01 Jan 2006

Un bac au primaire ?

baccalaureatLa question d’un bac « à la française » revient régulièrement dans les débats pédagogiques. La boite de Pandore a été ouverte à nouveau il y a quelques semaines, dans les colonnes journalistiques et au Parlement de la Communauté Française. Avantages et inconvénients du système.


Inscrit dans le Contrat pour l’école, cet avant-projet de décret a été approuvé au Parlement, sans grandes surprises. Sauf peut-être celles des pédagogues et des enseignants de terrain …

Evaluations externes : projets

Deux types d’épreuves sont annoncées :

  1. des évaluations non-certificatives portant en 2006-2007 sur la lecture et l’écriture, en 2007-2008 sur les mathématiques et l’année suivante portant en 2008-2009 sur l’éveil géographique, historique et scientifique, et ce pour les 2e primaire, 5e primaire et 2e secondaire. Des épreuves « informatives » donc, destinées à situer à l’élève, à l’enseignant et à l’école des moyens d’identifier ses lacunes par rapport au seuil attendu.
  2. l’examen en fin de primaire, standardisé. Cette épreuve portera sur la maîtrise des compétences et savoirs attendus à 12 ans et comprendra des questions traitant du français, des mathématiques, de l’éveil historique, scientifique, géographique. L’issue de ce bac réside dans l’obtention du CEB (Certificat d’Etudes de Base). L’élève qui échoue pourra cependant sur base d’un dossier comportant les bulletins des deux dernières années et d’un rapport circonstancié établi par l’instituteur. Une traditionnelle commission de recours est également prévue pour les cas litigieux. Ce bac en fin de primaire ne sera obligatoire pour les écoles.Le 2e palier visera les 2e et 3e degrés du secondaires. A partir de 2007-2008, une épreuve pour l’ensemble des élèves d’une même année d’études (3, 4, 5 ou 6e secondaire) aura lieu chaque année (sur proposition de la commission de pilotage), avec, au moins tous les 3 ans, une épreuve en lecture en 5e secondaire.

    Enfin, le 3e palier concernera les langues (première langue moderne étudiée). Lors de l’année scolaire 2008-2009, c’est la 6e primaire qui devra s’y coller. Ensuite, lors de l’année scolaire 2009-2010, ce sera le tour de la 2e secondaire, puis lors de l’anné scolaire 2010-2011, celui de la 5e secondaire. A partir de 2011-2012, on repart pour un cycle de 3 ans

Avantages et inconvénients du bac

On connait les avantages et les raisons qui ont poussé la Ministre à proposer cet avant-projet de décret. D’après PISA (l’enquête internationale organisée l’OCDE pour le suivi des acquis), notre système éducatif est « inéquitable » et peu homogène. Il s’agirait donc de réduire les écarts entre les différentes écoles en proposant un seuil commun à atteindre, en donnant aussi aux enseignants un regard critique, extérieur sur leurs enseignements.

Beaucoup de pédagogues et de journalistes restent cependant perplexes et s’interrogent par rapport à ces propositions, en pointant les inconvénients possibles de ce projet :

  • Quid du bachotage ? Ne risque-t-on pas de se trouver alors dans une situation où les étudiants se préparent uniquement en fonction de cette épreuve spécifique, à l’instar de la terminale française ?
  • Qu’en est-il des autres matières étudiées, de l’oralité, … ?
  • Le professeur Michel Dechamps (ENCBW- (excellente) Carte Blanche du Soir 21-12-2006) refuse ce projet à la fois sur le principe, sur la partialité et sur l’iniquité. Titré ironiquement « Pour lutter contre la maladie, changeons le thermomètre ! », le psychopédagogue démonte un-à-un les arguments qui sont régulièrement avancés en faveur du bac.

On peut s’interroger également sur la contradiction de ce bac primaire avec le Contrat pour l’Ecole, qui insiste clairement pour une continuité entre le primaire et le secondaire, jusqu’en deuxième secondaire (Le Vif, 22/12 – 29/12). On sent la tension qui existe entre la volonté de calquer notre système éducatif sur un système « performant » et qui a fait ses preuves (pays Scandinaves) avec une structure unique d’enseignement jusqu’à 15 ans sans redoublements et l’inertie ou la peur de ne pas bousculer trop brutalement les traditions. Peut-être que le compromis « à la belge » ne devrait pas être la règle dans le cadre éducatif qui est le nôtre…

S'abonner à notre newsletter

Recevez gratuitement les dernières actualités de l'enseignement dans votre boîte mail.