Le Segec suggère de sélectionner les candidats enseignants

formationLe communiqué de presse du Segec est arrivé dans les boites mails le 28 février dernier. Une réaction à la présentation des conclusions d’une étude réalisée par les facultés universitaires Saint Louis, relative à un éventuel allongement de la formation initiale des enseignants par le ministre de l’enseignement supérieur, Jean-Claude Marcourt à la haute école Charlemagne de Gembloux.

Travailler avec les meilleurs

On peut y lire que l’enseignement catholique plaide, notamment, pour la sélection des candidats sur base d’une évaluation des aptitudes de base (lecture, écriture, mathématiques), de compétences nécessaires (relations interpersonnelles et communication) et des motivations. Une sélection?  Pour le journal Le Soir, notre confrère Pierre Bouillon a interrogé Etienne Michel, secrétaire général du Segec.

La qualité des enseignants est un facteur explicatif essentiel de la différence de niveaux entre élèves. A l’inverse, l’impact négatif des enseignants dont l’efficacité pédagogique est moins grande est considérable, en particulier aux premières années primaires. Je me souviens d’une inspectrice notant que trop d’instituteurs, en maths, ne maîtrisent pas eux-mêmes la matière. On ne peut transmettre ce qu’on ne possède pas soi-même ! La qualité d’un système scolaire ne peut excéder celle de son corps enseignant. (…) En Finlande, les enseignants sont recrutés parmi les 10 % des meilleurs étudiants de l’enseignement supérieur. Il y a une épreuve à l’entrée, visant à tester la langue maternelle, les maths, l’aptitude à communiquer, la motivation, l’aptitude à suivre des études supérieures. C’est cette expérience finlandaise qui a inspiré notre position. Une telle politique alimente un cercle vertueux : exigences de formation élevées, salaires corrects, image positive de la profession, reconnaissance sociale et tout ça, in fine, donne de l’autorité à l’enseignant, y compris en classe.

Une année de remédiation pour les « moflés »?

Mais quand organiser cette « sélection »? A l’entrée des études? Ou au terme de celles-ci? Si un tri à l’entrée est bien recommandé par l’OCDE, il ne faut pas oublier que, en ce qui concerne les futurs instituteurs par exemple, 50% des candidats sont issus de l’enseignement qualifiant. Le risque de recaler des nombreux jeunes est bien réel. Sans oublier que cet examen pourrait être considéré comme injuste quand on sait que nos élèves quittent le secondaire avec des acquis très différents. Certaines lacunes sont parfois comblées durant la formation… avec au final, parfois, un diplôme décroché haut la main. Et puis, que proposer aux élèves qui échoueraient? « Une solution consiste à organiser une année de remédiation ou de propédeutique, qui permettrait de mettre à niveau ceux qui en ont besoin, et qui auraient une deuxième chance d’accéder à la formation d’enseignant. Reste à trancher si cette année de propédeutique doit se faire en amont de l’école normale ou être pensée comme une année de transition au sein même du cursus. »

On retiendra que, pour M. Michel, l’enseignement supérieur a pour vocation de sélectionner les meilleurs candidats à un métier… et qu’il n’existe pas un droit à devenir enseignant. Sur ce dernier point, on ne peut que le suivre…

Pour Marcourt, la sélection n’est pas à l’ordre du jour

Les réactions ne se sont pas fait attendre. Certains n’hésitent pas à parler d’entrave à l’accès aux études. Le président de la FEF, Michael Verbauwhede, juge sur son profil Facebook que « l’argumentaire de M. Michel est (entourez la réponse) élitiste – hypocrite – témoin d’une méconnaissance du dossier. »

Du côté des politiques, la proposition du Segec s’est invitée en séance plénière au Parlement de la Communauté française. Le député Ecolo Olivier Saint-Amand y a interrogé Jean-Claude Marcourt, souhaitant comprendre comment le gouvernement allait concilier à la fois son objectif de démocratisation de la formation des enseignants pour répondre à la pénurie et, d’autre part, l’amélioration de ladite formation. « Si nous partageons les interrogations du Segec, nous sommes par contre plus circonspects sur les réponses qu’il apporte. Nous rejoignons son souhait d’améliorer la formation des enseignants, mais nous restons prudents sur l’idée de sélectionner les candidats et de leur proposer une année propédeutique. » Le ministre de l’Enseignement supérieur a pour sa part été clair : la déclaration de politique communautaire ne privilégie pas les tests qui freineraient l’accès à la profession. Le gouvernement a pour tâche de tout mettre en œuvre pour favoriser l’aide à la réussite et la remédiation.

Une réunion conjointe des commissions de l’Enseignement obligatoire et de l’Enseignement supérieur est prévue pour le 20 mars. Le rapport de Saint Louis sera présenté aux députés qui pourront alors, sur base des recommandations de l’étude, ouvrir le débat sur la réforme de la formation des enseignants. Mais le ministre de prévenir : « La réforme dépassera très largement la durée de la législature. Nous devons dès lors travailler tous ensemble pour déboucher sur un projet collectif d’évolution de la formation initiale qui ne doit pas se résumer à un allongement de la durée des études et à une multiplication des matières. »



Vos commentaires

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  1. C’est intéressant cet article.

  2. benoit dit :

    Je connais beaucoup d’inspecteurs qui feraient mieux de se taire…

    • Frédéric Mascetti dit :

      Je croyais qu’il n’y avait plus que des inspectrices ;)

  3. Ariel dit :

    « la déclaration de politique communautaire ne privilégie pas les tests qui freineraient l’accès à la profession. Le gouvernement a pour tâche de tout mettre en œuvre pour favoriser l’aide à la réussite et la remédiation »…
    On peut aussi distribuer les diplômes dans les Kinders, ça règlerait le problème de cette (pseudo) pénurie…

  4. dobat dit :

    Pourquoi ne pas revenir aux deux dernières années du secondaire « préparatoires » à la haute école… comme dans les années 60-70… On aurait le temps d’apprendre ce qui est basique mais nécessaire (orthographe, grammaire, construction des maths,…) , une bonne préparation et un avant-goût motiveraient peut-être les futurs enseignants bien plus tôt !!!

  5. Isora dit :

    Pas mal du tout, il est temps que cela change, que l’enseignement soit une vocation et pas un métier que l’on prend juste parce que l’on a échoué dans d’autres études . Les élèves en subissent les conséquences.

  6. lacroix dit :

    Tout à fait d’accord avec le Segec. En enseignant dans le qualifiant, je peux vous dire toutes les craintes de voir devenir mes élèves de futurs enseignants du primaire. Enormes difficultés en français et lacunes basiques sur la matière de primaire, problème de compréhension des textes/livres, etc. Ce sont des aptitudes qui manquent et une sélection à l’entrée est indispensable selon moi. Parfois ils réussissent petitement leurs examens dans le supérieur mais trop de profs des Hautes Ecoles confient « qu’ils ne peuvent pas arrêter tout le monde » vu la pénurie et la pression de leur direction. Piètres enseignants, ils formeront de piètres élèves, etc. cercle vicieux, cherchez l’erreur.

  7. Vandeven dit :

    Il serait grand temps… Mais tout n’est pas que dans la « matière » qui n’est pas connue mais bien, il me semble, dans l’ « esprit » qui habite les enseignants. Pour faire passer une matière aux élèves, il faut une passion !!! Chercher des trucs et ficelles et surtout TRAVAILLER PLUS avec ceux qui ne comprennent pas …Revenant au vrai enseignement et non pas aux quotas de réussite d’une classe pour être bien jugé…..

  8. Debremme dit :

    « La qualité des enseignants est un facteur explicatif essentiel de la différence de niveaux entre élèves. »
    C’est, sans aucun doute, un des paramètres.
    Mais cessons de prendre la Finlande comme référence. Evidemment, les enseignants y sont mieux formés et mieux … considérés.
    Le public aussi – surtout ? – est important.
    En CF, les profs sont confrontés à des publics de plus en plus difficiles et des situations souvent à la limite du tolérable : niveaux très différents, mouvements d’élèves, élèves « pénibles » (pour rester correct), classes surpeuplées, etc.
    Aucune aide efficace pour les profs en difficulté : les directions taisent souvent le problème, conseillers pédagogiques invisibles (je ne sais même pas qui est celui de mon établissement), rôle de l’inspection réduit à un contrôle (de style Vinçotte).
    Conséquence : qui veut encore enseigner ?
    Alors, sélectionner, oui, mais dans un panier vide ???

    • hilare dit :

      Voila, j’abonde dans votre sens à 100%. Je viens de déposer un commentaire dans le même sens concernant l’article des élections en France.

    • esemasim dit :

      On nous bassine sans arrêt avec les pays nordiques et leurs techniques (pédagogie différenciée, etc.) mais on oublie de dire que les professeurs se retrouvent avec moins de 10 élèves par classe. Alors moi, je veux bien aussi, dans ce cas-là !

  9. dodo dit :

    Pourquoi devrait-il y avoir des candidats qui échoueraient ? La formation d’enseignants ne commence-t-elle pas dès l’entrée en 1re maternelle ? Comme chacun fait son boulot en classe, comment se fait-il que beaucoup soient « busés » ?
    Travailler avec les meilleurs ? Si c’est cela la mentalité de l’enseignement, les futurs profs feront la même chose avec les élèves. Je cite, recite, rerecite J. Stordeur : c’est facile d’apprendre aux élèves qui apprennent seuls.

  10. Valcke dit :

    A mon entrée à l’école normale, en 1976, nous avons passé un examen d’entrée car le ministre de l’époque avait instauré un numérus closus !

  11. Meyers dit :

    OUI à une revalorisation de cette formation trop négligée et suivie trop souvent en dilettante par des étudiants qui ne voient que la durée et la simplicité de ces trois années d’études… Vite et facile, un diplôme en poche !!!! Le niveau des futurs enseignants est faible et il est temps de redorer le blason et le niveau de ce métier qui part à la dérive… Entre une formation dont le niveau est à revoir, les profs dépressifs et ceux qui vont tout juste chercher leur salaire… Je suis révoltée, faire de nous des cons et des moutons, c’est le grand luxe de la politique…. OUI je suis pour un examen d’entrée, OUI je suis pour un contrôle du travail bien fait et une formation continuée sur le terrain, OUI il faut accepter de se remettre en question toujours, OUI il faut niveler par le haut dans ce domaine et OUI je suis furax parce que je ne suis toujours pas nommée et que des jeunes pistonnés par les politiques passent devant moi pour les intérim et nominations, que les profs que je côtoie ne fournissent pas spécialement le travail pour lequel ils sont rémunérés et viennent « tirer » leur journée de travail, que je suis obligée de jouer sur tous les réseaux pour pouvoir travailler mais que le cumul se fait au compte goutte… OUI j’accuse et je me révolte parce que je rêve simplement d’exercer le métier pour lequel j’ai le feu sacré !!!!!!! Pioufffff ça fait du bien !!!!
    Et lorsque tous les niveaux de l’enseignement seront revalorisés alors oui il n’y aura plus besoin de parler d’examen d’entrée!!!!

  12. debatty françoise dit :

    « La qualité d’un système scolaire ne peut excéder celle de son corps enseignant. (…) » voilà une affirmation qui mérite réflexion. Elle impliquerait que, depuis la nuit des temps, les professeurs étant toujours de meilleure qualité que leurs élèves, le savoir ne ferait jamais que se perdre encore et toujours. Extrêmement douteux, mon général !, et très limitatif quant à l’impact de notre métier…
    L’autre aspect étonnant, c’est « Une telle politique alimente un cercle vertueux : exigences de formation élevées, salaires corrects, image positive de la profession, reconnaissance sociale et tout ça, in fine, donne de l’autorité à l’enseignant, y compris en classe ». Charrue avant les boeufs !Les salaires corrects -ç’est-à-dire en rapport avec la durée des études, le nombre d’heures de travail, la carrière et les formations complémentaires-, nous les attendons toujours. Actuellement, le niveau lamentable des salaires par rapport aux critères cités n’encourage pas les jeunes, doués ou non, à venir vers le métier…
    Sur le fond, c’est la formation des enseignants qui est devenue obsolète, ce ne sont pas les candidats qui ont changé.
    Tout est à apprendre sur le terrain -quand on résiste à la pression du terrain.
    Quelle fac apprend à gérer un groupe de 28 personnes où vous devez tout à la fois aider un HP, un TDA(H), un a-quelque chose, un dys-quelque chose, un enfant légèrement psychotique et tous ceux qui forment le reste du groupe ?
    Quelle fac apprend à utiliser les cordes vocales pour qu’elles tiennent le coup une carrière entière ?
    Quelle fac apprend aux professeurs que la simple façon d’entrer en classe génère déjà, chez les élèves, le respect ou le non-respect ?
    Quelle fac apprend à ses professeurs à générer chez l’élève une motivation endogène qui ne dépend d’aucun détenteur de bâton ou carotte ?
    C’est la formation entière qu’il faut revoir, et cette formation servirait d’elle-même de filtre aux personnes sans leur enlever au départ toute chance d’y accéder…

  13. Pierre ANSELME dit :

    Le problème, c’est que les candidats ne se bousculent pas au portillon. La solution adoptée par la France présente des avantages non négligeables. Deux années en IUFM après un master assurent au futur enseignant une solide formation scientifique et pédagogique. Actuellement, il y a dans nos écoles normales trop d’étudiants qui ont échoué à l’université ou qui ne se sont pas sentis capables d’y réussir.

  14. monsieur Cédric dit :

    Je suis instituteur et je pense également que trop d’instits sortent de l’école normale avec de graves lacunes dans les matières qu’ils vont enseigner (nb : personne n’est parfait et un bon instit va se former lui-même au cours des années en préparant méticuleusement ses leçons. Malgré cela, c’est quand même mieux quand on commence à travailler avec de bonnes bases).

    Pour ma part, je proposerais un test d’entrée ayant pour objectif de vérifier que les compétences scolaires de primaires sont bien acquises. Quelques lacunes sont acceptables car les matières sont réactualisées au cours de la première année d’école normale. Mais, en cas de lacunes trop importantes, les candidats devraient passer une année de « préparation à l’école normale » durant laquelle ils étudieraient les maths, le français, la géographie, l’histoire, les sciences.

    • Grâce dit :

      Françoise Debatty rejoint totalement les constatations que j’ai faites chez mes stagiaires : leur problème essentiel réside dans la gestion d’un groupe hétérogène et pas nécessairement motivé. Et là, ils sont totalement désarmés, faute d’une plus solide formation à l’école normale dans ce domaine.

    • dodo dit :

      Et les lacunes viendraient d’où ?

      Je cite une inspection : combien de gens sont analphabètes à cause des……?

  15. Soph dit :

    En tant qu’enseignante, je trouve cette proposition très bien. Plutôt que d’allonger les études à 5 ans (ce qui ne ferait que renforcer la pénurie), les meilleurs pourraient toujours être diplômés en 3 ans et les autres, en 4. L’idéal serait de mettre cette année au début du cursus suite à un test à l’entrée par exemple.

  16. louis dit :

    Il serait temps d’arrêter toutes ces réformes (non évaluées).
    Pour ce qui est des instits primaires, il serait bien de réduire le nombres de matières et de reprendre au départ les apprentissages de base (Le Respect, les Math, le Français, éveil à la nature et sa beauté à respecter dès le début de l’enfance.
    Quel instit primaire connait deux méthodes pour le calcul d’une soustraction ?
    Et pourtant ….. certains cerveaux n’en comprennent qu’une seule (chez les enfants).
    Quel instit peut dire qu’il a été préparé à recevoir des parents (qui n’en sont pas !) et qui sont prêts à casser la g… à l’enfant qui a tapé leur « gosse » ?
    Enfin, il y a du boulot déjà avec ça !!!
    Bonne réflexion à ces têtes pensantes qui n’ont pas le nombre effrayant d’élèves devant eux et qui ne doivent pas « gendarmer ».

  17. Frédéric Mascetti dit :

    Evidemment qu’il faut sélectionner avant les études supérieures et ce dans tous les domaines !

    Elitisme ? Pourquoi l’argent des ouvriers et des employers devrait-il servir à payer les études de gens qui ont l’orgueil absurde de s’en croire capables ?

    Pourquoi faire perdre leur temps à des étudiants manifestement incapables ?

    Et quant à dire qu’il y a des différences en fin de secondaire, c’est un fait mais pas une injustice ! Quand je me tapais 7 heures de math, 5h de sciences, 4h de latin, 6h de langues modernes, etc. dans une école que j’avais choisie pour ses exigences, combien glandaient tranquillement ? Et on voudrait les privilégier sous prétexte gauchiste ?

    Le mal de la Wallonie est de vouloir systématiquement privilégier ceux qui n’ont pas de mérite. Cela coûte à tous les citoyens des sommes énormes. A-t-on les moyens de cette politique ?

    Les socialistes des débuts doivent se retourner dans leur tombe quand ils voient ce qu’on a fait de leurs idées.

  18. De Backer dit :

    Pour une fois, que quelqu’un dise la vérité. Je constate pour ma part que les jeunes instituteurs et institutrices, régents et régentes maîtrisent très mal le français, que les fautes d’orthographe sont devenues monnaie courante et qu’à plusieurs titres, on a parfois du mal à distinguer l’enseignant(e) des élèves. Il n’y a certes pas de réponse simple à un problème complexe qui déborde de beaucoup le seul cas de l’enseignement, mais il est navrant de constater la politique actuelle de l’autruche.

  19. Godefroid a dit :

    Excellent et peut-être un moyen de normaliser la situation des articles 20 et autres qui pourraient accéder à cet examen et être immédiatement nommés en cas de réussite et d’ancienneté (qui pourrait être prise totalement en compte). Sinon,comment combler le manque ?

  20. PIT6970 dit :

    Une grossière erreur, les élèves ont besoin d’un enseignement de qualité et pas de profs sans envergure qui ne leur apportent pas le cadre d’étude escompté. Une fois de plus, la course à l’emploi aveugle amène à des pseudos solutions dont on se mordra les doigts dans un avenir proche. Déjà actuellement les difficultés s’en ressentent pour la plupart des élèves sortant du secondaire; que ce soit pour le milieu du travail que de l’universitaire. C’est un véritable fossé de connaissance à combler.