Les enseignants de l’athénée royal François Bovesse et du lycée de Namur sont inquiets : leurs deux établissements devront bientôt fusionner. Ainsi en a décidé la ministre de l’Enseignement, Marie-Dominique Simonet. Le lycée, qui organise, outre les six années de l’enseignement primaire, les deux premières années du secondaire, n’est actuellement fréquenté que par 340 élèves. De son côté, l’athénée organise les deux autres degrés de l’enseignement secondaire et accueille 450 élèves.
Les enseignants du lycée en colère
La nouvelle est tombée en décembre dernier… mais la pilule a du mal à passer, surtout au lycée, il faut bien le dire. Si (presque) aucun emploi ne devrait être perdu1, l’administration ne s’est pas encore engagée par écrit. La peur de se faire absorber à moyen terme par l’athénée voisin est réelle.
Dans la capitale wallonne, le réseau catholique fédère plus de 85% des élèves. Autant dire que la Fédération Wallonie-Bruxelles n’a pas intérêt à rater son coup. Son objectif : rassembler les forces et créer des synergies entre les deux établissements. Intéressant sur le papier… mais dans la pratique, c’est souvent moins excitant. En Commission de l’Éducation, le député namurois Stéphane Hazée (Ecolo) s’est inquiété des conséquences négatives que pourrait avoir une telle fusion. Bien que proches, les deux écoles sont pourtant différentes et accueillent des publics différents. Que vont-elles y gagner? « Selon mes informations, seuls 60 pour cent des enfants qui quittent le lycée s’inscrivent à l’athénée. On peut certes espérer qu’un plus grand nombre d’élèves s’y inscriront en cas de fusion, mais ce n’est que pure spéculation. La fusion pourrait même avoir l’effet inverse. Des parents pourraient craindre que leurs enfants soient obligés d’effectuer l’ensemble de leur scolarité secondaire dans le nouvel établissement résultant de la fusion. En outre, certains souhaitent que leurs enfants entament l’enseignement secondaire dans des structures plus petites, comprenant uniquement les deux premières années. Comment réagiraient-ils face à une école fusionnée? »
Un avis partagé par Willy Borsus, député MR : « Lorsque les parents inscrivent leur enfant dans une école et qu’ils apprennent un peu plus tard que cette école fusionne, cela met à mal la relation de confiance entre les parents et l’établissement. » Le risque d’une désaffection relative de l’entité résultant de la fusion ne doit donc pas être sous-estimé.
Simonet : « il était urgent de préparer l’avenir »
Stéphane Hazée, se faisant l’écho des enseignants du lycée qui estiment avoir été mis devant le fait accompli, ne comprend pas l’empressement des autorités à marier ces deux établissements, d’autant que l’école a enregistré une augmentation sensible de sa population cette année… et s’attend à une bonne rentrée scolaire. Mais la Ministre Simonet porte un autre regard sur les chiffres : la population scolaire de l’enseignement secondaire de ces deux établissements a baissé de 21,5% depuis 2000, ce qui a entraîné une chute de leurs dotations ainsi que du nombre total de périodes-professeur, qui a baissé de 15,5% en sept ans pour le lycée, et de 30,1% en dix ans pour l’athénée. Il était donc urgent de préparer l’avenir, surtout que le lycée de Namur est, avec celui de Saint-Ghislain, le dernier établissement à ne pas proposer les six années d’études. Une offre d’enseignement vouée à disparaitre, sauf dans le cas d’un DOA, degré d’observation autonome, irréalisable ici puisque les autres établissements du réseau de la Fédération Wallonie-Bruxelles dans la région de Namur possèdent tous un premier degré.
Or le but d’un DOA est d’assurer le premier degré pour orienter ensuite les élèves vers des établissements sans premier degré. Si ces établissements ont eux-mêmes un premier degré, le DOA ne peut déboucher sur rien.
Marie-Dominique Simonet soutient que ce rapprochement a été préparé dans le strict respect du décret. L’administration a rencontré les équipes en décembre dernier pour leur faire part du projet du fusion. « Fin janvier, une rencontre a été organisée par la direction générale avec les deux directions d’établissement. Le 5 mars, une réunion du comité de concertation de base s’est tenue dans chacun des établissements. Ensuite, le 28 mars, une réunion commune des comités de concertation de base s’est déroulée avec les représentants des deux établissements. »
Mais cette fusion a-t-elle une chance de réussir, sachant que par le passé, les deux écoles avaient déjà fusionné… pour se séparer ensuite? La population des deux établissement avait alors chuté. Les avantages d’un rapprochement ne seraient donc que temporaires? La ministre se veut rassurante : la fusion offrira à la nouvelle école un encadrement supplémentaire et un nombre total de périodes-professeur spécifique, sa dotation sera en outre augmentée tandis que l’organisation interne du travail restera identique.
Plutôt que de les encourager à solliciter des dérogations lorsqu’ils se situent en dessous des normes, ce décret incite les établissements à se réorganiser quand il en est encore temps. Il fallait réfléchir à des solutions pour assurer à l’avenir un enseignement de qualité. Gouverner c’est prévoir !
Une guerre des chefs?
Assurer un enseignement de qualité? Seulement? Willy Borsus suspecte pourtant quelque intérêt dans le chef de l’administration. « Certaines perspectives personnelles sont-elles en jeu ? À ce stade, je me garderai d’évoquer des noms, mais des hypothèses circulent. » Un des enjeux de cette fusion sera de désigner le nouveau chef d’établissement. Qui prendra les commandes des deux implantations? La préfète de l’athénée? Très probable. Le directeur actuel du lycée? Possible aussi… si la fusion traîne encore un peu… La question ne serait donc pas uniquement pédagogique… mais aussi politique.
Quant aux chiffres, le libéral regrette que ne soient pas pris en compte les chiffres positifs les plus récents. Aujourd’hui, les deux établissements ne semblent pas menacés. Il propose plutôt de faire confiance aux équipes pédagogiques et de leur donner un peu de temps. « C’est précisément au moment où ils remontent, notamment au Lycée de Namur, qu’on les oblige à fusionner sous le prétexte que leur « courbe n’est pas bonne depuis sept ou huit ans ». Tenons compte des actions entreprises dernièrement. » Stéphane Hazée ne dit pas autre chose :
Il faut évidemment agir avant qu’il ne soit trop tard. Mais si chaque fois qu’une école sort des difficultés, on se hâte d’envisager une fusion, des problèmes sont à prévoir.
- Deux emplois seront malgré tout perdus : un poste d’économe et un poste d’éducateur. [↩]
« Une offre d’enseignement vouée à disparaitre, sauf dans le cas d’un DOA, degré d’observation autonome, irréalisable ici puisque les autres établissements du réseau de la Fédération Wallonie-Bruxelles dans la région de Namur possèdent tous un premier degré. »
Argument étonnant puisque à Bruxelles il y a des écoles qui organisent uniquement le premier degré et qu’il me semble avoir entendu ou lu que l’organisation de premiers degrés autonomes renforceraient l’objectif de ce premier degré, à savoir un « tronc commun ». Or quand ce premier degré est organisé dans une école technique il a l’image, à tort ou à raison, d’un « premier degré technique ».
Si je comprends bien, le lycée s’en sort bien avec moins que les 450 élèves, règle qui m’étonne. Pourquoi donc vouloir lui imposer de devenir une « grosse école »?
Franchement, j’ai fait mes études dans les deux établissements dans les années 80-90 et je pensais qu’ils étaient déjà un. Et à l’époque, c’était deux très bonnes écoles du réseau officiel…et j’espère que ça l’est resté.
Bonjour,
Je voudrais rectifier quelques chiffres. La section secondaire du Lycée comporte bien 340 élèves, mais il faut y ajouter les sections primaire (plus de 400 élèves) et maternelle (plus de 200). Au total, c’est donc près d’un millier d’enfants qui fréquentent le Lycée de Namur.
L’administration, c’est l’administration, c’est comme cela.
Il faut 450 élèves en secondaire, le bien-être des enfants est moins important que ce nombre…
Bonjour,
Je vous remercie pour l’article.
Je dois changer de domicile et je suis à la recherche d’une école sur Namur pour mes deux garçons de 7 et 10 ans. Il est très difficile de choisir l’école, car il n’y a pas de statistiques officielles pour pouvoir juger la qualité d’enseignement et les résultats d’une école. J’ai bien lu »la Ministre Simonet porte un autre regard sur les chiffres : la population scolaire de l’enseignement secondaire de ces deux établissements a baissé de 21,5% depuis 2000, ce qui a entraîné une chute de leurs dotations ainsi que du nombre total de périodes-professeur, qui a baissé de 15,5% en sept ans pour le lycée, et de 30,1% en dix ans pour l’athénée. Il était donc urgent de préparer l’avenir,… », mais cette information n’est pas pertinente pour mon problème. De plus, les chiffres dans l’article, il faut les analyser dans le contexte local, national et européen pour comprendre mieux. Je vois bien que les chiffres supra sont juste un découpage des »statistiques », donc il faut vraiment faire attention pour l’interprétation. C’est vraiment dommage que la partie centrale de cette histoire, les élèves et leurs parents, ne sont pas au rendez-vous ni dans la prise des décisions ni dans l’article. J’ai du mal à avoir les chiffres et juger sans aide. J’aurais encore plus de mal à prendre une décision si mon enfant était dans une structure ou l’autre. A mon avis il faut re-centrer le débat sur »les élèves » et pas sur »les écoles ».
A titre personnel, je suis pour l’offre du Lycée (6+2) et la taille humaine n’est pas du tout un obstacle pour la qualité et la rentabilité avec un bon gestionnaire. Il faut juste parler »chiffres » et avoir de bons indicateurs, et dire aux élèves (leurs parents) la vérité.
Si vous pouviez m’écrire pour me donner plus d’informations, que je puisse prendre une »décision éduquée » ?
Je vous remercie,
LB
Bonjour Milla,
Cela fait plus de 17 ans que j’enseigne au Lycée de Namur au niveau primaire et je peux vous assurer que vous y trouverez une équipe dynamique et enthousiaste. Je ne peux ici vous vanter tous les mérites de notre établissement, c’est pourquoi je vous invite à rencontrer la direction de la section fondamentale pour plus de renseignements. Et si vous souhaitez vous faire une idée plus précise, pourquoi ne viendriez-vous pas nous rejoindre à l’occasion de notre fancy-fair le lundi 28 mai ?