrayer. Enseignons.be pense cependant que beaucoup se rendront malgré tout au travail. Les nombreuses réactions sur notre plate-forme laissent croire que les avis sont très partagés. Ainsi, ce professeur donne déjà rendez-vous à ses élèves : « Je lis « grève générale, c’est grève générale » mais si moi je n’ai pas envie d’y participer, qui pourra m’en empêcher? Si vous êtes libres de faire grève, je suis libre de vouloir prendre ma classe en charge ce jour-là! » Et cette autre enseignante d’ajouter : « C’est une grève nationale, mais décidée par une minorité de la Nation qui empêche de bosser la majorité qui n’a pas envie de faire la grève… ou n’en a pas les moyens. Si le fait d’exprimer son mécontentement est un droit, celui de bosser l’est tout autant. C’est une grève nationale faite pour cautionner les futures élections syndicales…. et essentiellement par la fonction publique, qui est malgré tout minoritaire. Non, je ne ferai pas grève lundi! »

Tous les profs ne l’entendent cependant pas ainsi. Et le débat fait rage entre ceux qui iront travailler… et ceux qui descendront dans la rue.

Avez-vous connu ce qu’on a appelé « les grandes grèves » dans les années 90? Si vous avez ce que vous avez dans votre porte-feuille aujourd’hui, c’est grâce à ces hommes et ces femmes qui se sont battus pour leurs droits et leur dignité. Les avez-vous seulement remerciés? Savez-vous ce que c’est que de se battre de la sorte pendant un mois? Qui en a réellement souffert? Les enseignants que les politiques ont réussi à monter les uns (grévistes) contre les autres (non grévistes)… Alors, parlons pour l’avenir des générations à venir tout en pensant un peu à notre confort de fin de carrière.

Quoiqu’il en soit, on annonce de fortes perturbations dans les écoles. Les journaux du groupe Sudpresse ont tenté de savoir, dans toutes les provinces, quels seront les établissements scolaires qui resteront portes closes. Et si la liste n’est pas exhaustive, elle vous donnera une petite idée de ce à quoi il faut s’attendre.

Notons toutefois que, même si un établissement fait grève, il est dans l’obligation d’assurer l’accueil des élèves. Toutes les écoles doivent rester joignables pour les parents désireux de leur confier leur(s) enfant(s). Mais rien n’oblige les enseignants – ni les directions d’ailleurs – à se rendre à l’école. Les pouvoirs organisateurs seront certainement sur le pied de guerre pour assurer, ici et là, l’une ou l’autre permanence.

Enseignons.be vous informera

Vous êtes syndiqué (ou non) et vous souhaitez suivre le mouvement? Rien ne vous oblige à en informer votre établissement lundi matin. Les professeurs absents seront automatiquement déclarés grévistes et recevront, s’ils sont syndiqués, une petite indemnité de leur syndicat censé limiter le manque à gagner (ce montant est inférieur au salaire d’une journée). Pour ce faire, l’enseignant doit remplir une carte de grève qu’il remet à son syndicat.2 Et si vous allez travailler? Votre école devrait vous inviter à signer un document attestant que vous étiez bien présent ce lundi… document qui sera ensuite envoyé à l’administration. Mais toutes ne le feront pas et il est donc possible qu’un enseignant en grève touche son salaire malgré tout…

Les syndicats devraient organiser des piquets mobiles devant les écoles. Partez donc un peu plus tôt si vous souhaitez arriver à l’heure3 Enseignons.be sera présent pour prendre la température sur le terrain… Et notre page Facebook restera active…

  1. Profacts a interrogé 1.054 Belges début janvier. []
  2. Renseignez-vous auprès de votre syndicat afin de savoir s’il vous la donnera ou pas… tous ne le feront pas. []
  3. Sur la route, les militants syndicaux ont prévu des barrages filtrants. []


Vos commentaires

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  1. Cismas dit :

    Et quand on ne peut pas se déplacer au travail car on n’a pas de voiture et que les trains sont en grève? Je suis pas gréviste mais je peux pas aller jusqu’à mon école qui est à 1h 30 de train de chez moi…

  2. laurent dit :

    Pareil pour moi. ^^

  3. laurent dit :

    C’est affligeant.

    • lili dit :

      D’accord : on n’a pas les moyens de faire grève et de toute façon, ça ne servira à rien !
      Mais MOI je serai en grève!
      En mai, bien sûr on n’a pas obtenu ce que l’on voulait mais le peu que nous avons pu en retirer, les non-grévistes en bénéficient aussi ! LE DROIT DE NE PAS ADHERER AU MOUVEMENT, CHACUN PEUT LE REVENDIQUER MAIS JE NE CONNAIS AUCUN NON GREVISTE QUI A REVENDIQUE POUR NE PAS BENEFICIER DES AVANTAGES QUE LA GREVE APPORTE !
      J’AURAI 53 ANS TRES PROCHAINEMENT (JE VAIS TRAVAILLER MEME QUAND JE SUIS MALADE CAR JE PENSE AUX COLLEGUES QUI DEVRONT PRESTER MES SURVEILLANCES ET SE PARTAGER MES PETITS ELEVES POUR LESQUELS J’AI AUSSI BEAUCOUP DE RESPECT : BREF J’AIME MON METIER MALGRE LES DIFFICULTES).
      EN FAISANT GREVE, JE PENSE A MOI BIEN SUR MAIS AUSSI A EUX, AUX JEUNES…
      MON FILS A 24 ANS (UNIVERSITAIRE ET TRAVAILLE) MAIS SA COPINE (INSTIT MATERNELLE DEPUIS BIENTOT 2 ANS) EST AU CHOMAGE : ELLE A SEULEMENT TRAVAILLE 2 MOIS 1/2 A MI- TEMPS MAIS LE FOREM LA CONVOQUE POUR LUI DEMANDER D’ORIENTER SES RECHERCHES D’EMPLOI VERS LA VENTE ET LUI PROPOSE UN BOULOT 1/2 TEMPS DANS UNE SANDWICHERIE / TROP SYMPA!!!
      S’INSTALLER ENSEMBLE ? ILS N’Y PENSENT MEME PLUS ! AVOIR DES ENFANTS : ON OUBLIE MEME SI ON EN A ENVIE !
      ET QUAND ILS POURRONT ENFIN CONCRETISER LEURS REVES, PEUT-ETRE QUE CE METIER QUE J’AIME AURA EU RAISON DE MOI ET QUE LES PETITS-ENFANTS, QUE J’ATTENDS AVEC IMPATIENCE, DEVRONT SE PASSER DE MAMILI !
      EN TOUT CAS VOUS LES NON-GREVISTES, JE PARTAGERAI AVEC VOUS LE PEU QUE NOUS OBTIENDRONS ( PAS DE BON COEUR MAIS ENCORE UNE FOIS JE N’AI PAS LE CHOIX !)
      BON LUNDI A VOUS.
      EN CE QUI CONCERNE, A MES COLLEGUES NON-GREVISTES JE LEUR SOUHAITE UNE BONNE JOURNEE DE CONGE CAR CHEZ NOUS, IL Y AURA PEU OU PAS D’ELEVES.

      • joke dit :

        Ne jetez pas la pierre trop vite aux non-grévistes Lili.
        Chacun réagit en fonction de son passé et de son présent. Dès lors, chaque situation est bien différente et ce que vous dites avec votre enfant, certains l’ont vécu déjà dans les années 85 (Val duchesse, suivi des années 90 et 96 …).
        Rien que dans les désignations, il y a eu des inégalités (pour être classé, il faut 240 jours et encore du piston après). C’est écoeurant et précis. Est-ce toujours le cas aujourd’hui ?
        Avant, une pause carrière devait être remplacée par un chômeur complet indemnisé. Moralité : avec 2h de nomination vous étiez de la revue. Mieux, celui qui reçoit l’intérim peut devenir prioritaire sur vous !
        La liste peut être longue…

    • Lucky dit :

      Mensonge… Après avoir fait grève 6 mois en 89-90, je peux vous dire que nous sommes revenus en classe en n’ayant RIEN obtenu…. Ou alors des cacahuètes…

      Depuis lors, je me suis juré de ne plus JAMAIS faire grève…

      Comme je dis toujours, les parents n’auront pour leurs enfants que les profs qu’ils méritent… Ce sont eux qui doivent descendre dans la rue. Moi, j’ai trop donné en 89 : des milliers de kilomètres en voiture et à pied, je n’ai jamais été aussi peu chez moi… Dégoûté j’ai été…

      Prof… espèce en voie de disparition… bientôt protégée ?

      • Mimi dit :

        J’ai eu la même expérience que vous et la même réaction.

      • pascal dit :

        Tout à fait d’accord avec Lucky. Je n’ai pas fait grève pour les mêmes raisons.
        En 91 et 96, on nous a mangé tout cru ! J’ai laissé un mois de salaire dans l’aventure et pour quel résultat ????? Mon école a perdu 25% de son corps professoral puis de sa population avec les mesures qui se sont succédées (Di Rupo et Onkelinx en tête).
        Bien sûr ce qui arrive est honteux mais si le gouvernement ne réagit pas maintenant, nous serons bientôt dans la situation de la Grèce.
        La grève va nous coûter un saut d’index. Est-ce bien malin ?
        Faisons une manif monstre un dimanche et j’en serai !!

  4. evy dit :

    Dans les années 90, certaines écoles se consultaient, un jour une école faisait un piquet devant une autre et inversement le lendemain. Le manque à gagner était moins difficile et il y avait une vraie solidarité. Maintenant ceux qui ont reçu plus en prime de fin d’année sont contents mais étaient-ils allés manifester l’année passée ? Diminution du nombre maximum d’élèves par classes (28 au lieu de 30), ce n’est pas encore parfait mais ça bouge. Qui dit que montrer son mécontentement ne sert à rien? Une grèviste qui pense à l’avenir de ses enfants et de ses élèves.

  5. Bauduin dit :

    SI les enseignants grévistes touchent leur salaire, ce sera parce que la direction n’aura pas fait son travail de les renseigner ! Cela génère des tensions au sein des équipes ! Est-ce juste et responsable de la part d’une direction d’établissement ? Si cela se passe comme cela dans l’école où je travaille, je dois me taire ? Je n’ai aucun pouvoir ?

    • lili dit :

      Dans mon école, la direction fera son travail et renseignera les grévistes tout en respectant le droit de chacun : grévistes et non-grévistes ! Mais si ce n’est pas le cas dans toutes les écoles : malhonnêteté garantie !!!!
      Je ne voudrais pas travailler dans ce genre d’établissement !

  6. laurent dit :

    Les enseignants ne sont plus solidaires comme par le passé. C’est vraiment triste. Il faut faire grève et se faire entendre au lieu de tout accepter comme des mollusques. Quand je vois la solidarité des agents TEC (pour ne citer qu’eux), le monde enseignant est affligeant.

    • Lucky dit :

      A Lili et Laurent

      Oui, le monde des enseignants est affligeant… et très individualiste…

      Après 6 mois de grève en 89-90, j’ai été dégoûté.
      Si 6 mois n’ont pas suffi… alors un jour…

      Je serais intéressé de voir le progrès substantiel de nos revendications que vous aurez obtenu, vous les grévistes d’un jour…

      Les grèves dans l’enseignement n’ennuient que (un peu) les parents… et encore…

  7. Assez d’accord avec vous Lili et Evy ! La phrase qui revient le plus souvent dans la bouche des non-grévistes et des non syndiqués, est « une grève ne sert à rien… ». C’est vrai, souvent les journées de grève comme celle d’aujourd’hui n’apporte que peu de résultats mais la mobilisation, si elle est au rendez-vous, donne un signal à nos décideurs politiques : ils savent que s’ils s’obstinent, ils provoqueront un blocage complet du pays avec toutes les conséquences financières et en terme d’image que cela peut avoir. Les grévistes d’aujourd’hui savent qu’il faut faire des efforts, que les budgets ne sont pas en équilibre et que leur équilibrage passera inévitablement par leur portefeuille… Ce qu’ils veulent, c’est que cet effort soit réparti de manière plus équitable, que ce ne soit pas, une fois de plus, la classe moyenne et les plus précarisés qui soient seuls à en faire les frais. Que les institutions qui ont provoqué cette crise, tout au moins à l’échelle de la Belgique, soient mises à contribution !