La scolarité influencée par le lieu d’habitation

carteImaginez que la commune ou le quartier où vous habitez puisse avoir une influence sur la scolarité de votre enfant. Vous n’y croyez pas? Une récente étude de l’Iweps, l’Institut Wallon de l’Evaluation, de la Prospective et de la Statistique l’affirme cependant. On le sait, sur le territoire d’une région ou d’un pays, l’offre scolaire est inégalement répartie. Et cette inégale répartition se superpose aux caractéristiques socio-économiques des habitants des communes. Ces facteurs interviennent dans les trajectoires des élèves… même s’il ne faut pas oublier, évidemment, le rôle tenu par les familles dans l’orientation scolaire.

Pour mener à bien son analyse, les chercheurs de l’Iweps ont suivi une cohorte de 46.069 élèves (présentant une homogénéité académique et tous domiciliés à Bruxelles et en Wallonie)1, répartis selon les zones d’enseignement2 de la commune de domicile, qui venaient de décrocher leur CEB en juin 2004… et entraient donc en 1ère secondaire… jusqu’en 2008-2009, où il a été intéressant, quatre années plus tard, de constater le retard acquis (ou pas) par ces enfants et leur choix de section (transition ou qualification), choix qui oriente de manière déterminante la suite de leur parcours après l’école secondaire.

ISE faible = taux de retard plus élevé

L’ISE des élèves a également été pris en compte. L’indice socio-économique des élèves est calculé à partir de l’ISE attribué à chaque quartier ou secteur statistique, qui est lui-même calculé sur la base de variables socio économiques telles que le revenu moyen par habitant, le taux de chômage, le confort des logements, le niveau de diplôme… L’étude pointe qu’une relation nette est observée entre l’indice socio économique (ISE) du quartier de domicile de l’élève et l’âge d’entrée en première secondaire commune. Plus l’indice socio-économique d’un quartier est élevé, plus les jeunes qui l’habitent terminent leur scolarité primaire à l’âge attendu. A l’inverse, si l’ISE du quartier est inférieur à la médiane de la cohorte, les élèves qui y habitent accuseront un taux de retard plus élevé. Voyons cela de plus près…

a) La part du retard scolaire à l’entrée du secondaire varie fortement selon les zones. C’est dans les zones du Luxembourg (entre 89 et 100%), de Nivelles, Namur, Huy-Waremme et Verviers que l’on retrouve le plus d’élèves « à l’heure », c’est-à-dire qui entrent en secondaire à l’âge de 12 ans. Les retardataires (13 ou 14 ans) sont plus nombreux dans les zones de Bruxelles (un élève observé sur quatre), Liège, Verviers (ce qui démontre que dans une même zone, les quartiers ne sont pas sur le même pied), Charleroi-Hainaut Sud et Mons-Centre. En zoomant, on constate que les quartiers ou communes qui présentent un taux d’échec supérieur à la moyenne (entre 65 et 71% des élèves seulement entrent à l’heure en 1ère commune), sont situés au centre et à l’ouest de la Région bruxelloise, mais aussi dans les agglomérations de Liège, de Charleroi et de la Louvière (entre Charleroi et Mons). Les communes où le problème se marque sont aussi parfois des communes rurales, par exemple à l’ouest de Mons. Dans ces quartiers, qui comptent moins de jeunes, l’offre en établissements d’enseignement secondaire est plus faible, voire nulle.

L’école est-elle encore un ascenseur social?

b) On remarque aussi que, selon l’ISE des communes où habitent ces enfants, les distances moyennes entre le domicile et l’école secondaire sont plus ou moins longues. Sans surprise apparaît ici le caractère urbain ou rural des zones d’habitat. C’est dans la zone de Bruxelles que les distances sont les plus courtes, et dans les zones de Luxembourg, Hainaut occidental, Huy-Waremme et Namur qu’elles sont les plus longues, plus de 50% des enfants observés parcourant plus de 5km pour rejoindre leur école.

c) Enfin, quatre ans plus tard, il est aussi intéressant de noter que le nombre d’élèves qui arrivent en 5e dans les temps (qui n’ont pas doublé) varie aussi selon les zones. Seule un peu plus de la moitié de la cohorte (52,3 %) n’a pas redoublé pendant la période d’observation. Et les filles tirent leur épingle du jeu avec un écart de 12 points sur les garçons! Encore une fois, les élèves issus des quartiers à ISE inférieurs à la médiane sont moins nombreux à arriver en 5e année en 2008-2009… et plus nombreux à abandonner. Les observations sont presque identiques en début et en fin de parcours. L’école, un ascenseur social? Mmmh… passons…

A Bruxelles, les élèves redoublent davantage…

Le taux le plus faible d’élèves qui arrivent « à l’heure » en 5e année est observé à Bruxelles (40,5 %). Le plus élevé est pointé dans les zones de Verviers et du Luxembourg (61,1 %). Verviers aura tout de même perdu plus d’élèves en chemin que les autres zones (à l’exception de Bruxelles où le taux d’abandon est très élevé)… alors que le Luxembourg se situe bien deçà de la moyenne à ce niveau. Nivelles est aussi un cas particulier : très bien positionnée en début d’observation avec un taux élevé d’élèves entrant à l’heure en première secondaire, elle présente un des taux d’élèves en 5e les plus faibles quatre ans plus tard.

…mais restent en transition

Si on se penche maintenant sur la répartition entre les filières, on constate qu’une majorité des élèves suivis ont choisi l’enseignement de transition (54,1%). Les filles y sont un peu plus nombreuses que les garçons. 7,1 % des élèves de la cohorte ont quitté les écrans radars pour disparaitre dans la nature… parce qu’ils ont abandonné l’enseignement (après 18 ans) ou se sont dirigés vers un enseignement en Flandre ou à l’étranger.

Les élèves issus des quartiers à ISE inférieurs à la médiane sont moins nombreux à choisir la section de transition et plus nombreux à « sortir » de l’école. C’est à Nivelles que l’on retrouve le plus grand nombre d’élèves suivant la filière de transition (67,1%) et dans la zone de Charleroi-Hainaut-Sud que ce taux est le plus faible (47,9%). Les trois zones de la province du Hainaut concentrent beaucoup d’élèves suivant la filière de qualification… MAIS le taux d’abandon y est très faible. A Bruxelles, le nombre de jeunes inscrits dans la filière de transition est supérieur à la moyenne… MAIS le retard est y également élevé. Une explication? On peut penser que les élèves préfèrent redoubler leur année en transition plutôt que de se diriger vers les sections qualifiantes.

  1. Les élèves domiciliés en Flandre ou dans un pays étranger ont été exclus de la population analysée : ils représentent 5 % de la population totale des entrants en 1ère année commune. []
  2. Zone 1 = Bruxelles, zone 2 = Nivelles, zone 3 = Huy-Waremme, zone 4 = Liège, zone 5 = Verviers, etc. []


Vos commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

  1. Martin dit :

    Bonsoir,

    Est-il possible de se procurer cette enquête quelque part ?

    Merci !

  2. Grâce dit :

    Il fallait une étude pour « découvrir » cela ?

  3. lilig dit :

    Moi aussi ça me sidère qu’il faille une enquête pour savoir ce que n’importe quel prof constate tous les jours

  4. quotide dit :

    Extraordinaire, mirifique, du jamais vu…!
    Qui a payé grassement ces chercheurs qui ont trouvé ce que tout le monde savait ? Il suffit de se promener dans quelques rues de villes et de villages de notre belle moitié de pays pour s’apercevoir que oui, il y a des étudiants qui sont plus égaux que d’autres. Qu’ils sortent de leur villa « Mon bon plaisir » ou des logements sociaux des « Marolles »!

  5. laurent dit :

    On le savait déjà avant cette enquête sans intérêt.

  6. FrançoiseH dit :

    Moi j’aimerais tellement que le système d’accès aux études professionnelles soit revu ! Pourquoi un enfant qui veut y accéder doit-il rendre 3 ans de suite un CEB « blanc », raté ?!?
    C’est anti-pédagogique de dire aux parents, s’il veut accéder aux professionnelles, il faut qu’il rate, c’est sa seule possibilité !
    Ceci, Mme Arena, DOIT changer ! Car les études professionnelles sont un choix de l’enfant, pas un échec !

    • Grâce dit :

      C’est tellement vrai, FrançoiseH ! Le premier degré tel qu’il est organisé ne fonctionne pas. L’enseignement technologique n’y est guère représenté. Les élèves qui détestent toutes les matières dites intellectuelles ne peuvent pas y trouver d’épanouissement. Au contraire, ils risquent le décrochage (j’en ai vu) parce qu’ils sont condamnés à attendre trois ans avant de rejoindre leur projet. Tout à fait contreproductif.

    • Doyen C. E. dit :

      Serions-nous toujours en retard de vingt générations ! Si aujourd’hui vous avez besoin d’un artisan ou d’un plombier par exemple, en trouvez-vous aisément ???
      J’ai eu le bonheur de travailler en professionnel et d’y voir des apprenants heureux, fiers de leurs réalisations et ils m’ont beaucoup appris, techniquement et humainement.
      Qui a imposé que les valeurs intellectuelles sont supérieures aux valeurs manuelles ?
      Chacun a droit au métier qu’il désire sans discriminations.
      Regardez la ville sans les éboueurs !!!
      J’ai une tête et des mains !!!

  7. Doyen C. E. dit :

    Il faut différencier les écoles à discrimination positive et les milieux sociaux de l’apprenant. Si vous venez d’un milieu social où la valeur du travail et de vaincre les difficultés n’est pas reconnue et où l’on attend que la société intervienne pour tout, il est normal que l’apprenant reproduira ce schéma dans ses apprentissages. Un même milieu social où la famille se bat au quotidien, valorise le travail et l’effort face aux difficultés verra ses enfants se battre pour y arriver.
    L’enseignant ne peut pas agir si l’apprenant ne veut pas apprendre et devenir l’acteur de ses apprentissages. Ce ne sont pas des mots : des apprenants ayant des difficultés et des lacunes importantes, parce qu’ils ont décidé d’y arriver, avancent à petits pas mais sûrement avec l’enseignant à leur côté. Et là intervient un couperet qui devrait être aboli comme tel : les cotes. Celles-ci ne doivent être pour l’apprenant qu’un repère du chemin parcouru !

  8. Katy dit :

    Bonjour madame,

    Je suis prof et moi-même issue d’un milieu défavorisé socialement, économiquement et culturellement parlant. Je ne m’en suis pas trop mal sortie, professeur étant une position enviable de là d’où je viens et je pense savoir pourquoi j’ai mieux réussi que les autres enfants de mon quartier !
    J’étais une bonne élève ( comme un bon tiers des gosses du quartier) et la majorité de mes professeurs ont été encourageants, ne s’arrêtant pas à mes fautes de « français » (je parlais surtout chti !) pour me juger, ni à ma légère dyslexie, ni à mes origines !
    Mes parents ont eu l’intelligence de m’encourager et de me punir quand c’était nécessaire et m’ont obligée à aller à l’étude chaque soir et chaque après-midi lors des examens, ne me laissant pas d’autre choix que celui d’étudier ! Cette étude était une vraie étude c’est-à-dire pas une garderie d’où on sort n’importe quand « à la carte », où l’éducatrice exigeait le silence et vérifiait qu’on travaille ! Le coaching gratuit de l’époque !!! Il y avait même moyen de prendre un vrai goûter à l’école !
    Les professeurs fixaient la matière en classe, ça s’appelait du drill ! C’était très embêtant parfois, mais cela fixait les informations importantes ! 95% au moins des élèves savaient lire fin de première primaire et au moins 90% des élèves de 3e primaire connaissaient leurs tables de multiplication !
    Pour information, dans la classe de ma fille, 5 élèves sur 18 savaient lire en fin de deuxième primaire (avec la même institutrice que la mienne mais qui a été obligée de changer de méthode de lecture par son inspectrice pour en adopter une manifestement moins performante !!!), et 3 connaissaient leurs tables de multiplication (ma fille, le fils de l’institutrice et le meilleur ami des 2 précédents, devinez pourquoi !!). Je suis pourtant convaincue que ces enfants sont aussi intelligents que nous l’étions !
    Je me souviens aussi que dans mon école, une classe de rattrapage était organisée en primaire et une des meilleures institutrices s’en occupait !
    A Mouscron, une école primaire qui s’appelle « Le relais » obtient ACTUELLEMENT, avec des enfants « largués » par le système, des résultats miraculeux ! Je suis professeur dans le secondaire et je ne peux que constater leurs résultats ! Pouvez-vous vous intéresser à leurs méthodes pédagogiques et créer ce type d’école dans les zones dites « défavorisées » ?
    Aussi, afin de permettre à tous les enfants de se sentir bien à l’école, serait-il possible d’autoriser qu’un élève ayant fait 1 ou 2 années dans le secondaire, quel que soit son âge, puisse passer en professionnel si c’est son réel désir ?
    Cela éviterait à beaucoup de s’ennuyer en classe et permettrait à d’autres d’avancer à leur rythme sans être constamment freinés. J’ai longtemps donné cours en professionnel et je peux vous assurer que pour chaque enfant c’est important d’être valorisé par de bons résultats « mérités »! Se sentir juste « à la bonne place et compétent » est un grand confort pour chacun. Voilà, pas de grande théorie…du pratique …

    Bonnes vacances!