02 Fév 2006

Remédiation immédiate : état des lieux

Le concept de remédiation immédiate pointe doucement mais sûrement son nez dans l’actualité pédagogique belge. Que recouvre exactement ce terme ? Que désignent les principaux partis politiques lorsqu’ils utilisent ce concept. Didier Destatte nous livre ici un article très intéressant qui fait la synthèse des différentes opinions en cours actuellement …

«Il est essentiel que l’enfant soit pris en charge individuellement et ce, dès qu’apparaissent les premières difficultés sans attendre un constat d’échec à la remise du bulletin», annonce la Chef de Groupe MR au Parlement de la Communauté française, Françoise Bertieaux.

L’idée consiste à imposer à chaque établissement scolaire, par le biais de leur équipe éducative, de mettre en place leur propre système de remédiation immédiate, en fonction de leurs spécificités, du nombre d’élève, etc. Le MR ne veut pas imposer un système unique pour tous, mais bien inciter chaque école à s’investir dans un tel projet en fonction de leurs besoins propres.

«La remédiation immédiate, c’est offrir à chaque élève la possibilité de recevoir des explications complémentaires dans la matière où il rencontre une difficulté d’apprentissage de façon immédiate, dès que le professeur constate la difficulté et éviter ainsi que l’élève n’accumule du retard et ne parvienne à évoluer avec la classe», explique encore Françoise Bertieaux.

http://drezefabrice.skyblog.com/

Ce maître de remédiation assistera les titulaires en intervenant, dans et hors de la classe, dès qu’une difficulté est décelée selon des modalités à déterminer par chaque école. Il se consacrera prioritairement, mais pas exclusivement, au travail avec les élèves de fin de maternelle et 1ère et 2ème primaires en intervenant pour prévenir le plus tôt possible les échecs plutôt que de les constater en fin d’année ou de cycle. La limitation du nombre d’élèves par classe au début du primaire s’inscrit dans cette même perspective. (…) L’octroi d’un maître de remédiation à chaque école est non seulement un moyen pour lutter contre la privatisation larvée de la remédiation que constituent les leçons parti­culières mais aussi de prévenir des échecs plus graves et moins aisés à compenser qui se font jour plus tard dans la scolarité et notamment dans l’enseignement secon­daire. C’est enfin un moyen efficace pour garantir à tous une formation de qualité et éviter ainsi un quelconque nivellement par le bas.

http://www.ecolo.be/elec/pdf/prior_enseignement.pdf

2. Mettre en place des équipes de remédiation auxquelles l’instituteur peut faire appel dès qu’il détecte des faiblesses chez un élève. Cette augmentation de l’encadrement pour permettre la remédiation immédiate, cela doit être pour nous une priorité. Si ces équipes de remédiation doivent intervenir là où les décrochages sont les plus importants, il faut rappeler que la remédiation au quotidien, la détection rapide des difficultés d’un élève relève du travail quotidien de l’enseignant Æ ces compétences doivent être acquise lors de la formation initiale et renforcer et amplifiée au cours de la formation continuée (formation initiale et formation continuée doivent donc être également améliorés) (p4)

(…)

L’introduction de périodes de remédiation immédiate qui permettent à l’institutrice ou à l’instituteur qui constate des difficultés d’apprentissage chez l’un de ses élèves de le faire suivre par un autre enseignant. (p5)

Résultats intermédiaires des ateliers de l’éducation et réponses aux préoccupation exprimées par les enseignants du fondamental http://www.ps.be/files/0/2-r_ponses_aux_pr_occupations.pdf

2/ Lancer une politique de remédiation immédiate à l’école

Dès le début de la scolarité obligatoire, on constate que de petits handicaps se sont installés et s’amplifient au fur et à mesure du temps pour en arriver à des situations parfois de non retour. C’est à ces petits handicaps que nous voulons remédier au plus tôt pour qu’ils ne se transforment pas au fil de la scolarité en handicaps insurmontables.

Nous proposons donc l’octroi dès la maternelle et le début de l’école primaire d’un encadrement supplémentaire nécessaire à la remédiation immédiate et donc, notamment, un capital période supplémentaire permettant des périodes de remédiation.

Plus on s’y prendra tôt, plus la remédiation a des chances de combler ces handicaps. L’octroi de périodes de remédiation serait accordée de manière différenciée aux implantations de l’enseignement fondamental qui scolarisent les élèves issus du milieu socio-culturellement défavorisé à l’instar des mécanismes mis en ?uvre pour la différenciation des moyens de fonctionnement que nous avons inscrit lors des accords de la Saint-Boniface.

Donnez-nous cinq ans pour l’Education Discours de Joëlle MILQUET en clôture du congrès CDH du 27 mars 2004 sur le thème « Priorité à l’Education ». http://www.lecdh.be/documents/discours/JMi270304_educ.htm

D’affecter les moyens nécessaires à la remédiation immédiate, l’équipe éducative étant la mieux placée pour choisir le type de remédiation à mettre en oeuvre en fonction des réalités du terrain…

Tribune 28/02/05 http://www.cgsp.be/publication/fr/ens0205.pdf


Régulation interactive

En ce qui concerne les aspects d’une régulation interactive gérée par les élèves eux-mêmes sans l’intervention directe de l’enseignant, BLOOM en parle très peu. Lorsqu’il discute des moyens supplémentaires pouvant être proposés aux élèves dans l’étape de remédiation de la PM classique, il évoque des situations d’interaction entre pairs (travail de révision effectué en petits groupes) et d’interaction élève-matériel (utilisation de cours programmés ou de matériel autocorrectif). Mais il envisage le recours à ces possibilités d’individualisation seulement à la suite de difficultés constatées lors de la passation d’un test formatif. Notre point de vue est que la régulation découlant de ces interactions devrait intervenir, si possible, dès le début d’une activité d’apprentissage en tant que facteur favorisant la construction active, par l’élèves de leurs connaissances et leurs savoir-faire. Le développement de cette forme de régulation, en parallèle avec celle fondée sur les interactions maître-élève, est réalisable dans les conditions actuelles de l’école pour autant que les méthodes de travail individuel et en petits groupes remplace une grande partie des heures d’enseignement magistral.(….)

Linda ALLAL 1988 Assurer la réussite des apprentissages scolaires (Delachaux et Niestlé) http://www.offratel.nc/magui/ALLAL.htm

L’individualisation

En quoi l’individualisation de l’enseignement peut-elle être un piège ? Les tâches habituelles dans l’enseignement de la lecture supposent que des habiletés soient « déjà là ». Lorsque ce n’est pas le cas, les élèves ne peuvent pas tirer bénéfice de ces tâches. Selon nos observations, dans de nombreux cas, les habiletés requises ne sont pas disponibles ni enseignées. L’aide individuelle ne modifie pas ce constat que nous estimons être à la source des difficultés cumulatives des élèves. La « remédiation immédiate », dont parlent les maîtres, vise plus à permettre aux élèves de réussir les tâches qu’à leur donner les moyens de construire ni de comprendre les habiletés requises par ces tâches. Les maîtres avec lesquels je travaille reconnaissent d’ailleurs avoir du mal à identifier les habiletés défaillantes lorsqu’elles sont très éloignées de ce qu’ils attendent. Cela me semble normal, pour trois raisons : 1) ces habiletés ou techniques intellectuelles sont souvent minuscules et utilisées simultanément avec beaucoup d’autres pour résoudre des tâches complexes ; 2) elles sont masquées en classe par la réussite d’une partie, souvent majoritaire, des élèves ; 3) elles sont rarement l’objet de l’attention des formateurs (conseillers pédagogiques, IMF, professeurs d’IUFM). (…) Est-ce c’est efficace ? Il semble que non. L’importance accrue accordée au travail individuel des élèves (souvent basé sur un travail sur fiche) ne se traduit pas par des apprentissages scolaires sensiblement meilleurs. Toutes les formes d’enseignement que favorise un petit effectif ne sont pas également bénéfiques aux élèves. Les recherches anglaises, par exemple, semblent indiquer que l’enseignement interactif en classe entière est plus efficace que le tutorat individuel.

Roland Goigoux professeur des universités et directeur du laboratoire PAEDI (processus d’action des enseignants : déterminants et impacts), à l’IUFM d’Auvergne. http://www.snuipp.fr/article1380.html

L’école finlandaise

L’élève qui en classe garde malgré tout des difficultés de compréhension, est pris en charge par le professeur titulaire du cours en particulier. L’administration de l’éducation finlandaise que nous avons rencontré, nous a signalé que 1 à 2 h par semaine est prévu dans l’horaire du professeur pour prendre en charge individuellement l’élève en difficulté après le cours. Cette remédiation immédiate faite par le professeur qui connaît l’enfant, et qui peut repérer les difficultés dès qu’elles se présentent et avant qu’elle n’engendre un retard insurmontable est un pilier de ce système d’aide. Elle oblige aussi le professeur à adapter son cours de telle sorte qu’il ne se retrouve pas avec un nombre excessif d’élèves qui n’ont pas compris son cours. Elle lui donne aussi une expérience au niveau pédagogique sur les aspects les plus difficiles de son cours au niveau de l’apprentissage. Ce qui lui permettra par la suite d’adapter son cours et le rendre plus efficace au niveau de la compréhension. Ceci explique vraisemblablement les cours particulièrement clairs et très pédagogiques que nous avons eu l’occasion de voir. Comme signalé plus haut, nous avons vu dans les écoles à Helsinki et Punkaharju les petits locaux prévus pour cette remédiation après le cours. Lorsque le professeur n’est pas parvenu à résoudre les difficultés de l’enfant ou du jeune, il peut faire appel à une personne spécialisée (spécial teacher). Les élèves sont pris en charge individuellement par ce professeur spécialisé (« special teacher ») ou parfois par petits groupes de maximum quatre élèves.

Le pilier de la réussite de cet enseignement est la responsabilisation des enseignants qui doivent utiliser tous les moyens pour amener chaque enfant au maximum de ses possibilités. Cela va jusqu’à l’obligation de prendre en charge les enfants en difficulté momentanée d’apprentissage par une remédiation immédiate et individuelle pendant le cours et en-dehors du cours . Ceci entraîne comme conséquence une grande confiance entre élèves, professeurs et parents et une forte adhésion de la société finlandaise à son école.

Association de parents luttant contre l’échec scolaire & l’abandon scolaire, L’école Finlandaise, http://www.echecscolaire.be/finland_fichiers/sysecfi2.pdf
Publié avec l’aimable collaboration de l’auteur

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