25 Fév 2009

Elections 2009 : le programme d’Ecolo

reinkin

Exclusif ! Dans un souci de toujours mieux vous informer, Enseignons.be s’est lancé dans une tournée des différents partis politiques. Sans tabous, nous avons posé nos questions aux représentants socialistes, libéraux, humanistes et écologistes qui ont accepté de nous recevoir. But du jeu : vous présenter ici les grandes lignes de leur programme et leurs projets (lire l’interview exclusive ci-dessous) pour l’enseignement de demain.

Le programme d’Ecolo pour l’enseignement :

Pointons ces deux points du programme prometteurs pour notre site dans le programme d’Ecolo :

de favoriser et de renforcer la mutualisation des outils pédagogiques à l’intérieur de chaque établissement ou via des plateformes internet, qui se développent spontanément depuis quelques années et témoignent de dynamiques d’entraide au sein du corps enseignant ;

il s’agit notamment d’appuyer les enseignants engagés dans ces démarches [d’innovation pédagogique], d’octroyer des moyens ciblés à cet effet, de diffuser les résultats engrangés et les outils produits via, par exemple, les réseaux coopératifs d’échanges, physiques ou virtuels.

programme-enseignement-ecolo-2009

L’interview d’Yves Reinkin :

Le premier à avoir accepté notre invitation est Yves Reinkin, député communautaire Ecolo. Nous lui avons posé cinq questions :

1. La revalorisation du métier d’enseignant : comment?
2. La fusion des réseaux :  une nécéssité?
3. La pénurie :  comment attirer les jeunes dans les classes? De meilleures conditions de travail? Un salaire plus attractif? Une nomination plus rapide? Certains enseignants attendent près de 10 ans avant d’être nommés.
4. L’enseignement technique et professionnel : comment élever le niveau?
5. Formation des enseignants :  cap sur le master?

Et M. Reinkin nous a répondu. Nous vous proposons de découvrir içi le projet Ecolo…

La revalorisation du métier d’enseignant

Jonathan Fischbach : Première question, M. Reinkin, que pense Ecolo de la crise de vocation de l’enseignement. Comment pensez-vous pouvoir y répondre?

Yves Reinkin : Qu’est-ce qu’on constate depuis quinze ans? On décrète, on décrète et on décrète encore. Et on observe que les choses ne vont pas mieux. Et on se retrouve face à deux gros soucis qui sont, d’une part, l‘échec scolaire – 30% des jeunes qui nous sont confiés quittent notre enseignement sans le moindre diplôme – et une pénurie d’enseignants croissante d’autre part. Rappelons que 50% des jeunes professeurs quittent définitivement leur classe avant leur 8e année. Quelle perte d’énergie ! Quelle perte en terme de formation ! Et quelle perte aussi pour ces jeunes qui sont sortis vaincus du système et qu’il faut ensuite rattraper… Par ailleurs, on se rend bien compte que nous nous trouvons dans un système terriblement inégalitaire. Les décret Arena et Dupont ont parfaitement mis en évidence les lacunes de notre système, avec ses écoles ghettos et ses écoles d’élites.

Par rapport à cela, on sent bien qu’il est inutile de décréter. Pour le dire autrement, je pense que les choses se sécrètent davantage qu’elles ne se décrètent. La solution doit aussi venir du terrain. Pendant des années, et c’est un point très important, les enseignants ont été progressivement dépossédés de leur métier. Et pire que cela, ils ont maintenant l’impression qu’on est toujours en train de leur dire « voilà ce que vous devez faire ». Or pour moi, les enseignants sont des professionnels de l’éducation. Et donc notre idée est de leur dire « vous êtes des professionnels. Le pouvoir public accorde un cadre à l’enseignement. Nous avons envie d’avoir des résultats, évidemment. Mais nous allons vous donner les moyens d’y arriver. Nous allons faire en sorte que vous puissiez au mieux exercer votre métier ». Et nous allons ensemble chercher ce dont les enseignants ont vraiment besoin. Je donne un exemple : Mme Arena avait décidé de mettre 1000 enseignants supplémentaires dans les écoles primaires. Est-ce que c’était ça qu’il fallait dans les écoles? Nous n’en savons rien. Fallait-il des instituteurs ou d’autres métiers (éducateurs, logopèdes…)? Plutôt que d’arriver et dire « nous allons vous imposer mille instituteurs », nous devrions dire « qu’est-ce qu’il vous faut? ». C’est tout de même eux qui connaissent le mieux le terrain, ce sont eux qui sont en contact avec les enfants. La démarche pour Ecolo doit d’abord être inductive. On part des demandes du terrain… et après on évalue, bien sûr… et on corrige si besoin est.

Laissons du temps aux enseignants

Nous pensons aussi qu’il faut donner du temps aux enseignants. Du temps de concertation, du temps pour leur permettre de réfléchir sur leur pratique. On l’a déjà fait dans l’enseignement fondamental sous l’ancienne législature. Nous devons voir comment cela fonctionne, si cela serait pertinent pour les profs du secondaire et ensuite essayer de le mettre en place dans différentes écoles en commençant peut-être par celles où la barque est la plus lourde. Là où il y a davantage d’enfants qui se trouvent dans une situations fragile. Dans ces écoles là, les enseignants doivent prendre le temps de préparer le travail en équipe, de penser le projet pédagogique… Cela signifie donc moins de temps face aux élèves. Mais pour le même salaire.

Jonathan Fischbach : Cela veut dire que là où l’enseignant prestait un temps plein de 24h/semaine, il ne dispenserait plus que, par exemple, 20h/semaine devant ses élèves et consacrerait les quatre dernières heures à de la concertation.

Yves Reinkin : Oui, de la concertation. Et pourquoi pas avec d’autres partenaires extérieurs comme l’AMO du coin…

Jonathan Fischbach : Mais si les enseignants devaient prester moins d’heures devant leurs classes, cela signifie qu’il faudrait alors engager des profs supplémentaires.

Yves Reinkin : Cela veut dire plus d’enseignants, évidemment… ou d’autres activités. On peut renforcer le sport, les activités culturelles. Il n’y a pas que le savoir à l’école… Rien ne nous interdit de mettre en place autre chose qui ferait appel à d’autres compétences de l’enfant.

Avec cette idée, nous montrons que nous respectons le travail de l’enseignant qui n’est pas seulement de donner cours. N’avait-on pas dit que le travail de l’enseignement, c’est principalement de donner cours. Si c’était le cas, on se presserait à la porte…

La formation des enseignants

Côté formation, il nous semble important de soutenir les enseignants dans une formation continuée, tout au long de la vie. En clair : quelle possibilité de mouvement a un enseignant durant sa carrière? Inspecteur ou directeur, en gros. Pour le reste, il a peu de possibilités. Notre idée serait de dire que tous les cinq ans, l’enseignant réfléchit à son parcours professionnel. « Pour les cinq ans qui viennent, comment est-ce que je vois mon évolution de carrière? Est-ce que je souhaites partir en formation? Avec quels objectifs? » Et cela compterait dans la carrière, bien entendu.

La formation en cinq ans n’est pas une mauvaise idée. Le risque est peut-être de fermer la possibilité à des jeunes issus de milieux plus modestes d’avoir accès à ces études. On la verrait plutôt comme une formation de trois années… et puis, en cours de carrière, on referait deux fois un an, par exemple. Mais là, je lance des pistes… Tout doit être concerté. Soyons un peu créatifs ! Mais pour Ecolo, il ne peut en tout cas s’agir de faire en cinq ans ce qui se fait en trois ou quatre ans.

Place au tutorat

Jonathan Fischbach : On parle souvent de tutorat. Mais dans les écoles, on l’attend toujours.

Il faut aussi être attentif à l’encadrement des jeunes enseignants qui sortent des Hautes écoles. Un jeune prof, c’est des horaires infernaux, souvent les moins bonnes classes. Comment peut-on faire en sorte de développer une formule de tutorat par les pairs? Je trouve terrible de perdre l’expérience acquise durant toute une carrière par des enseignants qui partiraient sans transmettre un peu de ce qu’il savent. On peut imaginer que chaque prof, durant sa dernière année d’enseignement, encadrerait un jeune collègue qui reprendrait une partie de sa charge. Cet enseignant plus expérimenté serait bien entendu payé pour les heures où il accompagne le débutant.On créerait ainsi des conditions de travail autrement plus porteuses. C’est cela qu’il faut mettre en place.

reinkin2Le financement différencié

Autre point essentiel : il faut arrêter de dire que un enfant égale un enfant. Nous savons tous que ce n’est pas vrai. Beaucoup d’élèves issus de milieux moins favorisés se retrouve dans des écoles ghettos avec un encadrement comparable – et parfois inférieur – à celui des établissements « classiques ». Cela ne va pas. Les enfants ne partent pas de la même ligne de départ. Mais nous, on peut faire en sorte qu’ils puissent tous franchir la ligne d’arrivée. Comment? En travaillant sur le financement des écoles. Un financement différencié en fonction des origines socio-culturelles des élèves. Une école qui accueillerait un public moins favorisé pourrait recevoir des subventions de fonctionnement et des moyens d’encadrement supplémentaires. On va ici plus loin que le D+ qui est, lui, lié à l’école. Si une école accueille un nombre important d’élèves en difficultés mais que le pourcentage de ces élèves ne l’autorise pas à passer en D+, elle ne recevra rien. Et c’est parfois une histoire de quelques élèves… C’est ça que nous voulons changer. C’est de l’enfant que doit venir le financement ! Au départ d’un pot commun, un simple principe de solidarité ferait que l’on donnerait plus aux écoles dont la barque est la plus chargée. Et moins aux écoles aisées qui accueillent un public plus favorisé.

Revalorisation de l’enseignement technique

Jonathan Fischbach : Comment pensez-vous revaloriser l’enseignement technique?

Le principe de solidarité peut jouer à différents niveaux. Dans le cadre de la lutte contre l’échec scolaire, on pourrait imaginer que chaque école puisse suivre la trace des élèves qu’elle envoie en technique, par exemple, dans un autre établissement de la région. Un travail en inter-réseaux devrait être envisageable entre les écoles d’une même zone. Il faut se parler, échanger… Prenons l’enseignement professionnel. N’est-il pas absurde de proposer parfois la même formation dans deux écoles secondaires parfois simplement distantes de quelques kilomètres? Sans toucher à l’autonomie de chacun, on doit quand même être attentif aux besoin des secteurs économiques, culturels et associatifs pour lesquels on forme nos élèves… Et si on se met ensemble, on peut se dire « on n’ouvrira une nouvelle filière que si tout le monde – directions d’écoles, représentants des PO et des parents, patrons d’entreprises… – est d’accord autour de la table. Et donc avant de proposer une formation, on ferait une sorte de cadastre, un état des lieux : qu’est-ce qu’il y a ici? De quoi a-t-on besoin? Et après on se demande comment on peut y répondre. Et surtout on valorise la formation pour attirer le jeune. Ce dernier suivra alors un cursus de qualité et sera assuré de trouver un emploi après ses études. La valorisation de l’enseignement technique, c’est aussi cela. A Charleroi, une expérience en ce sens est menée avec différents établissements secondaires volontaires. Les PO, tous réseaux confondus, ont pris contact avec les entreprises et se sont mis autour de la table pour voir quelle réponse ils pouvaient apporter à la crise de l’emploi des jeunes. Les résultats sont attendus cette année. Mais il serait dommage d’attendre que, comme à Charleroi, la situation économique et sociale soit telle que l’on ne puisse plus faire autrement.

L’idée, c’est vraiment de rendre à chaque établissement, à chaque région, des capacités d’action. On a parlé des métiers techniques mais cela s’applique aussi aux langues. Les écoles n’ont pas les mêmes besoins à Bruxelles, Verviers ou Tournai. Qui d’autres que les acteurs de terrains sont capable de dire « chez nous, on a besoin de ça et de ça »?

Jonathan Fischbach : Et lorsque le CDH parle d’enseignement « qualifiant », fusion du technique et professionnel?

Yves Reinkin : Ce sont des formations qui ne sont pas les mêmes. Je n’ai pas envie de jouer sur les mots. C’est comme lorsqu’on dit « femme d’ouvrage » ou « technicienne de surface ». Si cela peut avoir un impact psychologique positif, pourquoi pas. Mais le fond de l’affaire, c’est que chaque enfant puisse suivre un parcours de qualité et qu’il puisse entrer dans la société en étant épanoui.

Jonathan Fischbach : On parle beaucoup d’injecter des moyens humains dans l’école. Renforcer l’encadrement, offrir à l’enseignant du temps de concertation… Mais où allez-vous trouver les forces vives puisque les jeunes désertent massivement les filières pédagogiques?

Yves Reinkin : On est bien d’accord là-dessus. Mais si on travaille comme on aimerait le faire, c’est d’abord pour que les jeunes profs ne partent pas ! Et pour que les profs plus expérimentés ne partent pas non plus. Alors, on doit revaloriser la formation, peut-être mettre le jeune le plus tôt possible devant une classe pour qu’il se fasse une idée… et que sa formation lui apparaisse la plus concrète possible. Le rôle du maître de stage doit aussi être revu. On ne lui accorde pas toute l’attention qu’il mérite ! C’est un travail énorme, aussi.

Jonathan Fischbach : On doit aussi penser aux « articles 20 ». Certains enseignent depuis vingt ans, ont cinquante ans, et ne sont toujours pas nommés.

Ces gens-là n’ont aucune stabilité d’emploi. Or, ils peuvent aussi venir avec un certain enthousiame et une certaine compétence. Ne pourrait-on pas imaginer que ces enseignants, moyennant une formation pédagogique, puissent voir leur carrière complètement reconnue en terme d’ancienneté? On traite donc la pénurie par différents biais sans remettre en cause les compétences pédagogiques des autres enseignants.

Décret mixité

ecoloJe crois que la grande erreur de Mme Arena et de M. Dupont, c’est de ne pas avoir pris le problème par le bon bout. Avant de se dire « comment est-ce qu’on va gérer les inscriptions? », il aurait fallu se dire « comment va-t-on rendre toutes les écoles attractives? ». La mixité scolaire a beaucoup plus de chances d’aboutir si toutes les écoles sont attractives. Il faut quand même respecter les parents. Ils veulent tous le mieux pour leur enfant. Mais certains ont la possibilité de choisir  – de par leur niveau socio-culturel, leur connaissance du système scolaire – l’école la plus adaptée à leur enfant. Alors que d’autres n’ont pas ce choix. C’est malheureux et c’est cela qu’il faut changer.

Ce qui était scandaleux avec le décret Arena, c’était la politique du premier arrivé, premier servi. C’est inimaginable dans un état de droit. De plus, c’était une politique ultra-libérale, ce qui est un comble pour une ministre de gauche quand même. C’est comme les soldes, celui qui avait eu le temps de venir voir avant, venait à l’ouverture pour faire la meilleure affaire. Et celui qui n’avait pas le temps, il prenait ce qui restait.

Et c’est pareil avec le décret mixité. Les parents qui ont pris deux jours pour multiplier les inscriptions, ce sont encore une fois ceux qui se sont informés, qui savaient où chercher…

Notre projet, c’est l’écologie politique. L’écologie politique, c’est penser à long terme. Se demander ce que nous allons laisser à nos enfants. Quelle société allons-nous leur offrir? Et le pilier de toute société, c’est l’enseignement. Si on ne parvient pas à offrir un enseignement de qualité pour tous les élèves, d’où qu’ils viennent, alors, on doit se préparer à prendre en charge des armées de vaincus, de gamins brisés par le système. C’est un vrai enjeu de société dont on doit prendre la mesure.

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