Fin de partie pour les enseignants des Athénées d’Andenne et de Dinant, qui protestaient il y a quelques jours contre ce qu’ils appellent la « valse des préfets » au sein du réseau de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Comme il fallait s’y attendre, le sujet a été abordé ce mardi en Commission de l’Éducation du parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Les députés libéraux Willy Borsus et Gilles Mouyard, suivis de leur collègue écologiste Stéphane Hazée, ont interrogé la Ministre de l’Enseignement obligatoire, Marie-Dominique Simonet (CdH).
Face à la Liégeoise, c’est le député MR de Sambreville qui s’est montré le plus virulent : « À Dinant, la préfète qui, depuis trois ans, faisait fonction à la satisfaction générale est pressentie pour une nomination à Andenne, ce qui n’était pas son premier choix. Cette nomination provoquera le départ dans la région de Charleroi, son deuxième choix, du préfet faisant fonction à Andenne, lequel donnait lui aussi entière satisfaction depuis trois ans. Avant son arrivée, cet athénée avait connu six préfets en six ans. Ces mouvements ont motivé la désignation à Dinant de la préfète écartée précédemment de Jemeppe-sur-Sambre. » Et Gilles Mouyard de poursuivre :
A Dinant, outre le désagrément causé par le départ de la préfète, les enseignants, les parents et les élèves déplorent le choix de l’administration. Dans la presse, vous avez dit être contrainte par les statuts. À maintes reprises, je vous ai invitée à améliorer le système actuel de nomination. Pourquoi n’envisagez-vous pas une modification du décret? Ce dispositif mis en place pour éviter le favoritisme semble « arbitraire » comme le dit M. Eerdekens.1 Quel est le contenu de votre discussion avec ce dernier à propos de l’athénée d’Andenne ? Quelle suite réservez-vous aux pétitions et à la motion reçues ?
Emploi vacant et emploi disponible
Face aux réformateurs et aux écolos (plus aucun député socialiste n’était présent pour les questions orales), Marie-Dominique Simonet ne s’est pas laissée démonter, épinglant qu’il était déjà douteux de de mélanger des problèmes relationnels internes à un établissement (elle faisait ici référence aux incidents à l’athénée de Jemeppe et à la personnalité sulfureuse de son ex-préfète, pointée du doigt par M. Mouyard) avec l’application de dispositions statutaires contenues dans les décrets. Et de rappeler que sur un réseau qui compte 360 établissements scolaires, on n’a finalement parlé que de ces trois cas particuliers. « On aurait préféré éviter cette situation mais elle représente moins d’un pour cent des directions. J’aimerais que l’on mette davantage à l’honneur les 99 % d’écoles sans problèmes. Existe-t-il d’autres organismes qui font l’objet d’un portrait apocalyptique sur la base de chiffres aussi faibles? »
La ministre avait fait le constat, en 2010, qu’aucun appel à candidature par promotion pour la fonction de directeur n’avait été lancé depuis onze ans. Cette année-là, 210 désignations avaient été faites… pour les 360 écoles du réseau. Sans provoquer pareils mouvements d’humeur. Deux ans plus tard, comme le veut le décret, un nouvel appel était lancé et concernait 54 emplois de chef d’établissement. La fréquence bisannuelle des appels à candidature permet, selon Simonet, de diminuer le nombre d’emplois en compétition et donc d’assurer une plus grande stabilité. Et sur les 54 préfets et directeurs désignés en 2012, une vingtaine seulement découvraient la fonction, souvent en remplacement de collègues partis à la retraite. « En 2010, soixante des 210 nominations ont été attribuées à de nouvelles personnes. En 2012, moins de vingt nouveaux directeurs ont été nommés. Voilà l’état d’une procédure conforme aux règles et visant la nomination des personnes en place. Le souhait d’accéder à une nomination de préfet me semble en effet tout à fait légitime. »
Mais quid des emplois de préfet des études à Andenne et à Dinant? Dans le premier cas, il s’agit d’un emploi vacant, sans titulaire nommé à titre définitif depuis de nombreuses années. Dans le second, il s’agit d’un emploi disponible, propriété d’un membre du personnel nommé à titre définitif et ce, au moins, jusqu’au 15 août 2012. Après cette date, il sera déclaré vacant et ouvrira la porte pour celui ou celle qui y sera désigné à la nomination. Une nomination dont devrait profiter Reinette Guelfi (ex-Jemeppe), attendue à Dinant… mais qui n’est pas prioritaire sur Joëlle Grognet, préfète faisant fonction… qui méritait donc une place vacante au moment de la désignation des directeurs. Si le poste qu’elle occupait jusqu’à hier avait été déclaré vacant plus tôt, il était pour elle. Quant à Salvatore Ribaudo, préfet d’Andenne, lui aussi méritait d’être nommé… et a donc été désigné dans son deuxième choix, le premier étant bien sûr son école actuelle.
La réglementation prévoit expressément qu’« un emploi vacant doit par priorité être attribué à un membre du personnel classé en ordre utile » pour obtenir cet emploi auquel il a par ailleurs postulé.
C’est toujours une personne contre une autre
Concernant le coup de téléphone que M. Eerdekens se vantait encore récemment d’avoir donné à la Ministre, cette dernière a simplement rappelé que l’homme faisait partie du gouvernement qui avait discuté ce règlement, gouvernement dont Marie Arena (PS) était ministre-présidente. Il avait donc largement eu le loisir d’en prendre connaissance. Next!
On l’a compris, Marie-Dominique Simonet n’envisage pas de faire une exception dans ce cas précis. On ne change pas les règles en cours de partie, d’autant que ce n’est que la deuxième application du décret. Mais elle reste ouverte à la discussion et prête à évaluer le texte, pointant que les demandes du terrain, aujourd’hui, sont peut-être différentes de celles qui avaient été relayées à l’époque et validées par les organisations syndicales. Organisation syndicales qui n’ont, bien sûr, pas soutenu le mouvement de grogne des enseignants. Il ne faut cependant pas être dupe… ou naïf :
Elles savent pertinemment bien que ces règles sont le fruit d’un subtil équilibre entre les droits des uns et des autres. Quand on décide de donner la priorité à l’ancienneté ou à d’autres critères, c’est toujours une personne contre une autre.
Furieux, le député Mouyard a averti : « Je ne m’attendais pas à un tel retranchement derrière la règle. Cette dernière doit être respectée mais quand elle engendre des situations absurdes, il est de notre devoir de la faire évoluer. (…) Refuser de s’en rendre compte et d’y remédier relève de l’irresponsabilité. » Mais que propose le MR?
- L’homme est le bourgmestre d’Andenne. [↩]
Dans tous les secteurs professionnels, la GRH est une matière complexe et subtile. Combiner la lutte contre l’arbitraire, la reconnaissance des compétences individuelles, la stabilité des équipes est un exercice délicat. En adoptant les différents statuts – et, donc, en privilégiant la règle – on a effectivement privilégié – de manière souvent mécanique – des critères objectifs comme l’ancienneté. Flinguer les syndicats serait trop facile. je suis souvent en désaccord avec eux , mais je reconnais qu’ils ont une logique. le dossier Andenne/Dinant démontre, lui, l’invasion de l’irrationnel et – pire – la pression des consommateurs. Depuis que le service public a troqué ses ‘usagers’ contre des ‘clients’, il est devenu difficile de gérer ce type de problème de manière rationnelle. Les règles statutaires sont parfois brutales. Mais la sympathie des uns et des autres n’est pas un critère de meilleure qualité. En fait, ce dossier, comme d’autres, met en évidence une des faiblesses de la GRH de l’enseignement francophone, l’absence de réflexion sérieuse sur l’évaluation. Si le système refuse, d’évaluer les performances, l’efficience, la qualité du leadership, il ne peut pas proposer d’alternative sérieuse à des critères comme l’ancienneté de fonction ou de service. Le député peut être furieux contre la ministre, que propose-t-il comme alternative ?
Personnellement, je fais partie des insatisfaits de la première vague de nomination des directeurs du fondamental en 2010… et je me suis tue parce que plus envie de me battre contre un système qui semble respecter les règles mais se cache derrière pour les contourner… Donc je vis pleinement mon bonheur d’être retournée dans une classe… loin de toutes ces manipulations sous le couvert des priorités et sans aucune once d’humanité.