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Archive pour la catégorie ‘Carte blanche’

sept  09
13

Carte blanche : Parents non admis à l’école !

YvonToussaintCe vendredi 11 septembre dans Le Soir, Yvon Toussaint, journaliste, écrivain et ancien directeur-rédacteur en chef du même journal, signait une carte blanche dans laquelle il revenait sur l’affaire des multi-inscriptions qui ont agité la rentrée. Avec un humour parfois acerbe, il pique juste là où il faut et désigne ceux qui, selon lui, sont les vrais responsables de tout ce grand cirque. Un coup de gueule jouissif !

On a donc réussi, à la schlague ou au chausse-pied, par la force ou par la ruse, à les enfourner dans une école, qu’elle fut ou non de leur choix, tous ces enfants traumatisés. A les disposer, si besoin en était, en couches superposées, tête-bêche comme harengs en caque. A les enfourner, les entasser partout où c’était possible, la loge du concierge, le bureau du proviseur, les cabinets.

Et, Dieu soit loué !, on ne les a plus entendus, ni eux, ni surtout leurs parents.

Ils ont tous cessé de couiner, de pleurnicher, de prendre le monde à témoin de l’ignominie qui leur était faite.

Bref, c’est fini et l’on va peut-être pouvoir leur enseigner quelque chose. A condition que les parents veuillent bien quitter l’école…

C’est une étrange profession que celle de parent d’élève. Voici donc des hommes et des femmes qui, non contents d’appliquer sans mollir leurs lois et règlements à la maison, poursuivent leurs malheureux enfants jusque dans les couloirs des écoles pour leur imposer leurs points de vue sur l’instruction publique, à eux et à leurs maîtres.

Ce faisant, ils s’attribuent, on ne sait au nom de quoi, un pouvoir exorbitant dans un domaine qui n’est pas le leur et pour lequel ils n’ont pas été formés, la pédagogie.

Mais surtout, ils parachèvent une véritable entreprise de démolition de leurs rejetons en les confortant dans l’idée que la vie n’est qu’une inlassable recherche du confort personnel, du statut préférentiel, du privilège socio-culturel, par rapport au vulgaire, à la plèbe ou – si on a fait latin-maths – au vulgum pecus.

Déjà qu’on les encourage, tous ces galopins, dans le choix de marques pour se vêtir, ce qui d’ailleurs, loin de les distinguer les confinent encore davantage dans un petit gotha-ghetto. Mais ils obtiennent aussi qu’on les conduisent en bagnole – des 4 x 4 pour les papas d’élèves qui ont la plus grosse ! – jusqu’à l’entrée de l’établissement sélectionné. Ils ne souffriront donc ni de la froidure, ni d’une fâcheuse promiscuité dans le tram ou l’autobus. Et surtout ils ne se fatigueront pas indûment, restant de la sorte disponibles pour les diverses activités pré-mâchées qui enrichissent leur quotidien.

On aura compris que si je sonne le tocsin c’est parce que l’avenir de ces petits m’importe. Et parce que je crains que les fils de parents d’élèves, tétanisés – on en a vu pleurer tant on leur avait mis en tête que ne pas obtenir l’école de leur choix allait irrémédiablement compromettre leur avenir ! – risquent de ne pas tenir le choc dès lors qu’ils seront confrontés aux terrifiants pépins de la réalité.

Surprotéger nos chères petites têtes blondes, les priver de la fréquentation quotidienne d’un quota trop élevé de petites têtes brunes qui n’auraient pas le niveau, c’est les handicaper à vie en les rendant inaptes à affronter la société telle qu’elle est.

Au contraire, favoriser la mixité sociale des bambins, c’est aussi important qu’avoir jadis préconisé la mixité sexuelle à l’école.

Celle qui a permis à nos beaux gosses de découvrir que certains émois étaient dorénavant enfants admis.

Y a pas photo ! Dans les cours de récréation comme ailleurs, rien ne vaut les métissages et les bâtardises, les défis et les bousculades.

C’est chouette-super-génial, comme ils disent dès qu’ils ont appris trois mots, les écoles dans lesquelles on bourre les cartables de coups de poing (et pas seulement les cartables !) et l’on se traite de cons à peine qu’on se traite, comme chantait superbement Claude Nougaro.

En attendant, les gesticulations parentales ont permis que l’on jette le discrédit – et parfois avec quelle morgue ! – sur certaines écoles dont on devrait au contraire saluer les efforts pour assumer une mixité sociale tonifiante.

En contrepartie, fort heureusement, la difficulté des ajustements ultimes donne à penser que plusieurs centaines d’enfants, moins favorisés, ont profité de la bousculade pour se faufiler dans les meilleures écoles, ce qui devrait être une bonne chose non seulement pour eux mais aussi pour leurs nouveaux copains.

En toute hypothèse, s’il faut à tout prix des parents d’élèves mandatés, eh bien qu’on les tire au sort ! Et qu’on limite le tirage aux citoyens sans enfants, ce qui évitera des subjectivités trop prégnantes.

En tout cas, ce ne sera pas pire. Et on peut conjecturer que les parents élus de la sorte seront plus spontanément enclins à adopter pour tout catéchisme la percutante formule attribuée à Freud et que je ne lasse jamais de diffuser : « Elevez vos enfants comme vous voulez, de toute manière ce sera mal ! »1

  1. Le Soir – 11.09.09 []
nov  08
25

Carte blanche : Jeunes gens, ne vous engagez pas dans l’enseignement !

Les opinions et déclarations contenues dans ce témoignage n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement les opinions et positions d’enseignons.be.

Permettez-moi de pousser ici ce cri que je retiens depuis quelques jours. J’enseigne dans une « bonne école » de la Communauté française. Quand je dis une « bonne école », je veux parler d’une école où se côtoient des élèves de l’enseignement général, technique et professionnel, une école où les éclats, les renvois et les recours sont rares, une école au faible taux d’absentéisme, une école où il fait bon vivre pour tous.

Cet établissement accueille chaque année bon nombre d’enfants issus de l’enseignement primaire germanophone et, grâce au travail, à la compétence et à la réflexion de toute la communauté, ces élèves s’intègrent bien et poursuivent, le plus souvent, des études dans l’enseignement supérieur francophone.

Lorsque je dis que toute la communauté éducative travaille de concert pour faire de cette institution une école de la réussite, je ne perds pas de vue que les principaux artisans de ce succès sont d’abord mes collègues du premier degré qui accueillent les enfants à la sortie de l’école primaire et parmi eux, plus particulièrement, les professeurs de français. Surnommons-les Brigitte, Eliane et Francine.

Brigitte, parfaite bilingue, a la charge des classes où les germanophones sont les plus nombreux. Elle travaille de concert avec Eliane et Francine. Toutes trois ont beaucoup d’expérience et sont passionnées par leur métier. Chaque année ces trois professeurs sont les artisans du grand spectacle de l’école et ont à cœur de mettre en valeur « leurs » enfants. Rien n’est plus touchant que d’entendre ce jeune élève à l’accent encore prononcé s’exprimer sur scène ou cet autre gamin assurer la traduction de la représentation. L’année dernière Eliane est même allée plus loin, elle a inscrit sa classe d’expression à un concours de théâtre et a été récompensée.

Mais chacun le sait, et la presse ne manque pas de le rappeler à chaque rentrée des classes, l’enseignement en Communauté française est mauvais. Nous sommes au plus bas des tableaux européens. Alors on agit et on envoie dans mon école une cohorte d’inspecteurs.

On pourrait imaginer, au vu des résultats engrangés, qu’ils s’intéressent à ce qui permet cette « réussite », qu’ils interrogent les professeurs sur leurs méthodes, la direction sur la dynamique de l’équipe…

Rien de tout cela! Les inspecteurs (en novlangue « conseillers pédagogiques ») débarquent, réclament les travaux d’élèves de l’année dernière, épluchent les préparations, les cahiers de matières, de prévisions, réclamant les programmes (ils ne les connaissent pas?), cherchent la petite bête (oserais-je signaler la faute d’orthographe laissée sur un de leurs documents?) Et bien sûr critiquent…et critiquent encore.

Je tiens à signaler que la plupart de ces personnes n’ont pas de compétence particulière, que leur nomination est le plus souvent politique puisque les examens de recrutement ont été interrompus il y a huit ans et qu’on parle seulement de les réorganiser.

Avant hier, Eliane était en pleurs. Je l’ai entendue dire qu’elle regrettait d’avoir choisi ce métier. Moi qui la considère comme un modèle, je suis écœurée. J’attends de pied ferme mon propre inspecteur. A 54 ans, je n’aurai aucun scrupule à claquer la porte même si j’adore mon métier et les gosses qu’on me confie…mais j’ai aussi envie de dire aux jeunes « ne vous engagez pas dans l’enseignement! » Jamais votre travail ne sera valorisé, jamais vous ne serez reconnus, ne vous engagez que si vous êtes assez cyniques pour ne voir que les congés et négliger tout le reste. Si vous avez un idéal, une sensibilité ou une compétence particulière, allez voir ailleurs! Ici, ils seront bafoués et vous serez niés.

V. Lorquet, enseignante.

fév  08
16

Cyberprof : bon bulletin pour Enseignons.be

capture01.jpgEnseignons.be n’a pas pour habitude d’écrire sur ses activités. Mais une fois n’est pas coutume. Nos lecteurs nous pardonneront de nous écarter un moment des sentier balisés de l’actualité nationale et internationale pour « zoomer » sur l’une de nos dernières initiatives : la journée Cyberprof du 9 février.

Près de 130 enseignants avaient répondu à l’appel d’Enseignons et s’étaient déplacé pour échanger sur leur pratique, rencontrer des collègues, participer aux ateliers – nous en proposions une quinzaine sur toute la journée – et conférences offertes par nos partenaires.
Une journée qui, a bien des égards, fut couronnée de succès. Le graphique qui vous est proposé en illustration témoigne de la satisfaction générale. Les participants étaient invités à apprécier sur une échelle de 10 points, l’organisation générale de la journée. Soixante et un bulletins ont été rentrés. Douze participants donnaient la cote maximum, quinze nous gratifiaient d’un joli neuf sur dix alors que vingt-huit rendaient la note de huit sur dix. Bilan flatteur n’est-il pas?

Au moment d’accueillir les participants, Benjamin Nizet ne cachait pas sa joie.

Vous savez, hier on était en train d’étouffer dans les salles d’ordinateurs. On s’est dit « Aïe, aïe, aïe… la journée Cyberprof, ça ne va pas marcher ». On est très contents que vous soyez venus.

Dans la salle, les enseignants ont la banane. Le soleil brille et il fait chaud.

Cyberprof, c’est l’idée de rassembler en un seul endroit différents ateliers, différentes sessions, sur l’utilisation dans les écoles de l’outil informatique. L’objectif de notre ASBL, c’est d’améliorer la qualité de l’enseignement et de favoriser l’utilisation des nouvelles technologies.

Le mot de bienvenue terminé. Les participants se rendent à leurs premiers ateliers. Blogs pour les uns, logiciels libres pour les autres… il y en a pour tous les goûts, pour tous les projets. A midi, un rapide lunch est proposé. Sandwichs, jus d’orange, sodas… Les batteries se rechargent doucement. Les gens papotent, serrés les uns contre les autres parfois. On partage, on rigole. Clic, une photo est prise devant l’entrée où plusieurs petits groupes sont sortis profiter du bon air. Un T-shirt noir avance, le pas pressé. Les Men in Black vont et viennent entre deux salles, échangeant en se croisant un sourire complice.

Deux ateliers plus tard, la chaude voix de Vanessa – envoutante Marie-Noire – accompagne les enseignants qui rentrent chez eux, fatigués… un peu… satisfaits… beaucoup par cette journée pas comme les autres. Chargés de documentation et la tête pleine d’idées nouvelles, ils s’en retournent convertir leurs collègues aux atouts de l’informatique, raconter à leur conjoint cette expérience nouvelle.

C’est sûr. Pour une première fois, Enseignons a frappé fort. Il reste encore du chemin mais le signal est positif. La demande existe.

Laissons le président de l’ASBL remercier tous les acteurs de cette splendide journée.

Je tiens à remercier, en premier lieu, les Ateliers des FUCaM… Nos partenaires sans qui cette journée n’aurait pas pu être possible… Je remercie également tous les participants pour être venus un samedi… matin… pour suivre des formations. Je tiens également à remercier du plus profond de mon cœur les gens qui ont des cernes, ceux avec un T-shirt noir, les gens d’Enseignons.be qui ont bossé très dur pour qu’un maximum de personnes aient un ordinateur devant elles…

marie-noire.mp3

Oui, le soleil a bien brillé sur Cyberprof ce samedi-là.