La nouvelle est tombée ce 19 juillet dernier, révélée par La Libre : Eléonore de Bergeyck, échevine de Wezembeek-Oppem et conseillère provinciale a décidé de rendre sa carte du cdH. Eléonore qui? Souvenez-vous, il y a quelques semaines, quatre élus de la périphérie bruxelloise avaient adressé un courrier à à Benoit Lutgen, président du parti humaniste ainsi qu’à Marie-Dominique Simonet, Ministre de l’Enseignement obligatoire. Il s’agissait de Myriam Delacroix-Robin, bourgmestre de Rhode Saint-Genèse, Olivier Joris et Roger Mertens, échevins à Crainhem et Wemmel et Eléonore de Bergeyck. Ces mandataires communaux demandaient ni plus ni moins que l’abandon du décret Inscriptions, au motif que ce dernier discrimine les enfants de la périphérie. Après une réunion d’urgence tenue au cabinet de la Ministre, et destinée à remettre de l’ordre dans les rangs, les rebelles semblaient avoir été rassurés. Erreur!
Le cdH : trop à gauche?
Une fois l’information diffusée, désireux de mieux comprendre, Enseignons.be a contacté la future ex-échevine pour un entretien sans langue de bois.
Que s’est-il passé? Pourquoi claquer la porte aujourd’hui alors que vous aviez signé un communiqué assurant avoir été rassurée quant au traitement équitable des élèves issus des écoles à programme francophone des communes à facilités?
On ne peut pas dire que le cabinet nous a rassurés, non. Déjà, cette réunion ressemblait plus à un tribunal qu’autre chose. Nous étions trois : Olivier, Roger et moi… et on s’est retrouvé devant douze personnes, avec la Ministre et ses deux chefs de cabinet. Le communiqué, on nous l’a apporté à neuf heures du soir en nous disant « veuillez signer! Il a été approuvé par Benoit Lutgen. » Ce texte, nous l’avons amendé, indiquant que nous avions compris l’application du décret… Compris et pas accepté. Lors de cette soirée, le cabinet nous a simplement fait le bilan de la rentrée 2011, année où, il est vrai, il n’y avait pas eu trop de problèmes. Mais nous, nous venions pour 2012! On sait que les places disponibles à Bruxelles sont en diminution cette année. Il y a encore beaucoup d’enfants sur les listes d’attente. A la fin de la réunion, la Ministre nous avait promis de nous fournir les chiffres 2012 des enfants de la périphérie en liste d’attente. Nous les attendons toujours. Mais moi qui suis échevine à Wezembeek, je peux vous dire que les chiffres des écoles de la périphérie sont inquiétants.
Vous dites donc qu’il leur fallait calmer le jeu à tout prix?
Oui, c’est ça. Ils voulaient ce communiqué. La signature d’un des des échevins à même été imitée alors que ce dernier était déjà parti lorsque le document nous a été imposé. De mon côté, j’ai préféré signer un texte que je considérais comme « chèvrechoutiste » plutôt que d’apprendre plus tard qu’ils avaient falsifié ma signature. Il faut savoir qu’on est face à des idéologues, convaincus d’avoir raison. Difficile dans ces conditions d’avoir une discussion.
Que reprochez-vous à la politique de la Ministre de l’Enseignement?
Il n’y a pas de vision à long terme. C’est regrettable. Voyez la situation de l’enseignement à Bruxelles, le boum démographique que l’on nous annonce. De plus, Marie-Dominique Simonet refuse de voir les conséquences de ce décret. Pire, elle refuse toute évaluation! A croire que l’objectif est de détricoter l’enseignement libre.
« On limite la liberté des parents… et des écoles »
Dans votre interview à « La Libre », vous n’hésitez pas à dire que le cabinet est peuplé de « gauchistes rabiques ». Vous maintenez?
Oui. Le cabinet mais aussi le cdH, qui vire dangereusement à gauche. Le but semble être de limiter encore et encore la liberté des parents... et des écoles. La liberté des parents qui ne peuvent plus choisir l’école de leur enfant, et celle des établissements scolaires, obligées d’accepter des enfants qui, parfois, seraient plus heureux et mieux encadrés ailleurs. Le taux d’échec est alors important en 1ère année : jusqu’à 50% dans certaines classes. Ce sont autant d’élèves qui ne montent pas en 2e et limitent encore le nombre de places disponibles pour les élèves qui viennent de 6e primaire. Et une fois enfin sortis du 1er degré, il essayent encore d’obtenir l’école de leur choix, qu’ils n’ont pas obtenu deux ou trois ans plus tôt.
Une double discrimination?
La situation des élèves en périphérie est-elle si dramatique?
C’est une catastrophe! Déjà parce qu’il n’y a pas d’écoles secondaires francophones dans les communes à facilités. Ce sont les lois linguistiques qui l’interdisent. Ensuite, il faut savoir que les enfants des communes à facilités reçoivent automatiquement l’indice moyen, ce qui les place presque toujours en liste d’attente, sauf s’ils bénéficient d’une priorité. Autant dire que la majorité des enfants de ces communes sont sans école ou peuvent faire un croix sur l’école de leur 1er choix. Il s’agit d’une double discrimination, inadmissible dans le chef d’un parti qui se dit… humaniste!
Certains se demandent si ce revirement n’est pas intéressé, à quelques semaines des élections communales. Le cdH a beaucoup à perdre à Bruxelles et dans la périphérie… Allez-vous rejoindre un autre parti?
Non. Je suis membre du cdH depuis près de trente ans mais j’ai été élue sur les listes de l’Union des Francophones (UF). Je quitte le parti mais terminerai normalement mon mandat. Après, certains m’annonçaient au MR ou au FDF… mais pour moi, c’est fini. Ma liberté de parole, je la dois au fait que je suis libre, que je ne dépends pas de mon mandat politique pour vivre. Mon engagement se poursuivra autrement, au sein de l’asbl Élève, par exemple. Je veux continuer à pouvoir dire que ce qui se passe ici est honteux et injuste pour des centaines d’enfants.
A noter que le 25 juillet, un autre élu de Wezembeek-Oppem a aussi claqué la porte pour les mêmes raisons : Francis Mulders, conseiller CPAS.
Bravo à ces êtres responsables qui ont encore conscience de la notion de démocratie et d’Etat de droit.
Falsifier une signature devrait conduire à une radiation immédiate des responsables !!!