« Le nombre d’articles 20 dans l’enseignement des langues est resté stable au cours des dernières années, même s’il est élevé. L’année passée, 39 % des professeurs temporaires désignés 1 dans les deux degrés étaient des articles 20 : 37 % dans le degré inférieur et 41 % dans le degré supérieur. » Ce constat a été posé par la Ministre de l’Enseignement obligatoire, Marie-Dominique Simonet (CdH), interrogée par le député Jean-Luc Crucke (MR) en Commission de l’Éducation du parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. L’élu libéral s’inquiétait du nombre d’enseignants donnant cours de langues dans nos écoles sans disposer de titre pédagogique et de la formation requise… Et de revenir sur les témoignages des professeurs Etienne et Romero-Munoz :
Pour appuyer leurs critiques, les deux professeurs citent l’exemple d’une école bruxelloise où un professeur de néerlandais, ambulancier de formation, n’a d’autre qualification pour enseigner cette langue que le fait d’avoir étudié en Flandre durant quelques années. La méthodologie imposée aux enseignants qui bénéficient de l’article 20 n’est pas toujours la plus appropriée. Cependant, si ces enseignants n’ont pas non plus reçu une formation adéquate, on risque des catastrophes. Or, dans ces matières-là, les conséquences peuvent être pires que dans d’autres.
Vite, une revalorisation de la fonction!
39% d’enseignants-articles 20. Et il ne s’agit que des professeurs temporaires pour le seul réseau officiel. Ces chiffres ne sont certainement pas très différents de ceux des autres réseaux. Inquiétant? « C’est pour régler ces situations que nous avons lancé la réforme des titres et fonctions, rappelle la Ministre. Elle permettra d’offrir à ceux qui détiennent un titre suffisant ou qui relèvent de l’article 20 un parcours de formation menant à la régularisation. » Des formations? « Il est de la responsabilité du chef d’établissement, en concertation avec les conseillers pédagogiques de son réseau, de dresser un plan de formation adapté à chaque membre du personnel ne possédant pas le titre pédagogique requis ou suffisant. Ce plan est normalement prévu. » Oui, mais quels sont les résultats? Combien d’enseignants s’inscrivent en formation continuée? Et combien d’articles 20? C’est le mystère… Mais Marie-Dominique se veut rassurante : les conseillers pédagogiques peuvent aussi être sollicités pour accompagner un enseignant qui en éprouverait le besoin… et puis il y a les collègues. « Au plan local, le membre du personnel article 20 peut évidemment s’insérer dans une équipe, participer à des moments de concertation et, le cas échéant, bénéficier d’un parrainage selon le pilotage du chef d’établissement. » Bon, c’est vraiment l’idéal… parce que dans la pratique, les enseignants le savent, la mission à réussir, c’est plutôt « tire ton plan ». Du coup, ils sont nombreux à quitter le navire… d’où pénurie… et donc engagement d’enseignants peu ou pas qualifiés… et ainsi de suite…
Licencié en langues germaniques et doctorant en linguistique éducationnelle aux facultés universitaires de Namur, Eloy Romero-Muñoz est scandalisé : « Il s’agit d’un problème grave qui ne se produirait pas dans d’autres secteurs. » Pour ce spécialiste, il est plus qu’urgent de revaloriser la fonction d’enseignant. En commençant par la formation initiale : « Les architectes font bien deux ans de stage avant d’être officiellement diplômés, on pourrait aussi accompagner les jeunes profs pendant deux ou trois ans plutôt que de les jeter dans l’arène, suggère M. Romero-Muñoz, qui défend l’idée d’une formation unique pour tous les enseignants, qui devraient suivre un tronc commun en didactique et pédagogie. « Je suis pour une fusion des hautes écoles pédagogiques et des filières AESS. Les étudiants choisiraient ensuite le niveau où ils souhaitent enseigner. Dans l’état actuel, on a l’impression qu’il y a une hiérarchie, de l’instit à l’agrégé du secondaire supérieur, en passant par le régent. Or je suis convaincu que les instituteurs doivent être aussi bien, si pas mieux formés que les profs du secondaire. »
« Pensez-vous que les profs ont assez de recul? »
Ne soyons pas dupes cependant : les articles 20 sont moins bien payés. En temps de crise, c’est un facteur non négligeable. » De là à sacrifier la qualité de l’enseignement pour sauver les caisses de l’État…
Mais d’autres pistes doivent être explorées : l’accélération du processus de nomination, la rationalisation des possibilités dans le choix des langues – « on forme des profs avec anglais-espagnol comme combinaison, mais on n’autorise pas l’espagnol comme première langue »- l’écoute et l’implication des enseignants dans le processus décisionnel. « Allez, je ne résiste pas, je vous raconte une anecdote : j’ai récemment été contacté par une conseillère pédagogique de la Communauté française. Elle me dit qu’il vont changer une circulaire ayant trait aux langues modernes et veulent que je vienne exposer ma vision de la grammaire. Je réponds « oui, volontiers ». Elle me recontacte peu après : ses collègues préfèrent ne pas perdre de temps en discussions et passer à l’action. Je prends acte et je suggère quelques références scientifiques sur le sujet. Et surtout, je lui propose d’aller sonder les profs sur le terrain, pour savoir pourquoi ça ne marche pas. Sa réponse: « pensez-vous que les profs ont assez de recul? »
Et soudain tout devient clair…
- La répartition géographique des désignations ne montre aucune disparité majeure entre les zones. [↩]
Surtout dans l’enseignement des langues, comme le néerlandais, il faut savoir ce que vous voulez! Tous les profs qui obtiennent leur diplôme en Flandre (où l’agrégation n’existe plus, mais où on a changé tous les titres pédagogiques en « Specifieke Lerarenopleiding ») restent notamment articles 20 en CF! Je suis dans ce cas: j’ai étudié les langues germaniques à la KULeuven, j’ai fait mon agrégation à l’Université d’Anvers et… je reste article 20 car le nouveau titre flamand n’est pas encore approuvé en CF! Honteux! « Specifieke Lerarenopleiding » est une formation universitaire spécialisée, afin de pouvoir donner cours, suivant les règles du Ministère flamand mais également du côté francophone et du CAF, au secondaire supérieur ainsi que dans l’enseignement supérieur! Vous voulez des profs qualifiés? Définissez d’abord bien vos critères!
Oui, la non-reconnaissance des titres pédagogiques (ou autres en fait) obtenus en Flandres est un véritable scandale belgo-belge.
Le même problème se produit lorsqu’un étudiant termine un master en Flandres (60 crédits) et qu’on lui refuse l’inscription au doctorat en CFWB parce que « nos » masters francophones sont à 120 crédits. Inutile de spécifier que cet étudiant pourrait s’inscrire sans problème au doctorat dans une université flamande…
Cette histoire d’articles 20 est à mourir de rire. Ma compagne dispose de tous les titres requis pour enseigner les langues germaniques en CF, et chaque année apporte la même mauvaise surprise, celle de voir un article 20 passé TP lui sucrer sa place, alors qu’elle preste un boulot impeccable. Elle pense d’ailleurs à abandonner le métier si cela se reproduit, car il est vrai que l’agrégation et toutes ces formations pédagogiques ne servent finalement à rien à ceux qui les font, étant donné que l’enseignement des langues est confié à des articles 20. Et je ne mentionnerai pas les directions qui couvrent les membres de leurs personnels ne disposant pas de titres pédagogiques pour ne pas avoir de paperasserie supplémentaire sur les bras. Alors, oui aux articles 20 là où on a vraiment besoin d’eux, mais pas au détriment de gens ayant étudié des années pour pouvoir exercer le métier!
L’article appelle quelques précisions.
1° Même si la fusion, ferait plaisir à d’aucuns, il y a 2 réseaux officiels (celui de la CFWB et l’officiel subventionné) et pas un seul.
2°L’expression ‘article 20′ ne vaut que par rapport au statut des enseignants du réseau CFWB.
3°Les PO du subventionné officiel sont amenés à recourir à l’avis préalable à la dérogation au titre B (sic) parce qu’il y pénurie de porteurs du titre requis. la situation est particulièrement aiguë à Bruxelles (je l’ai dénoncée depuis des années) et le politique reste totalement inactif .
4° Le recours à l’immersion est un écran de fumée pour masquer l’inertie face aux obligations légales.
5° L’honnêteté intellectuelle force à reconnaître que certains enseignants sans titres compensent par leur motivation et arrivent à de bons résultats.
6° Je participe à la réflexion sur la réforme des titres et fonctions (dans les groupes de travail du CPEONS et du CECP), le chantier est particulièrement complexe puisqu’il faut maintenir un équilibre entre les droits individuels et le fonctionnement du système. La ministre s’est fixé comme objectif d’aboutir en mars 2014. Espérons.
Il faut arrêter l’angélisme qui consiste à dire que « certains » article 20 font bien leur boulot. C’est une évidence et le noeud du problème n’est pas là. Le problème est qu’il n’y ait pas d’accès à la profession dans l’enseignement comme dans d’autres professions. On ne laisserait pas n’importe qui nous cuire notre steak, par contre, quand il s’agit d’éduquer nos enfants, on est plus flexible. Je dis non.
A mon avis, toi tu n’as pas fait d’études en Belgique, ce n’est pas un site pour noircir les autres et se lancer des fleurs…
Mieux vaut un prof avec formation qu’un « prof » qui enseigne le néerlandais pcq il travaillait dans une grande surface en Flandre. Véridique !!! J’enseigne depuis deux ans et quand je vois un collègue photocopier la grammaire illustrée pour des élèves de 1ère en entier, je deviens fou !
Oui jeune prof amer mais sachez que bcp de profs de langues (art 20 (les maudits) mais aussi les autres, les bons) photocopient les bouquins, ce qui me sidère. C’est un plagiat pur et simple et cela est bien noté.
Moi je suis Art 20, je parle parfaitement le néerlandais (langue maternelle), native de Hasselt, et j’ai étudié cette langue en plus de mes études. L’année dernière, j’ai réussi avec brio mon année de perfectionnement, j’ai énormément de préparations de leçons actives, ludiques…des supports actuels, de la motivation, de la patience…j’ai des années d’expérience dans le social et l’administratif donc j’ai d’autres atouts dans mon sac à sortir face aux jeunes et même à leurs parents au vu de mon métier actuel dans le social : évidemment l’administratif ne me fait pas peur, je suis perfectionniste et organisée…prête à faire toute formation possible pour m’améliorer je ne demande qu’a être appelée !!!!!!!!!!!! Et croyez-moi je ne bâclerai pas mon travail comme le pensent certains au sujet des Art 20.
J’ai eu une prof Art 20 : Excellente, très compétente avec des leçons très claires, structurées et tous les thèmes ont été vus !!!
Si elle n’avait pas parlé, en fin d’année suite à une question d’un élève, d’Art 20, personne n’aurait deviné qu’elle avait juste eu une formation en CAP.
Très bonne prof.
13 longues années d’enseignement, j’ai passé des nuits blanches à travailler pour l’école. Mon réveil dérangeait mes voisins, je me réveillais à 3h30 du matin. J’ai tout donné pour l’école en me privant d’amis, de sorties, j’ai aussi sacrifié ma famille et ma vie de couple.
Article 20, désignée souvent dans 3 à 4 matières différentes au DI et DS CG en même temps. Personne ne peut imaginer la charge de travail, le poids de mon sac et de mes cours qui a déformé mon épaule et a tassé mes vertèbres. Je prestais souvent 3h en plus au DI et 3h en plus au DS soit 6 heures non rémunérées minimum 4h.
J’acceptais tout car article 20, oui, j’acceptais tout pour qu’on ne me prive pas de vivre ma passion « enseigner », m’épuiser pour que les élèves s’intéressent à la matière, m’épuiser à la rendre plus accessible, plus claire. Ô combien je t’ai donné mon école ! Combien d’anciens élèves sont devenus mes collègues. Mes larmes coulent à flots.
Cette année scolaire, on me désigne plic ploc dans différents endroits, j’ai refusé, je ne sais pas ce qu’on y fait. Le service de désignation a décidé de ne plus me désigner sous prétexte qu’en tant qu’article 20, je n’ai ni le droit de choisir ni de refuser.
Après 13 ans de dévouement, de rapports positifs, on me jette comme un chien. Je me retrouve seule sans soutien, sans appui. « Article 20 » ainsi me criait dessus madame… désignation. Sachez madame … désignation que je versais une partie de mon salaire aux associations pour le soutien des enfants nécessiteux en Belgique et à l’étranger, à parrainer une petite fille en Inde. Une bonne partie, je l’ai dépensée en matériel pour animer mes cours et équiper mes labos. Certains trouvaient que j’étais conne, non, je voulais que tout soit parfait, je devais l’être aussi. Je préparais mes élèves aux label sciences, il a abouti sans moi, SCANDALEUX !
Dans mon école, comme partout, nous avons des articles 20, pas seulement en langues, d’ailleurs. Certains font du bon boulot, comme certains AESI ou AESS en font du mauvais. Je dirais que ce qui les caractérise de manière générale, c’est l’étonnement devant certaines exigences pédagogiques. Et cet étonnement n’est pas toujours dépourvu de bon sens.