« Le problème, c’est qu’en Wallonie et à Bruxelles, l’effort budgétaire est notoirement au-dessus de la moyenne européenne, alors que les performances scolaires sont largement inférieures aux résultats constatés dans la majeure partie des pays observés par l’OCDE. Rassurons-nous cependant : il n’est de problème qui ne trouve sa solution si l’intelligence préside à l’analyse, la vérité au jugement et la volonté à l’action. » Bien qu’il jouisse aujourd’hui d’une retraite bien méritée, l’ancien ministre de l’Enseignement secondaire (de 1999 à 2004), Pierre Hazette (MR), continue à se passionner pour l’école. Tout récemment, avec le concours du Centre Jean Gol, il vient de publier sa « Lettre ouverte aux parents responsables » où il pose un regard lucide sur l’état de notre enseignement – chômage des jeunes, décrochage scolaire, pénurie des enseignants, etc. – et propose quelques pistes de solutions… pour éviter, dit-il, l’accusation de « non-assistance à société en danger ».
Mais comment le Liégeois envisage-t-il de redresser la barre? En se penchant sur les besoins des jeunes, d’abord. Quels sont-ils? Une bonne condition physique – il souligne l’importance du sommeil -, un travail sur la concentration en classe – et de rappeler l’importance de la minute de silence avant que débute le travail scolaire – et une meilleure organisation du temps de travail : entre les consoles de jeux, Facebook et les séries télévisées, les jeunes en perdent parfois le sens des priorités.
Les inégalités sociales se nourrissent de cette situation : les parents éduqués, cultivés, informés, conscients que du temps est dû aux travaux extrascolaires s’organiseront en conséquence. Chez les autres, le refrain quotidien se déclinera autour d’une seule phrase : « On n’a rien à faire aujourd’hui. »
L’ex-ministre libéral en est convaincu : les élèves ne demandent qu’à apprendre et ne rechignent pas devant le travail. Mais l’école ne se montre plus assez exigeante et ambitieuse. Et si on supprimait les devoirs à domiciles? Et si on organisait le passage automatique de 1ère année en 2e… ou si on supprimait carrément le redoublement? « A la passion de l’école, nous avons substitué l’école de la compassion. »
Le tronc commun, qui retrouve les faveurs des responsables, ajouté à la fin des redoublements, c’est l’assurance que les exigences seront revues à la baisse au premier degré et puis au-delà ans tout l’enseignement secondaire. Imagine-t-on un entraîneur d’athlétisme refuser que la barre du saut en hauteur soit placée à plus de 1,5 mètres (…) proposer à ses sprinters de se contenter de 20″ au 100 mètres, aux coureurs de 400 mètres d’arriver groupés au terme du tour de piste!
Et si on supprimait le tronc commun?
De là à suggérer la suppression du 1er degré commun du secondaire, il n’y a qu’un pas, que celui qui fut longtemps le « monsieur enseignement » du MR n’hésite pas à franchir. Aujourd’hui, les élèves doivent obligatoirement passer par deux années (trois au maximum) de tronc commun avant de faire un choix de filière (générale, technique ou professionnelle). Pierre Hazette imagine possible de s’en remettre aux recommandations des enseignants, aptes à ses yeux à formuler un pronostic sur l’avenir scolaire des élèves qui les quittent. « Ils devraient être les premiers conseillers en orientation, or nul ne sollicite leur avis. Plus grave encore : les inscriptions dans le secondaire sont prises cinq mois avant qu’ils ne rédigent le bulletin final et avant l’attribution du certificat d’études de base. » On pourrait donc demander leur avis aux instituteurs… et imposer une justification si ce dernier n’est pas suivi. Mais l’ancien ministre n’est pas naïf : des réorientations dans les filières techniques ou professionnelles dès la première année nécessiteraient une révision ambitieuse des programmes, à la mesure des perspectives qu’ils peuvent ouvrir.
Et puisque l’heure n’est pas à la langue de bois, on pourrait en profiter pour rompre avec le carcan des 32 heures de cours hebdomadaires… et imposer les 40h de travail pour les élèves qui affichent un retard en français ou « méconnaissent les règles de vie dans notre société. » Et de noter que les jeunes ne vont aujourd’hui à l’école, au mieux, que 130 jours/an. « A leur âge, les gens de ma génération passaient 400 demi-jours en classe. » Alors, combat d’arrière-garde? Nostalgie d’une époque révolue? « Je ne puis admettre que les images surgies du passé soient aujourd’hui disqualifiées par le seul fait qu’elles sont un peu patinées », se défend M. Hazette, qui insiste : la pédagogie à l’ancienne n’avait pas que des effets négatifs.
Autoriser les heures supplémentaires
L’ancien professeur de latin invite aussi les écoles à travailler avec le monde de l’entreprise – histoire de limiter les dégâts de la pénurie dans le secteur technique et de revaloriser la formation de nos élèves, au contact de professionnels de terrain – et propose aux enseignants de prester des heures supplémentaires – immunisées fiscalement – à concurrence du tiers de leur charge. Ce complément d’heures pourrait alors être consacré à de la remédiation. C’est tout? Non, le bénévolat pourrait encore être encouragé à l’école.
J’appelle à l’ouverture dans toutes nos écoles où les langues s’enseignent, de tables de conversation. Il y a partout, dans nos villes et nos villages, des locuteurs naturels de langues qui ne sont pas la nôtre. Serait-il inimaginable de les inviter à converser dans leur langue avec des écoliers et des élèves de leur environnement proche?
Il y a des pistes à méditer, et des vérités dites pour une fois au grand jour….
Voilà des propositions dans la droite file du libéralisme, si le passage de Hazette n’a pas laissé beaucoup de traces, sa publication (qui vise à ramener au MR les enseignants déçus) est juste conservatrice et démagogique….
Effectivement, Monsieur Hazette n’a laissé beaucoup de traces de son passage… Peut-être est-ce dû au fait que, contrairement à ses homologues socialistes et démocrates humanistes, il n’a pris de grandes mesures incohérentes, il n’a pas de fait de grandes réformes inutiles et il n’a pas, finalement, détruit ce que les enseignants avaient mis des années (voire des générations) à construire…
Je ne suis certainement pas partisan des libéraux mais il faut reconnaître qu’en matière de ministre de l’enseignement, Monsieur Hazette a peut-être été le moins mauvais de ces vingt dernières années.
Exactement la même analyse, M.Hazette a certainement été le ministre de l’enseignement le plus compétent depuis 30 ans.
@V. Lorquet
Nous ne devons pas rencontrer les mêmes professeurs.
Je n’entends en effet que du positif sur ce que le ministre Hazette a fait.
Plus important que le parti, le fait qu’il ait été enseignant explique peut-être beaucoup.
Mais si vous êtes satisfait de la qualité de l’enseignement, je comprends, vous ne pouvez être d’accord avec le ministre Hazette
Et pourtant , moi, enseignante, j’approuve !!!!
J’ai entendu, sur Vivacité dans l’émission de Benjamin Maréchal, la réaction des parents aux propositions de Mr Hazette. 90% considéraient ces mesures comme rétrogrades. On a encore du pain sur la planche !!!
Quant au tronc commun : force est de constater que la disparition de la 2e professionnelle a été et reste une catastrophe. Quand l’élève lui-même est demandeur, pourquoi l’empêcher de faire ce qu’il aime. Non, on les fait rester 2 ans parfois 3 dans une filière dont ils n’ont que faire, dans laquelle ils sont malheureux et nous (du général) aussi car ils sont rarement coopératifs et je les comprends.
Pour rappel, c’est Mme Arena qui parlait de filière de relégation, pas nous et certainement pas les profs de professionnel.
Là-dessus, bonnes vacances !!!
Le niveau de l’enseignement primaire a fortement baissé depuis les années 80. Pour améliorer l’enseignement il faut modifier le fondamental, apprendre aux enfants à lire aisément et à écrire (orthographe et syntaxe). Ensuite nous pourrons demander un tronc commun car tous les enfants auront un niveau correct leur permettant d’apprendre et ne seront pas confrontés à l’échec et au passage automatique. Sachez messieurs les bien pensants que certains élèves atteignent la 3e professionnelle avec une 4e primaire échouée….
Il ne manque plus que les châtiments corporels et on est à l’école du temps de mes parents.
Bien sûr, il faut plus de discipline, bien sûr, il faut une meilleure organisation de l’enseignement, bien sûr, il faut arrêter de jeter l’argent par les fenêtres, bien sûr, il faut réorganiser le temps scolaire… De nombreuses études nous montrent et nous crient depuis des années que le redoublement n’est pas une solution. Quiconque a étudié un minimum de psychologie se rend compte qu’un élève en décrochage n’a pas besoin de 10h de cours en plus mais justement d’un meilleur encadrement et de loisirs dans lesquels il se sent fort pour reconstruire son estime de soi. Quant à supprimer le tronc commun… Les pays qui ont les meilleurs résultats Pisa et qui sont les moins inégalitaires ont un tronc commun plus long que le nôtre ! Et ne pratiquent pas le redoublement systématique extrêmement coûteux et souvent inefficace.
Une révision des programmes ? Il serait temps ! Temps de mieux former les enseignants et de leur faire confiance en leur laissant la liberté d’appliquer le programme de façon cohérente en adéquation avec les jeunes qu’ils ont devant eux.
Pour finir, il faut tout de même qu’on le dise mais depuis la nuit des temps, l’homme trouve que les générations qui le suivent régressent…