Ces écoles qui se rebellent…

greveL’A.R. de Welkenraedt, l’A.R. René Magritte de Lessines, l’A.R. Baudoin Ier de Jemeppe-sur-Sambre… Trois écoles situées respectivement en province de Liège, du Hainaut et de Namur… Trois établissements bien différents qui ont pourtant chacun défrayé la chronique ces dernières semaines. Et ils ne sont pas les seuls.

Réaction légitime ou simple caprice?

A chaque fois, des enseignants ont débrayé pour protester contre leur direction, accusée de harcèlement, d’intimidations ou jugée incapable de créer les synergies humaines nécessaires au bon fonctionnement de leur école.

Notre préfète n’avait aucun sens du respect et de la pédagogie… tout n’était pour elle qu’une question de pouvoir. Elle avait, par exemple, placé des caméras dans toute l’école afin de surveiller les professeurs et ceci, une fois encore, sans respecter les règles de la concertation.

Il y a quelques jours, nous apprenions que la préfète de l’Athénée royal René Magritte était suspendue administrativement pour une durée de trois mois. Une information confirmée par le cabinet de la ministre de l’Enseignement, Marie-Dominique Simonet, qui ajoutait cependant qu’il ne s’agissait pas d’une sanction. A Jemeppe-sur-Sambre, le calme est revenu avec l’arrivée d’un nouveau chef d’établissement.

Cette actualité a étonné nos lecteurs. « Pourquoi ces enseignants se rebellent-ils aujourd’hui? » « Pourquoi ne parle-t-on encore une fois que du que réseau de la Communauté française? » Pascal est un de ces professeurs frondeurs… il explique : « Je pense qu’on ne peut plus aujourd’hui, dans notre société,  imposer des dictats.  Le chef est avant tout respecté pour ce qu’il est, son charisme, sa capacité de rassembler, de fédérer… Plus personne aujourd’hui n’est disposé à se mettre à la merci de quelqu’un simplement parce qu’il porte un titre. » Une réaction souvent légitime pour Philippe Jonas de la CGSP-Enseignement, qui imagine bien que certains chefs d’établissement brevetés croient pouvoir se permettre tout et n’importe quoi. Pas de caprices alors? Sûr? « Certains enseignants ou membres du personnel ouvrier ont parfaitement raison de se plaindre. Par contre, d’autres « montent au créneau » pour rien : on n’a plus congé le vendredi après-midi, on a de nouvelles attributions…  ou on perd un petit « privilège » comme faire les horaires, organiser un voyage rhétos… » explique Didier Leturcq, Directeur général adjoint de l’Administration.

Mais pourquoi est-ce à nouveau le réseau officiel qui est montré du doigt… alors que pareilles tensions existent peut-être aussi dans les autres réseaux? « La presse aime mettre en lumière les pouvoirs publics et les administrations qui dysfonctionnent. C’est dans l’air du temps. Et puis les écoles catholiques ont toujours eu la force – l’intelligence ? – de laver leur linge sale en famille » avance M. Leturcq, qui ose : « des affaires de pédophilie et de détournements d’argent existent dans des écoles catholiques mais on ne fait pas l’amalgame ». Pas question de stigmatiser tout un réseau donc. Du côté des syndicats, on reconnait que la gestion des écoles par le réseau de la CF n’est pas toujours optimale. Un avis partagé, sans surprise, par Etienne Michel, directeur du Segec, le Secrétariat général de l’enseignement catholique. Ce qu’on reproche au PO Communauté française? Ses excès bureaucratiques, ses interventions politiques… Et puis, il y a la centralisation et cette distance entre le PO et ses établissements scolaires. « Dans l’officiel subventionné ou le libre, la distance est moindre et permet donc une intervention plus rapide » explique Philippe Jonas. Et dire que la Communauté française ne doit gérer que 15% du public scolaire…

Des actions spectaculaires pour mettre la pression

Du coup, faute d’intervention rapide (ou jugée rapide), les enseignants en colère sortent directement l’artillerie lourde : arrêts de travail, communiqués de presse… Tout est bon pour se faire entendre… et mettre la pression. Mais il faut respecter certaines règles. « N’ayant respecté aucune procédure de préavis, les syndicats nous ont d’abord rappelé les procédures à suivre.  Mais nous avons évidemment été soutenus et conseillés de la meilleure façon. » Une attitude qui montre combien il est difficile, dans certaines écoles, de communiquer avec la hiérarchie.

Tiens, Pascal, quelles sont, selon vous, les qualités d’un bon chef d’établissement?

Un fédérateur, qui garde son calme et respecte son personnel. Capable de gérer et diriger sans écraser. Malheureusement , si le brevet semble être une base objective de désignation des préfets, force est de constater qu’il y a une base, bien subjective celle-là, qui consiste à connaitre le politicien en vogue du moment, avoir la carte du bon parti, connaitre quelqu’un au cabinet ou connaître quelqu’un qui connait quelqu’un au cabinet…

Et si on se fie au Décret de 2007 fixant le statut des directeurs, les chefs d’établissement de tous les réseaux sont formés de la même manière : 3 modules inter-réseaux par l’IFC et 2 modules réseaux. Comme l’explique Didier Leturcq, « la désignation se fait, pour notre réseau, par la Ministre, en fonction de règles précises. Il y a eu une énorme vague de désignations en 2010 pour notre réseau et bon nombre des problèmes viennent de là ».

Ces problèmes sont-ils dus à des erreurs de casting? Parfois oui… mais pas seulement.

Le processus disciplinaire vient d’être confié à mes services depuis le 1er septembre et donc le couvercle se soulève, ce qui a un effet domino, en plus de l’effet « Jemeppe-sur-Sambre » qui a donné le sentiment qu’on pouvait avoir « la peau » de son chef « facilement ». C’est un peu comme des statistiques à propos de fraude ou d’alcool au volant par exemple : il y a plus de contrôles … donc plus de punis…

« Nous avons renoncé à 400 euros de notre salaire »

Reste que la situation dans ces écoles n’est pas toujours facile… même après le départ du préfet mis en cause. « Dans notre cas, cela a créé des clans » regrette Pascal, « certains non grévistes refusent toujours de passer l’éponge.  Ceci se comprend d’autant plus facilement quand on sait que ceux-ci étaient très proches de la direction. Notre chance, c’est que nous représentions la majorité des enseignants (54 grévistes pour 20 non grévistes). Parmi ces non grévistes, un « noyau dur » essentiellement composé de personnes qui doivent directement leur situation à l’ancienne direction et qui se considèrent du coup en danger.  De ce fait, la situation reste très tendue avec certains non grévistes qui ont déposé des plaintes pour harcèlement.  Ils refusent encore de collaborer pleinement avec la nouvelle direction. Nous avons renoncé à 400 € de notre salaire, cela ne se fait pas par caprice.  De l’avis général, nous n’avons pas perdu au change. Notre nouvelle préfète faisant fonction est vraiment quelqu’un d’humain… »

Et dans le futur? L’Administration a pris les choses en main. « Nous espérons avoir les résultats de l’enquête. Cela nous semble important car cela montrera que nous n’étions pas des « capricieux », que notre action était justifiée. »

A lire également

Aucun article similaire



Vos commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Connect with Facebook

*

  1. Anonyme dit :

    M. Leturcq, Directeur général adjoint de l’Administration, déclare :
    « …l’effet « Jemeppe-sur-Sambre » qui a donné le sentiment qu’on pouvait avoir « la peau » de son chef « facilement. »

    « Des affaires de pédophilie et de détournements d’argent existent dans des écoles catholiques mais on ne fait pas l’amalgame. »

    En lisant cela, je pense que ceux qui espèrent que leur action sera reconnue comme justifiée se bercent d’illusions.

  2. ehben dit :

    Dans le libre, le pouvoir est plus proche de l’enseignant et le directeur est souvent choisi parmi ceux-ci, il connait bien Son école.
    Evidemment à la Cf, il existe aussi des préfets dévoués corps et âme à leur établissement.