Une fois n’est pas coutume, épinglons deux faits divers qui ont secoué le petit monde de l’enseignement à Liège mais aussi à Mons. Ils témoignent du malaise grandissant des autorités éducatives vis-à-vis des nouvelles technologies en général, des blogs et des réseaux sociaux en particulier.
Ce matin, sur les ondes de Bel RTL, on apprenait que la direction de l’Institut St-Jacques à Liège avait décidé de sanctionner près de 70 élèves, coupables d’avoir publié un groupe sur Facebook appelant à la démission de l’une de leurs éducatrices.
Nous avons découvert que des élèves avaient créé un groupe sur Facebook appelant à la démission d’une éducatrice et assorti de propos blessants pour cette éducatrice. Donc nous avons tout de suite demandé au créateur de ce groupe de le supprimer et nous avons voulu amener tous les élèves faisant partie du groupe à réfléchir à la portée de leurs actes.
Selon la directrice de l’établissement, Françoise Neuray, les jeunes n’avaient pas bien réalisé ce qu’ils faisaient. La sanction? Deux heures de colle et la remise d’un travail de rédaction sur les dangers d’internet et ses dérives pour tous les membres du groupe que la direction n’a eu aucun mal à identifier…
Un travail sans doute très utile, quelques élèves ne comprenant pas que l’on « bride » ainsi leur « liberté d’expression ». Un nouveau groupe est ainsi né (voir illustration) sur Facebook, révélateur de l’état d’esprit de ces potaches pour qui dire tout et n’importe quoi, risquant ainsi de blesser et de porter atteinte à autrui, est un droit fondamental. Grossière erreur puisque tout écrit, même sur Internet, engage la responsabilité de son auteur. Qui pourrait être poursuivi s’il s’avérait que sa prose porte atteinte à la vie privée.
A Mons aussi on a parlé de Facebook. C’était il y a quelques semaines, l’effort de la rentrée enfin digéré. La direction de l’École du futur avait fait parvenir à tous ses enseignants une note interne dans laquelle elle leur interdisait de compter des élèves (les anciens excepté) parmi leurs « amis » sur le réseau. Cette décision était, semble-t-il, essentiellement motivée par le souci de respecter le code déontologique des enseignants. Pour les profs « coupables » de s’acoquiner ainsi avec leurs élèves, la direction n’hésitait pas à parler de « démarche déontologique inadmissible ».
Très décus, les élèves ne comprenaient pas ce qu’ils ressentaient pour beaucoup comme une sanction injustifiée. Car à l’École du futur, les nouvelles technologies font partie de l’apprentissage, un apprentissage où l’ordinateur est pour eux ce que le stylo est pour d’autres, un simple outil… comme ces réseaux sociaux qu’ils apprennent à apprivoiser avec plus ou moins de prudence.
Mais le texte n’aura pas vécu longtemps. Aussitôt publié, il fut cassé par le pouvoir organisateur provincial qui estima que la direction de l’École du futur avait outrepassé ses droits. La députée provinciale (PS), Annie Taulet, a souhaité remettre les pendules à l’heure :
On ne peut interdire, légalement, aux profs d’avoir comme amis certains de leurs élèves sur Facebook. Tout au plus peut-on leur rappeler les règles déontologiques inhérentes à leur profession. Chaque enseignant est donc libre d’agir en son âme et conscience. Facebook relève de la sphère privée et il ne nous appartient pas d’intervenir.
Ces deux faits divers, à la fois si proches et pourtant différents, rappellent en tout cas que tout n’est pas permis sur la toile. Nos élèves sont-ils assez informés? Et les professeurs? Si discuter avec un(e) élève sur Facebook est autorisé, comme le fait d’aller boire un verre avec ce(tte) même élève après les cours, cela reste-t-il acceptable déontologiquement? Faudra-t-il un jour légiférer? Ou bien chaque école devra-t-elle s’adapter et revoir son réglement d’ordre intérieur?
Pour l’instant, c’est à chaque enseignant de poser ses limites et faire ses expériences…