Françoise Bertieaux : « Simonet n’a pas de projet, pas de vision » (1ère partie)

Françoise BertieauxAu Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Françoise Bertieaux est la Chef de l’opposition libérale. Depuis huit ans, la Bruxelloise croise le fer avec les Ministres de l’Enseignement issus de la majorité au pouvoir. Après Marie Arena et Christian Dupont, tous deux socialistes, c’est aujourd’hui Marie-Dominique Simonet (cdH) qu’elle affronte régulièrement au sein de la Commission Éducation. Et les débats sont vifs. Les décrets « files », « lotto » ou « Robin des Bois »… elle les connait sur le bout des doigts. Et s’ils font aujourd’hui partie du passé, elle est y peut-être aussi pour quelque chose. Enseignons.be a rencontré cette semaine la députée et échevine d’Etterbeek pour faire le point sur les dossiers « chauds » de cette rentrée scolaire. Une interview sans langue de bois…

Un décret Inscriptions anti-bruxellois

Quelle est la situation aujourd’hui (mercredi 5 septembre) des « sans-écoles » et du décret Inscriptions? Combien d’enfants attendent encore une place dans l’une des écoles de leur choix?

Ils sont encore 159… dont 155 à Bruxelles. Et la Ministre qui répond, imperturbable, qu’il reste 1.500 places dans la capitale. Hallucinant ! Pour vous donner un exemple, dans le réseau libre, il reste quatre écoles qui proposent encore des places dans l’enseignement général : l’IND à Cureghem, l’Enfant-Jésus d’Ixelles, Saint Jean-Baptiste de La Salle à Saint-Gilles et l’Institut des Filles de Marie également à Saint-Gilles. Imaginez qu’on vous dise, vous qui avez un enfant de 12 ans et habitez à Jette : « Ah ben Monsieur, il reste 50 places à Notre-Dame à Cureghem! ». Même la police n’ose plus aller dans ce quartier! Et vous y enverriez votre gamin, tous les matins en tram, avec son cartable? Elle se moque de qui?

En juillet dernier, lors de la dernière séance de la Commission Éducation, vous aviez épinglé ces écoles dans lesquelles personne ne veut inscrire son enfant. Une réalité?

Oui. Il y a eu une école, par exemple, où pendant la première phase, aucun formulaire unique d’inscription n’a été rentré… Zéro! Dans ce cas-là, on se pose la question du pourquoi, évidemment. Et quand on sait ça, on ne répond pas aux gens qu’il reste 1.500 places. Vu que ce n’est pas la première année, on ne peut pas dire qu’elle découvre l’eau chaude… S’il est vrai qu’il reste autant de places, dont personne ne veut, alors il faut retravailler la qualité de l’offre. Par ailleurs, le décret, par nature, est anti-bruxellois puisque si vous regardez la carte de la dispersion des écoles libres sur Bruxelles, il y a des quartiers où il y a une sur-concentration (Montgomery, Cinquantenaire…) et d’autres où l’offre est beaucoup plus réduite (Jette, Ganshoren…). Alors effectivement, si on veut mettre autant d’importance sur le critère « distance géographique », surtout à vol d’oiseau, fatalement, on va dans le mur.

On parle beaucoup du réseau libre… Mais il existe aussi d’excellentes écoles du réseau officiel, non?

Le réseau libre, surtout dans le secondaire, fédère 60% des élèves. Le réseau communal, de la ville de Bruxelles, est aussi très connu… et reconnu. Celui qui a le moins de succès, c’est l’officiel qui dépend de la Communauté française.

« Le réseau officiel crie misère »

Pourquoi cela?

Je suis convaincue que c’est dû à la structure du système qui fait que ces écoles n’ont pas d’autonomie. Concrètement : les bâtiments ne sont pas vraiment en bon état. Ce réseau crie misère rien qu’à la façade. Les préfets attendent qu’on leur envoie tout… de bien loin. On peut donc parler des pénuries d’enseignants… et ça se sait quand les enfants ont des heures de fourche ou sont à la rue une partie de la semaine. Alors, à quand une coupole pour l’enseignement officiel? Ce n’est pas le rôle des politiques d’être pouvoir organisateur. Le politique doit être régulateur, point.

Ce lundi, la Ministre Simonet s’offre une sortie dans la presse et revient avec le projet de réforme de la formation initiale des enseignants. Qu’en avez-vous pensé?

Je pense que si elle est obligée de sortir sur une compétence qui n’est pas la sienne (la formation des enseignants est du ressort du Ministre Marcourt (PS)), alors que le débat a déjà eu lieu dix fois, c’est qu’elle n’a rien à dire. Ne pas avoir un projet pour la rentrée, c’est inquiétant. Nous, nous répétons que nous sommes favorables à cette réforme pour autant que l’on n’ajoute pas deux ans à la formation actuelle. Il faut retravailler l’offre de base, la durée des stages, proposer une dernière année avec des stages rémunérés sur le terrain… Et mettre aussi l’accent sur la maîtrise du français, oral et écrit. On le sait, nos futurs enseignants ont parfois quelques lacunes dans ce domaine.

Une parade nuptiale

Nous parlions des réseaux tout à l’heure. Que pense la MR de la proposition du Président du cdH Benoit Lutgen de corriger l’écart d’investissement entre les réseaux scolaires libre et officiel subventionné?

La seule chose que M. Lutgen a fait, ça s’appelle la drague. La réseau libre a été malmené, y compris par Simonet qui a déjà poussé quelques coups de gueule en Commission, et Etienne Michel (directeur du SEGEC) a dû durcir le ton ces deux dernières années. Nous sommes à la veille des élections communales… Lutgen a fait une parade nuptiale. Maintenant, voyons le fond… Il faut que ce rattrapage se fasse – je vais vous dire : on a une ministre cdH depuis trois ans, c’est que ce n’est pas une priorité du cdH si ça n’a pas encore été fait. Le Ministre du Budget est également cdH. Ils sont tous deux aux manettes – car le boum démographique sera terrible à Bruxelles. Nous aurons besoin de nouvelles places, de nouvelles écoles et le libre prendra sa part. La Wallonie aussi sera touchée. Il faut aussi voir l’histoire. Au départ du Pacte scolaire, il n’était pas injuste que nous ayons des traitements différents puisque le libre était basé sur des congrégations religieuses qui étaient propriétaires de bâtiments… et avaient des moyens. Cinquante années ont passé, il n’y a plus de congrégations… et il n’y a plus d’argent. Le libre se retrouve alors avec charge de bâtiments qu’il doit entretenir comme ceux des autres réseaux, mais avec moins d’argent.

Maintenant, cessons ce débat sur les réseaux. A chaque fois, on rallume la guerre scolaire. Il y a en a qui parlent de fusion des réseaux, mais ce n’est pas la priorité. Qu’on me démontre en quoi la pluralité des réseaux coûte cher… La sortie de Lutgen nous montre qu’au contraire, tant que le libre reste libre, on dépense moins d’argent public. S’il faut racheter leurs bâtiments et les financer à 100%, c’est la fusion qui coûtera plus cher.

Ne parlons pas de fusion alors mais de synergies entre les écoles, entre les réseaux…

Oui, il faut favoriser les synergies entre les réseaux. Il faut faire tomber les barrières. Pour les jeunes enseignants, déjà, qui pourront passer d’un réseau à l’autre sans perdre leur ancienneté. Mais pas seulement : le matériel, les options « doublons »… Éviter la concurrence entre les écoles.

Commentaires

  1. Thibault dit :

    Synergie entre écoles de réseaux différents ?
    Mon expérience personnelle est que ces synergies sont demandées par les écoles du Libre mais refusées par les écoles de l’Officiel.
    J’espère que ce n’est que mon expérience…

  2. Schtroumpf dit :

    « Il faut faire tomber les barrières. Pour les jeunes enseignants, déjà, qui pourront passer d’un réseau à l’autre sans perdre leur ancienneté. »

    Ce serait déjà un grand changement, bénéfique pour tous !

  3. lave plus blanc dit :

    « Même la police n’ose plus aller dans ce quartier ! »
    Alors commencez par agir sur ce problème … nous sommes en démocratie dans un état de droit, on nous assomme avec ce vocabulaire et dans les faits ? Laissez des zones de non-droits, c’est très grave.

    Ne pourrait-on pas commencer par fusionner l’enseignement officiel (commune, province et communauté) ? Ou nos politiciens aiment trop garder leur zone d’influence au détriment de l’efficacité et de la « justice » ?

    1. extra dit :

      La police n’y va plus mais bien les enseignants lol !

  4. franufle dit :

    « Qu’on me démontre en quoi la pluralité des réseaux coûte cher ».

    Deux classes de 3e TQ avec la même finalité : l’une avec 15 élèves dans une école libre, l’autre avec à peu près 10 élèves dans une école officielle distante d’environ 3 km !
    Les regrouper en une seule classe, ce n’est pas une économie ?