Le thème du débat de l’émission « Controverse », ce dimanche sur RTL-TVI? La pénurie d’enseignants… D’où cette question « les profs n’ont-ils plus la cote? ». Un titre mal choisi puisque, comme l’a fait remarquer l’un des invités, Marc Evrard, préfet de l’A.R. Andrée Thomas de Forest, les profs ont plus que jamais la cote… puisqu’ils sont devenus rares. Ce qui n’a plus la cote, c’est le métier en général. Bon allez… le sujet a été débattu des centaines de fois ces derniers mois mais bon… peut-être apprendrons-nous quelque chose. Nous nous installons donc confortablement devant la télévision. Les invités sont des habitués des débats dominicaux : Marie-Dominique Simonet, ministre de l’Enseignement (of course), Eugène Ernst et Pascal Chardome représentant les syndicats, Hakim Hedia, président de la FAPEO, la Fédération des associations de parents de l’enseignement officiel, Pierre-Paul Boulanger, président de l’UFAPEC, l’Union des fédérations des associations de parents de l’enseignement Catholique… Étonnamment, pas un seul enseignant en activité sur le plateau. Enfin presque… les téléspectateurs ont pu découvrir Jessica, universitaire diplômée en journalisme et en sciences politiques, sans formation pédagogique… Ne trouvant pas de travail – mais intéressée de découvrir le monde de l’enseignement et ses enjeux – elle a plongé dans le grand bain en temps qu’Article 20… puisqu’elle ne disposait pas du titre requis. Aujourd’hui, Jessica a quitté le métier – comme 40% des jeunes profs avant leur 5e année – et son témoignage a certainement choqué quelques personnes1. Il faut dire que son début de carrière n’était pas folichon.
J’avais envoyé le CV au ministère, une école m’a appelée un mardi. On me demande de me présenter le mercredi matin pour rencontrer le préfet. Un entretien rapide… qui s’axe plus sur « est-ce que vous vous sentez capable? » Voilà, c’est plutôt du feeling. Oui, je me sens capable… Je ne sais pas dans quoi je m’embarque donc oui, je me sens capable. Le jeudi matin, soit 24 heures plus tard, je suis enseignante! »
Le règne de la débrouille
Non, ne riez pas… ce qu’a vécu cette jeune femme, des centaines d’enseignants le vivent chaque année. Comme l’a bien rappelé la ministre Simonet, la pénurie d’enseignants, c’est d’abord du ressenti… En début d’année, le cadre est complet. Mais c’est à partir d’octobre que les choses se compliquent. Et là, on prend ce qu’on peut. Et « ce qu’on prend » doit se débrouiller seul(e). C’est cruel mais c’est ainsi. Du coup, les jeunes ne restent pas. Comme le dit Eugène Ernst « nous ne manquons pas spécialement d’enseignants forcés mais nous n’arrivons pas à les garder ». Pourquoi? Jessica a sa petite idée…
Jeune enseignant(e) = classe poubelle, c’est mon ressenti. (…) Il faut un accompagnement concret, un soutien, une écoute, un support structurel dans l’école. Je voyais dans mon école une hiérarchie. Les enseignants en fin de carrière avaient les « meilleures classes ».
Bien sûr, la responsabilité de l’accueil des nouveaux enseignants et le choix de leurs attributions revient aux directions d’école. Des initiatives existent et semblent même porter leurs fruits. Mais elle se comptent sur les doigts d’une main et sont souvent portées par des enseignants passionnés qui s’investissent bénévolement au sein de leur établissement. Sans moyens supplémentaires, on aura beau parler et parler encore, il sera difficile d’essaimer les bonnes pratiques. On ne peut pas ne compter que sur la bonne volonté. Marie-Dominique Simonet :
Il est vrai que les moyens structurels n’ont pas été prévus mais, (s’adressant aux syndicats) reconnaissez avec moi, que lors des négociations sectorielle, j’avais mis sur la table un montant de 10 millions d’euros pour l’accueil et la formation des jeunes enseignants. Ce n’est pas cette proposition qui a été retenue et nous avons mis les moyens, à votre demande, sur les primes de fin d’année.
Un salaire peu attractif
Tout est une question de priorités… Et le salaire? Peut-il décourager certaines vocations? Selon Marc Evrard, un jeune régent peut espérer gagner aujourd’hui 1.500 euros nets en commençant sa carrière. Crédible? Pas selon cet enseignant : « J’ai été diplômé en 2007 et, avec un temps plein – ce que beaucoup d’enseignants n’ont pas, il faut le rappeler – j’ai gagné en moyenne 1.300 euros nets la première année (comme isolé au barème 301, titre requis). Après cinq ans, je gagne effectivement 1.550 euros par mois. Ce n’est pas ridicule comme salaire mais ceux qui n’ont pas d’horaire complet ou sont obligés de faire les navettes entre deux, trois ou quatre écoles pour avoir un temps plein y laissent des plumes… beaucoup de temps et beaucoup d’argent. »
La revalorisation du salaire passera peut-être par un allongement de la durée des études pour devenir enseignant. L’occasion aussi de mieux préparer les étudiants tout en mettant l’accent sur certains besoins qu’ils disent ressentir sur le terrain. On le sait, les jeunes profs regrettent leur maigre bagage en détection des troubles de l’apprentissage, techniques de remédiation ou gestion de publics issus de la « diversité culturelle ». Sans oublier la revalorisation de l’image sociétale : tous les enseignants à Bac+5 = plus de hiérarchie au sein des écoles, par exemple.
Et cette reconnaissance? Nadine (prénom d’emprunt) est enseignante dans le domaine technique professionnel depuis 25 ans. « C’est un beau métier qui demande beaucoup d’énergie et une remise en question constante. Ce n’est pas reconnu. Et c’est difficile de garder la foi. Ça n’attire pas les jeunes car tout le monde demande à être reconnu dans des efforts et dans son travail. »
D’autres pistes? 1. Aboutir enfin sur la réforme des titres et fonctions, l’uniformisation des statuts (mais la ministre y travaille) afin de stabiliser les enseignants le plus rapidement possible. 2. Créer des passerelles entre les écoles des différents réseaux afin de lutter contre la pénurie tout en permettant à certains enseignants d’avoir un horaire complet…
C’est un vrai tabou idéologique… parce que dans la pratique, ce ne serait pas compliqué à mettre en oeuvre. Imaginez une école X du réseau officiel qui offre une option « électromécanique » à ses élèves. Le nombre d’élève inscrits ne permet pas à l’enseignant titulaire d’avoir un horaire complet. Mais à quelques kilomètres de là, dans l’école Y, du réseau libre, par exemple, on propose la même option et on ne trouve personne pour assurer les cours. Pourquoi ne pas permettre à l’enseignant de prester dans ces deux écoles? Non, on préfère laisser les élèves sans cours… ou engager un enseignant qui n’est pas qualifié. Pire, certains jeunes profs hésitent à quitter le réseau dans lequel ils ont commencé leur carrière de peur de perdre leur ancienneté. On multiplie les temps partiels… et on s’étonne qu’il y ait pénurie? Décloisonnons notre enseignement et on y verra peut-être plus clair.
Les élèves et les parents sont devenus des consommateurs
Eugène Ernst : « Le marché scolaire existe plus fort en Communauté française que partout ailleurs. Il existe une liberté d’inscription… et le marché scolaire et la concurrence entre établissements fait que l’enseignement est devenu une entreprise et les parents comme les élèves ont maintenant des comportements des consommateurs. Le respect de l’institution scolaire et de ses acteurs a donc disparu. »
A la fin de ce débat, on a envie de dire « Assez de paroles! Place aux actes! » Il y a du pain sur la planche… Comme le dit Pierre-Paul Boulanger : « J’ai ici la déclaration du gouvernement de 2009… Il y a cinq pistes pour lutter efficacement contre les pénuries. En milieu de législature, on constate qu’il y a des pistes qui ne sont même pas commencées – ou sur lesquelles on ne communique pas assez – ou bien on constate que des moyens prévus pour ces politiques sont affectés à d’autres choses. » Au travail!
- Ceux et celles qui ne sont pas enseignants. [↩]
« Comme l’a bien rappelé la ministre Simonet, la pénurie d’enseignants, c’est d’abord du ressenti… »
Tout va très bien Madame La Marquise Simonet (comme d’habitude)…
On en reparle dans 5 à 7 ans…
J’ai vu le débat : on tourne en rond, comme toujours. Je voudrais insister sur un point : il n’y a pas pénurie d’enseignants (sauf exceptions), mais bien pénurie d’INTERIMAIRES, le plus souvent pour des temps partiels et pour des durées très courtes (moins d’un mois) ! C’est cela qui dégoûte beaucoup de jeunes enseignants, cet aller-retour constant entre de nombreuses écoles (nouveaux élèves, nouveaux cours, horaires délirants, etc.) et le chômage, plein de paperasses à remplir à chaque changement d’affectation, pour être payé au lance-pierres !
Et pourtant, je cite :
« C’est un vrai tabou idéologique… parce que dans la pratique, ce ne serait pas compliqué à mettre en oeuvre. Imaginez une école X du réseau officiel qui offre une option « électromécanique » à ses élèves. Le nombre d’élèves inscrits ne permet pas à l’enseignant titulaire d’avoir un horaire complet. Mais à quelques kilomètres de là, dans l’école Y, du réseau libre, par exemple, on propose la même option et on ne trouve personne pour assurer les cours. Pourquoi ne pas permettre à l’enseignant de prester dans ces deux écoles ? Non, on préfère laisser les élèves sans cours… ou engager un enseignant qui n’est pas qualifié. Pire, certains jeunes profs hésitent à quitter le réseau dans lequel ils ont commencé leur carrière de peur de perdre leur ancienneté. On multiplie les temps partiels… et on s’étonne qu’il y ait pénurie ? Décloisonnons notre enseignement et on y verra peut-être plus clair. » BRAVO !
Mais cela, ce n’est pas pour demain, croyez-en mon expérience : il y a trop d’intérêts divers en jeu, trop de chasses gardées à protéger ! Ajoutez à cela que l’intérimaire ne peut compter que sur l’aide (s’il a de la chance) de la direction (débordée), de ses collègues (bénévolement, bien sûr !).
Vous imaginez-vous un instant ce que c’est que de débarquer du jour au lendemain dans une nouvelle école, devant des classes qui vont bien sûr vous « tester » dès la première minute ?
Préparer des cours que vous n’avez jamais donnés, du jour au lendemain, en disposant (dans le meilleur des cas) du programme et (si vous êtes TRES chanceux) du journal de classe de l’enseignant que vous remplacez au pied levé ! Vous procurer la liste des élèves, le règlement de l’école, repérer où se trouvent le bureau des éducateurs, les toilettes, la photocopieuse, la salle des profs, etc. Vécu : « Vous n’avez qu’à demander leur classeur aux élèves, pour voir où ils en sont, pour préparer les cours du lendemain. » Oui, et en attendant, je fais quoi : « mais …vous prenez contact avec eux, vous faites connaissance, vous les occupez, quoi, vous êtes enseignant, non ? » Ben heu, justement, je suis enseignant, pas animateur de club de loisirs…
Bravo à Jacqueline D. Enfin quelqu’un qui a compris qu’on ne manque que d’intérimaires ! Avec le recul des pensions, ça ne va pas s’arranger… Voilà 3 ans que j’enseigne et que j’essaie d’accumuler des jours dans une voie (vu que l’ancienneté ne se cumule pas d’un réseau à l’autre). L’an passé j’ai fait jusqu’à 10 écoles pour un temps plein. Aujourd’hui j’ai 1/3 garanti pour l’année et je fluctue avec des compléments en fonction des malades. L’Onem ne m’a toujours pas payé mon complément pour décembre (mon dossier est en cours d’analyse…). HONTE AUX DIRIGEANTS DE CE PAYS !!!! Malgré ce système qui nous broie, j’adore ce que je fais avec les enfants, alors je continue…
Je trouve votre témoignage très intéressant et vous conseille de l’envoyer à Madame Simonet. Celui-ci l’aidera peut-être à mieux se rendre compte de la réalité du terrain.
Ce que j’ai bien aimé, c’est la prof qui a témoigné de manière anonyme, avec camouflage de la voix. Du vrai journalisme « controverse ».
Dommage que l’on n’ait pas invité des profs heureux, des élèves enthousiastes, des parents reconnaissants.
Ou bien vis-je dans un monde à part ? Suis-je le seul à aimer mon métier ?
Quant aux « solutions », j’en suis à me demander si la situation actuelle n’arrange pas tout le monde.
Par exemple j’aurais bien posé la question à madame Simonet à 200 000 000. C’est le montant que la CF a transféré à la Région wallonne. Le salaire de 4000 profs. Les 4000 profs qui manquent et que l’on « espère bien ne pas trouver sinon on accusera une perte de 200 000 000 € » ?
J’ai regardé le débat, et on entend toujours les mêmes parler de la même chose depuis des années… mais rien ne bouge.
Madame Simonet est même d’une mauvaise foi crasse, mais ce n’est que mon impression.
Enfin bref.
Plus fondamentalement, je commence à en avoir plus qu’assez d’entendre que la formation en 3 ans n’est pas suffisante et qu’elle ne prépare pas bien aux réalités du terrain.
Deux réflexions à ce sujet :
1) Il faudrait plutôt se pencher sur le contenu des grilles-horaires actuelles et même sur ce qui est réellement donné dans certains cours. Là, il y aurait des choses à revoir. Exemple dans mon cursus, il y a 6 ans : 30 heures de cours d’ »Évaluation des apprentissages » ayant pour seul contenu au final : « il y a du formatif, du certificatif et du sommatif »… No comment ! Un cours de « Techniques de gestion de groupe » résultant sur des techniques inapplicables (je n’ose même pas les essayer sur mes élèves, ils me riraient au nez… au mieux ! ). Et les autres exemples ne manquent pas.
2) Que les écoles normales fassent réellement le tri et puissent « éjecter » ceux qui n’ont (et n’auront) vraisemblablement pas les qualités requises pour le métier. Oui on est en pénurie, mais il ne faut pas accepter n’importe qui.
Le « nouveau dada » de tous ( ministère, syndicats, directions, parents, … ) est donc le passage à 5 ans de formation initiale. Je ne pense pas que cela changera quoi que ce soit aux réelles difficultés du jeune enseignant : se stabiliser dans une école, le comportement déplorable de certains (une majorité dans certains cas, il faut le dire ! ) élèves, le manque de reconnaissance et de respect ( parents, direction, … ), les tracasseries administratives, …
Comme dit plus haut, qu’on revoie déjà la formation en trois ans, qu’on en évalue les effets après coup et qu’on en rediscute.
Il est bien évident que la formation actuelle des enseignants est insuffisante car donnée par des gens qui n’ont (pour la plupart) jamais dû prendre en mais une classe de l’enseignement obligatoire ou ont fui cet enseignement dans lequel ils se sentaient mal à l’aise… Et qui n’affichent que mépris pour les enseignants de terrain qui ne sont « que » régents ! Mépris que l’on peut comprendre puisque ce sont eux qui les forment (mal bien sûr !)
Je remercie la ministre d’avoir souligné l’importance d’un titre pédagogique ! Ce n’est pas tout d’avoir une compétence, il faut aussi savoir la transmettre !
Moi je suis pour la formation des enseignants en 5 ans MAIS 3 années de plein exercice avec des stages et 2 années en plus en alternance à mi-temps comme enseignant débutant et à mi-temps en formation scolaire ! A suivre…
Pour résumer : le jour où mon fils de 25 ans a entendu le montant de mon salaire d’instit, il m’a simplement dit : « Maman, tu es vraiment très courageuse! »
Il m’a vue donner tellement de temps pour mon métier (que j’aime toujours autant !), qu’il pouvait se permettre cette remarque.
Donc 5 ans d’études avec, à la clé, les mêmes conditions de travail et le même traitement : faut être fou ou complètement désespéré car même très motivé, au fil des années, ça use ! Et pas que les souliers ! Amen.
Ministre incompétente !!! Directeurs d’établissements au bord de la crise de nerfs !!! Prof furieux !!! Syndicalistes épuisés !!! Vive la Fédération W-B….
Je trouve très représentatif qu’aucun prof ne se trouve sur le plateau. Tout se fait toujours sans nous demander notre avis, y compris les débats !! L’enseignement se portera mieux quand ses premiers acteurs seront consultés et entendus ! En attendant, tout est géré par des gens qui n’ont jamais été enseignants ou qui ont su trouver une porte de sortie…
Ce sont les responsables politiques et notamment l’incompétente Simonet qui n’ont plus la cote. Ils se tapent des salaires de 15 000 euros net par mois avec les cadeaux pendant que le secteur non-marchand galère.
ET SI LA PRESSE COMMENCAIT PAR CESSER DE NOUS APPELER DES « PROFS » ? Dit-on flic, baveux ou pute pour (respectivement, quoique) policier, avocat ou prostituée ?
Pour demeurer enseignant, il faut être passionné… ou inintéressant. Car de la façon dont on est traités par le « système » et la société, ou bien on veut absolument rester enseignant, ou bien on est incapable de faire autre chose. Après 17 ans de carrière, je réenvisage chaque année la question : je reste ou je quitte ? Trop bête pour partir peut-être…
Mais c’est normal !!!! Normal de quitter le métier quand ce sont les parents et les enfants qui jouent au pantin avec les directons…
C’est normal de s’en aller en courant quand on est convoqué par une direction qui dit à son enseignant : « Il faut changer ton comportement vis-à-vis des enfants, être moins sévère, tu fais trop copier les enfants… » Bref tu dois travailler moins… Bref si tu ne changes pas, tu dégages!!!!
Je suis tout à fait de votre avis, certains directeurs plient devant les parents (il ne faut surtout pas perdre un élève !!!). Ce qui ne fait que compliquer le rôle des profs. Dans mon école, il faut savoir que certains parents viennent se plaindre avec leur avocat (si si, mais c’est rare heureusement) !!
Bonjour,
Je connais des enseignantes diplômées et qui aiment leur métier. Malheureusement, elles doivent respecter le principe de neutralité… oui, elles sont de confession musulmane et elles ne demandent qu’à porter un bête châle sur la tête… en pirate… ne serait-ce pas une occasion d’encourager des jeunes filles marocaines à suivre des études en pédagogie… il est vrai que c’est un métier difficile mais, que notre pays se retrouve sans enseignant et engager des personnes qui n’ont pas « la méthode »… sincèrement,… il est temps de se reposer les bonnes questions !!!
Ne doit-on pas déjà apprendre le respect des autres et la tolérance au sein d’une classe ? Ne serait-ce pas un début si l’enseignant avait une autre nationalité ou une autre religion ?
Evidemment…aucune religion ne peut enseigner au sein de la classe, cela va de soi !
Mais bon, c’est mon avis…
« cela va de soi », je me marre !
Je pense que là, vous êtes hors sujet. Quel est le rapport entre le manque d’enseignants et le fait d’accepter des professeurs portant un « châle » sur la tête ? La religion ne devrait plus avoir de place dans les écoles, faute au pacte scolaire (qui n’est plus d’une première jeunesse)! C’est une vision très limitée que de parler de respect d’autrui uniquement en rapport avec la nationalité ou la religion. Il y a bien d’autres façons d’être respectueux sans tout ramener toujours à la religion.
Je ne sais pas par quoi commencer, tellement il y aurait à dire ! Tout d’abord, c’est une absurdité et un gaspillage absolus de conserver autant de réseaux d’enseignement en concurrence, et dans lesquels les enseignants sont prisonniers faute de perdre leur ancienneté. Ces réseaux ont des règles de titularisation différentes, ce qui crée une inégalité entre professeurs sur le plan statutaire qui n’existe dans aucun autre corps de métier – enseigner, c’est du « public », sans aucun des avantages du public !!!
C’est un métier difficile, dangereux pour la santé mentale, qui n’est aucunement valorisé : il faudrait des primes pour tenue de classes difficiles, et des aides et soutiens au sein des établissements.
C’est également un métier où l’on n’est guère défendu par les différents syndicats, qui – mais ce n’est pas l’apanage de l’enseignement – sont trop souvent de mèche avec les politiques.
Bref… c’est dur à dire, mais je souhaiterais, à la limite, qu’il n’y ait plus d’enseignants du tout pour qu’enfin un gouvernement ait le courage de prendre les décisions nécessaires. Le tabou dont vous parlez a été mis en place il y a plus de 50 ans – il a juste permis de mettre en place un réseau plus « élitiste », où l’argument phare est la « discipline » : ceux qui ne s’y plient pas se retrouvent dans les réseaux « poubelles »…
Moi je suis surprise de voir ces jeunes enseignants qui commencent leur carrière en gagnant 1500 euros par mois. Personnellement cela fait 13 ans que je travaille et je gagne 1600 euros par mois que depuis janvier…
Petite précision, 1500€ pour commencer, en tant que titulaire d’un master peut-être mais pas en tant que régent! J’ai eu la chance de trouver directement un temps plein en tant que régente dans une chouette école technique et professionnelle, mais je ne gagnais guère plus de 1250€ à l’époque (en 2003).
Pour reprendre les mots de quelqu’un sur FB, « un débat sans prof, sans PO, sans enseignons.be, ce n’est pas un débat mais une tribune politique ».
Je plussoie !
Visiblement Madame la Ministre a opté pour la politique de l’autruche TOUT VA BIEN !! Le manque d’enseignants compétents et diplômés n’est qu’un ressenti !! Les enseignants usés, fatigués, dénigrés et mécontents sont une minorité !! Pourquoi n’invite-t-on jamais TOUS ces profs motivés et passionnés par ce merveilleux métier !! … Hé bien ! c’est pas prêt de s’arranger avec une approche pareille … TOUT VA BIEN, Merci Madame la Ministre … Mais ça me conforte dans mon idée : je n’y resterai pas une minute de plus, dès que je pourrai, je quitte ce foutoir !!!
Pauvre mademoiselle « Jessica » ! vous avez juste été confrontée à votre incompétence … Nombreux sont ceux qui pensent que tout le monde peut enseigner … » … devenue enseignante 24 heures plus tard » dites-vous !!! Vous pouvez donc maintenant témoigner qu’on ne s’improvise pas enseignant, loin s’en faut. Vous avez été la pauvre victime d’idées reçues et de l’hypocrisie de ceux qui engagent des personnes telles que vous, sachant que vous êtes l’oiseau pour le chat.
Bravo pour cette réponse !
A chacun son métier après tout !
A la lecture de toutes ces réactions, cela me semble intéressant de les envoyer directement à la ministre. Cela ne sert à rien de faire part de notre avis uniquement sur des forums. Il faut que les politiques qui sont souvent en décalage complet avec la réalité soient directement interpelés par le citoyen, des enseignants dans ce cas-ci. Je le fais régulièrement à propos de différents sujets qui me tiennent à coeur. J’ai presque toujours reçu une réponse. A mon avis, la lettre d’un citoyen a plus de poids que le débat de grandes idées. P. Libert
=) A nos actes manqués !!!
En début d’article, sous « le règne de la débrouille », on peut lire :
« Nous ne manquons pas spécialement d’enseignants forcés mais nous n’arrivons pas à les garder » dans la bouche d’Eugène Ernst.
Cela ne manque pas d’humour…
Voici mes commentaires face à cet article… Il n’y a pas qu’en Europe que ce genre de situation existe. Je suis au Canada, plus précisément au Québec. Cela fait 9 ans que j’enseigne corps et âme ma matière et cela à plus de 9 écoles différentes… Comment fait-on pour rendre l’enseignement instable et ainsi créer une relève affectée par cette situation… Tout simplement en remplissant les classes de profs… Sont-ils tous qualifiés et aptes à faire leur travail… Un enseignant non qualifié coûte moins cher qu’un autre avec les bonnes qualifications dans la bonne classe…
Sur ce, avec ironie, bravo à nos chers gouvernements de laisser tomber la relève… Bonne journée.
34 ans d’ancienneté cette année et 55 ans mais quelques mois trop « jeune » pour profiter d’une DPPR que j’aurais prise !!! 34 ans de passion pour un métier qui ne m’a pas épargnée : début comme ACS (pas pris en compte pour la pension !), intérims toujours acceptés, changements d’école car dernière arrivée et donc 1re partie en cas de « manque d’élèves », mère de famille (2 enfants) en étant toujours intérimaire (pas de congés possibles à cette époque) et pas les moyens d’arrêter pour ses propres enfants, arrivée à 55 ans, des parents vieillissant (80 ans !!), des enfants et petits-enfants, des élèves et des parents de + en + difficiles (clientélisme oblige !!!), il me paraissait « normal » de pouvoir « profiter » des personnes qui sont ma famille et voir enfin mes parents et mes petits-enfants, vivre quoi…
Non, 6 ans de plus vous tombent sur le crâne et en plus, on va vous aménager votre fin de carrière (sans vous demander votre avis bien sûr comme souvent…: remédiation par ex., mise au rancart quoi !!!). Sur les 10 dernières années, j’ai changé 4 fois de poste dans la même école, alors des jeunes ne bougent pas, on me met des classes difficiles (j’ai l’expérience pour moi !!! Ben tiens !!!!) et les courbettes qu’il faut faire pour plaire aux parents qui nous manquent manifestement de RESPECT vont finir par mettre à mal mon enthousiasme qui a résisté à tout jusqu’ici…
J’entends les parents dire quand nous partons 5 jours en classe de dépaysement avec les enfants : « Bonnes vacances !! » C’est insupportable, c’est à eux qu’ils pensent, ce sont leurs vacances de ne pas s’occuper de leur enfant car la plupart (et ils le disent !) n’en sortent plus avec leur progéniture intouchable…
Bref, Mme Simonet est loin, très loin des réalités et semble penser que le salaire est « pas mal » pour travailler dans ces conditions !!! Bien… Heureusement que la motivation 1re des gens de mon âge n’était pas de faire fortune…hahaha!!!
Les jeunes qui se lancent dans le métier… Ils ne le font pas non plus pour le salaire, ni par conviction (!!!), je ne prends plus de stagiaire tellement cela me désespère : à chaque fois des abandons pendant les stages, des jeunes qui ne prévoient pas grand chose, ne sont pas motivés ou sont plus des dirigeants scouts qu’enseignants et j’en passe…
Ils arrivent souvent dans ce type d’études après avoir tenté X fois des études universitaires sans réussite ou parce que ce n’est que (que!!) 3 ans et à ce sujet, 5 ans ne changeront rien : j’ai fait mes études en 2 ans et je n’ai pas été aidée du tout en début de carrière et je m’en suis bien sortie…Alors pourquoi faut-il 5 ans aujourd’hui ? J’ai pas mal d’idées pour remédier à cela et Mme Simonet peut nous demander (aux personnes du terrain dont je fais partie), elle aura ainsi des bases concrètes pour faire avancer les choses et pas uniquement évaluer pour l’échelle PISA qui nous fait passer pour des incapables très souvent !!!
Voilà une belle façon d’utiliser les « vieux » jusqu’au bout : profiter de leur expérience pour améliorer le futur…
Encore une chose : les détachés de toutes sortes dans l’enseignement dont des « planques » bien souvent pour des gens qui avaient, soit-disant, une vocation d’enseignant et qui se sont vite « fatigués » et se retrouvent à 25, 30ans,… à venir vous donner des conseils sur votre façon de travailler alors qu’ils ont fui les classes rapidement, manquent manifestement d’expérience et amplifient le phénomène de manque d’enseignants au point qu’on doive engager des personnes sans qualification pour les emplois vacants !!! Et la boucle est bouclée, des diplômés « fuient » dans des postes de planqués, des non diplômés se retrouvent devant nos enfants et plus rien ne va… Oh tiens, comment cela se fait-il donc ???
J’ai 3 petits-enfants scolarisés et je me dis que le nivellement par le bas (contre lequel je me suis battue lors de grèves à ce sujet) finira, comme je le pense depuis longtemps, que plus les gens seront « bêtes », plus ils seront menés par le bout du nez sans réagir (et vive la dictature déguisée !!!). Je suis en 6e primaire et le CEB que les élèves passent en juin est une « farce »: c’est honteusement ridiculement facile et les corrections auxquelles je participe sont « aménagées » en plus pour que les résultats soient « bons »…Qu’en conclure ???
J’aurais voulu terminer sans en arriver à avoir l’impression de participer à une belle supercherie qui me désole et qui entraîne la société dans le superficiel, l’ »à peu près », le « on ne peut rien y faire », le « je m’en foutisme complet »,…
J’essaie de me motiver pour les années à venir et cela devient de plus en plus difficile mais la passion reprendra certainement le dessus, elle m’a toujours submergée et quand je suis en classe avec mes élèves, c’est toujours en pensant que je peux faire avancer les choses (ne fut-ce que de quelques mm…)et « bonnes vacances » à nous aussi les « profs » (très péjoratif !!!n’est-ce pas) qui nous occupons des enfants des autres alors qu’ils avouent eux-mêmes ne plus y arriver…
A MANOUCHAN :
Vous avez vraiment résumé à la perfection.
Heureusement que le métier avec les enfants est notre choix premier. De milieu très défavorisé, si je n’avais pas eu des institutrices attentionnées et heureuses de me venir en aide, je ne sais pas où j’en serais aujourd’hui ? Certainement pas dans une classe à exercer un métier de passion. IL FAUT EN TOUT CAS REDONNER ENVIE AUX PLUS JEUNES ET ARRETER DE NOUS FAIRE PASSER POUR DES PARESSEUX !
Manouchan au pouvoir !!! Je vote pour toi. Il est temps de se rassembler et de pousser nos coups de gueule haut et fort, d’écrire une énorme pétition exigeant le départ de l’incompétente Simonet, de faire en sorte qu’il y ait encore un avenir possible pour nos enfants… Et si on y arrivait… C’est notre métier. Nous sommes les experts. Chers confrères et chères consœurs, UNISSONS-NOUS ! Une jeune « prof », écœurée par le système.
Je suis vieille enseignante dans le département pédagogique d’une haute école. Un jour mon directeur m’a dit : « Si ce ne sont pas tes élèves qui deviennent enseignants, ce seront des « articles 20″. Je te demande d’être moins exigeante… »
Pourquoi remettre tout sur le dos de la ministre ? Est-ce trop demander de réfléchir ? Est-ce vraiment elle qui décide de tout?
J’ai repris le 1er février car maladie. La prof qui m’a remplacé a dit aux élèves que ce que je leur apprenais, fallait oublier. Et on s’étonne que les enseignants n’ont pas, plus la cote.
Je préfère ne rien dire d’autre.
Tout d’abord bonjour, ça se perd de nos jours!
Régente diplômée en 2003, j’ai eu la grande chance de trouver immédiatement un temps plein dans une seule école, des heures vacantes donc une nomination rapide (dans le libre). Et pourtant …
Après 3 années d’enseignement je ne savais déjà plus si je voulais continuer dans cette voie ou non. Oui, j’aime mon métier, je suis ENSEIGNANTE, ni gratte-papier (le nombre croissant de documents administratifs à remplir me désespère); ni « éducatrice » dans le sens où je ne suis pas là pour éduquer des adolescents à la place de leurs parents (ce que m’a dit un jour une maman, si, si); ni « planquée » comme je l’entends si souvent dans la bouche de personnes qui ne savent pas ce que c’est que d’enseigner.
Oui, je ne preste que 22 périodes de 50 minutes par semaine, hors préparation des cours (non je ne reprends pas le même cours chaque année, de plus mes attributions sont très variables), hors correction des évaluations, hors conseils de classe, réunions en tous genres, porte-ouvertes, représentation de l’école, … Je suis aussi maman de deux jeunes enfants et, pour pouvoir passer du temps avec eux, je ne commence à travailler pour mes cours que lorsqu’ils sont au lit, donc boulot boulot jusque 23h ou minuit et ce presque tous les jours.
Oui, je bénéficie de plusieurs périodes de congé pendant l’année et de deux mois en été, que ceux qui se sont déjà occupés de jeunes toute la journée pendant plusieurs semaine me disent qu’elles ne sont pas nécessaires pour garder un semblant de santé mentale!! Et quel enseignant laisse là son cartable parce que ce sont les congés? Tous nous travaillons pour nos cours pendant ces périodes. Remarquez en passant que cela m’oblige aussi à ne partir qu’en haute saison et de ne bénéficier d’aucun « bon tarifs ».
J’ai reçu une formation de bonne qualité, pourtant trop souvent éloignée de la réalité de la vie en classe. J’accueille aujourd’hui nombre de futurs enseignants comme stagiaires dans mes classes et je suis toujours effarée de voir à quel point l’école normale et ses exigences n’évoluent pas, où alors dans un sens que me fait craindre pour l’avenir.
Un jour, mon prof de français en 1ère secondaire nous a dit qu’il avait d’abord tenté le droit avant d’en venir au régendat (qui est souvent malheureusement un second choix), et que le premier prof qu’il avait vu dans l’amphithéatre leur avait annoncé que « tout ceux qui étaient là pour faire régner l’ordre et la justice et défendre l’innocent se berçait de douces illusions et pouvait quitter le place séance tenante », moi j’aurais envie de dire aux personnes qui désirent se lancer dans l’enseignement que « Si ils sont là pour les 22h semaine et les congés scolaires, parce que c’est un métier peinard qu’ils courent très très vite voir ailleurs! » C’est un métier de passion, de don de soi, et qu’il faut aimer vraiment pour rester!
J’aurais encore beaucoup, beaucoup de choses à dire mais je vais m’arrêter là.
Merci à vous de m’avoir permis de m’exprimer et à tous ceux qui auront pris la peine de lire ce (long) commentaire.
Dans quelle profession faut-il, avant même d’avoir commencé à travailler, acheter un ordinateur, une connexion Internet, une bibliothèque, le matériel de bureau, sur ses propres deniers ?
Exigeons que nos connexions Internet soient payées, que dans notre salaire (comme dans celui de certains ouvriers de la construction) se trouve un montant exempté de taxes et d’ONSS, qui permette à l’enseignant de renouveler et d’entretenir son ordinateur, sa bibliothèque, son matériel, y compris pour les professeurs d’éducation physique, de musique, et autres.