J-8 avant les prochaines élections régionales et communautaires. Enseignons.be vous propose de faire une nouvelle fois le point sur les priorités des quatre grands partis en matière d’enseignement. Demandez le programme ! Par ailleurs, François de Brigode et Johanne Montay ont reçu, le vendredi 29 mai, les présidents du PS, MR, CDH et Ecolo. Ces derniers ont, une ultime fois, confronté leur vision de l’enseignement de demain. Focus dans cet article…
Le PS
Le parti socialiste est dans les cordes. Un sondage Dedicated Research – 7100 personnes interrogées - le relègue à la troisième place avec 23,84%, soit une perte sèche de 11,6% par rapport à 2004. Le groupe PS perdrait 18 sièges pour ne plus en conserver que 23 au Parlement de la Communauté française.
Pour autant, s’il devait rester au pouvoir, et conserver le portefeuille de l’enseignement, le PS se fixerait 6 priorités :
- Accorder davantage d’autonomie aux directeurs d’écoles et aux enseignants;
- Une amélioration et un allongement de la formation des enseignants ainsi que la mise en place d’outils pour mener leur projet éducatif;
- Favoriser le multilinguisme dès la 1ère primaire via le choix d’une 2e langue;
- Faire de l’enseignement qualifiant une filière d’excellence;
- Mettre en place un « test d’enseignement secondaire supérieur » commun à tous les rhétos;
- Instaurer un cours de citoyenneté commun à tous les élèves.
Pas un mot cependant sur les inscriptions dans les écoles. Le programme socialiste n’en pipe mot. Dommage. Épinglons tout de même ces deux idées : le PS souhaite que les enfants aient la possibilité de rester à l’école jusque 18h pour être aidés dans leurs devoirs. Il envisage également une simplification de la réglementation sur les titres requis et une amélioration des modalités d’application des règles d’affectation. Ce dernier point sera particulièrement tenu à l’œil par les syndicats.
Le MR
Le MR a joué sur du velours durant cette campagne électorale, surfant sur les « affaires » socialistes et le retentissant échec du décret mixité. A la Communauté française, le MR deviendrait le premier parti francophone. Avec 26,08% d’intentions de vote, il serait le premier parti du Parlement de la Communauté française avec 28 députés.
Côté programme, il n’est pas surprenant de lire que le MR veut la suppression immédiate et définitive des décrets Arena/Dupont. Ses autres priorités sont de…
- Rendre aux parents la liberté d’inscrire leur enfant dans l’école de leur choix;
- Renforcer les apprentissages de base : devoirs corrigés en classe et remédiation immédiate à l’école;
- Garantir une formation de haute qualité dans toutes les écoles;
- Renforcer l’autonomie des directions d’établissements;
- Revaloriser la fonction d’enseignant;
- Mettre fin à la politisation des désignations des enseignants;
- Encourager les enseignants à rester à l’école après 55 ans (lisez : le MR ne garantit pas que les DPPR seront prolongées après 2011).
Le MR n’a pas de proposition concrète pour effectuer, à court terme, les inscriptions de 2010. Son projet est toutefois de mettre en place le principe de « financement différencié portable » : les moyens complémentaires ne seraient plus alloués aux écoles en fonction de leur population mais « portés » par chaque élève individuellement.
Notons encore quelques pistes des libéraux : former les parents des primo-arrivants à la langue de l’enseignement, mieux lutter contre la violence scolaire via une sanction pédagogique immédiate et négocier un régime de sanctions opérationnelles pour sanctionner (sic) les comportements abusifs des enseignants nommés. Quels comportements? On le saura peut-être après le 7 juin…
Le CDH
S’il devait participer à la prochaine coalition, le CDH a plus d’une fois déclaré qu’il réclamerait le ministère de l’enseignement. Pour autant, le parti de Joëlle Milquet n’est pas en grande forme. Dans les sondages, il glisserait légèrement, de 1,6%, pour se maintenir à 14,96%. Il perdrait ainsi un député pour n’en garder que 16.
C’est peu dire que le CDH a joué un drôle de jeu durant cette campagne. Forcé de défendre son bilan et celui de son partenaire, il a pourtant essayé de prendre ses distances vis-à-vis du décret mixité, définitivement impopulaire (et c’est un euphémisme). La grogne de nombreux parents aura finalement raison de sa loyauté alors que, il faut le rappeler, le CDH avait pourtant voté les décret Arena et Dupont à l’unanimité.
Dans le programme des centristes, nous pourrons retrouver l’engagement de…
- Organiser, pour chaque élève, un service de remédiation immédiate dans chaque école dès la première difficulté;
- Augmenter le nombre d’enseignants;
- Revaloriser la formation initiale des professeurs;
- Organiser des tests identiques pour tous à 14 ans;
- Améliorer les programmes;
- Organiser des évaluations/enquêtes annuelles auprès des enseignants;
- Utiliser le partenariat public-privé (PPP) pour 1 milliard d’euros étalé sur 10 ans.
Le programme du CDH est peut-être le plus abondant en ce qui concerne le volet « enseignement ». C’est bien le moins pour un parti qui a ouvertement réclamé ce ministère avant les élections. On ne trouvera cependant pas une ligne sur l’organisation des futures inscriptions. On sait que le CDH souhaite repartir d’une page blanche, c’est tout…
Le MR s’est montré sceptique quant à la volonté réelle du CDH de porter, enfin, le projet PPP. Il rappelle que le débat a été lancé il y a 4 ans et que, jusqu’ici, pas une brique n’a été posée.
Notons encore que les humanistes veulent renforcer la mobilité entre réseaux et entre secteur public et secteur privé. Il considère comme acquise l’instauration d’une négociation tripartite (Gouvernement-syndicats-P.O.) dans le cadre de la convention intersectorielle bi-annuelle.
Ecolo
Ils sont la surprise de ces élections. Les écolos montent, montent… Le parti co-dirigé par Isabelle Durant et Jean-Michel Javaux ferait une percée spectaculaire dans le sud de pays, balayant CDH et PS. De 8,49% en 2004, le parti vert passerait à 24,5% pour obtenir 21 sièges supplémentaires, soit 26 députés.
Les priorités écologistes sont de…
- Soutenir et accompagner les enseignants qui débutent : mentorat/tutorat;
- Dynamiser la carrière de l’enseignant via les formations en cours de carrière, par exemple;
- Rendre le métier attractif à des professionnels externes à l’école (lutte contre la pénurie de profs dans l’enseignement technique);
- Lancer un plan intégré d’action en faveur des écoles qui accueillent les élèves en difficultés sociales et scolaires.
- Créer un statut de l’enseignant unique et valable dans toutes les écoles;
- Mettre en place le financement différencié;
- Garantir le maintien des dispositions de fin de carrière (DPPR).
Les proposition d’Ecolo sont ambitieuses. Les verts parlent notamment de renforcer de 10 à 14% le pourcentage des subventions de fonctionnement des établissements scolaires. Sans doute un peu utopique. Le MR a récemment rappelé que la prochaine majorité devrait se serrer la ceinture. Un réajustement de 400 millions d’euros sera inévitable selon les bleus (comprenez : PS et CDH ont vidé les caisses). Nos écoles vont-elles devoir se contenter de mesurettes là où les acteurs de l’enseignement espèrent enfin des réformes en profondeur?
Les moyens évoqués par les partis restent flous… ce qui nous fait dire que l’enseignement ne pourra évoluer avec des moyens… « homéopathiques ».
Huis-clos sur le plateau de la RTBF
Pour la dernière fois, les présidents de partis se sont retrouvés face à face, ce vendredi soir, sur un plateau télévisé à l’occasion d’un grand débat. Leur objectif : réussir à convaincre les derniers indécis du sérieux de leur programme et de leurs propositions. Avec l’éthique et la question de l’emploi, l’enseignement a bien sûr largement alimenté les débats. Allons nous promener autour de la table…
- Elio Di Rupo (EDR), président du Parti Socialiste
- Didier Reyders (DR), ministre des Finances, président du Mouvement Réformateur (MR)
- Joëlle Milquet (JM), ministre de l’Emploi, présidente du Centre Démocrate Humaniste
- Jean-Michel Javaux (JMJ), co-président d’Ecolo
Quid du décret mixité?
EDR : On a sous-évalué le travail. On a dit qu’on repartait sur une page blanche, nous repartirons sur une page blanche.
JM : Si on pouvait avoir un système de parrainage d’une école qui « s’en sort bien » avec une école de quartier pour avoir une sorte de partage pédagogique, on lèverait tout le monde vers le haut. Ça, c’est une piste qui est intéressante, qui laisse l’autonomie et qui ne met pas à mal le libre choix des parents.
JMJ : Il y a eu une bonne disposition qui a été prise en fin de législature, qui est d’avoir un encadrement différencié. Ce n’est pas seulement avoir plus de profs, c’est aussi avoir plus d’éducateurs, plus d’acteurs qui viennent soutenir le prof sur le terrain. Mais il faudra que le prochain gouvernement développe encore des moyens.
EDR : Quand on quitté le gouvernement la fois passée, il y a eu un ministre libéral qui était ministre de l’enseignement secondaire. Moi, j’en retiens « l’école des caïds« . Quand je regarde le programme, que l’on dit que l’on veut des écoles de remédiation avec une défiscalisation (prise en charge par le privé), moi je pense qu’on doit mettre tous nos moyens pour soutenir les enseignants et faire en sorte que dans l’école, chaque élève soit tiré vers le haut.
DR : Je crois aussi qu’il faut tirer l’école vers le haut… ce qui n’a pas été fait ces dernières années, on l’a tirée vers le bas… en perturbant des familles, en perturbant des enfants. Il y a encore aujourd’hui un millier d’enfants qui ne savent pas où ils vont aller à l’école. Mais il y en a surtout 3000 qui vont aller dans une école où ils ne voulaient pas aller. Il faut revenir à un vrai projet éducatif qui fait confiance aux directions d’écoles, qui fait confiance aux enseignants.
Quelle que soit la coalition au pouvoir après le 7 juin, les défis seront nombreux. La Communauté française devra sérieusement réfléchir à déléguer son rôle de P.O. Le MR aimerait que ce soit par fusion des réseaux officiels. le CDH penche plutôt vers un organisme indépendant. Le PS et Ecolo pensent respectivement aux régions avec une coupole des P.O. de l’enseignement officiel et à un organisme public autonome.
N’oublions pas non plus la problématique de la violence scolaire, la rénovation des bâtiments, le développement de projets en inter-réseaux, le maintien ou non des DPPR (tous les partis ne sont pas sur la même longueur d’ondes)…
Rendez-vous le 7 juin pour juger les résultats et faire les premiers pronostics.