01 Nov 2009

Les stagiaires peinent à trouver des écoles

stagesChaque année, les Hautes écoles doivent faire face au même problème. Et chaque année, la tâche est un peu plus ardue. Pour les futurs enseignants, dénicher un lieu de stage relève parfois du chemin de croix. Ils sont en effet de plus en plus nombreux à embrasser le métier de professeur et instituteur mais de moins en moins d’enseignants se disent aujourd’hui prêts à les accueillir dans leurs classes. Ce constat, le député Yves Reinkin (Ecolo) l’a rappelé mardi à la ministre de l’Enseignement au parlement de la Communauté française. Une façon de tirer la sonnette d’alarme et d’inviter les autorités à réfléchir aux causes de ce malaise.

Les causes, justement, quelles sont-elles? On peut d’abord souligner que la formation des enseignants est passée de deux à trois ans et que les stages, qui étaient autrefois de 6 semaines, ont été portés à 16 semaines réparties sur le nouveau cycle de trois années. Une formation plus longue et des stages plus copieux peuvent expliquer en partie la difficulté que rencontrent les jeunes. Par ailleurs, ce ne sont pas les aînés qui souffrent le plus dans leur quête de maître de stage… mais les étudiants de 1ère année. Novices, ils ne seraient pas le « 1er choix » des enseignants, qui leur préfèrent des stagiaires plus expérimentés. De plus, ces étudiants ne « rapportent » rien au maître de stage pour qui il a été prévu un petit bonus financier – une dizaine d’euros par journée d’encadrement – si le stagiaire accueilli se trouve en 2e ou en 3e année. La « faute » à l’ex-ministre Dupuis (PS) qui avait jugé que l’accompagnement des stagiaires de 1ère année, plutôt en observation, réclamait moins de travail.

Alors, les enseignants chevronnés seraient-ils uniquement intéressés par l’appât du gain? Pas si sûr. De nombreuses écoles secondaires exigent que les stagiaires soient encadrés par des enseignants nommés et/ou possédant le titre requis. Vu l’actuelle pénurie d’enseignants, il devient compliqué de mettre la main sur ces perles rares. Et les Hautes écoles n’acceptent que rarement – et on peut les comprendre – que les « articles 20 » (enseignant ne possédant pas le titre requis ou jugé suffisant pour exercer son métier) prennent en charge le suivi de leurs étudiants. Les accords de collaboration conclus entre certaines Hautes écoles et écoles primaires et secondaires (parfois relevant du même réseau) sont aussi un obstacle. Ainsi, tel étudiant inscrit dans une Haute école de la Communauté française aura peut-être plus de difficultés à trouver un stage dans l’enseignement provincial… et inversement.

Il y a aussi le manque de motivation générale des étudiants. Pour de nombreux profs en exercice, il est devenu difficile de travailler avec des jeunes qui ont parfois choisi l’enseignement faute de mieux et qui le font bien sentir.

Que faire? On pense une nouvelle fois au tutorat. Des enseignants désireux de souffler un peu consacreraient une partie de leur horaire à épauler et encadrer leurs jeunes collègues et les éventuels stagiaires. L’idée de quotas minimums de stagiaires à accueillir pour chaque école primaire/secondaire a également été avancée. Mais on voit mal comment on pourrait forcer des enseignants qui ne le désirent pas à recevoir des étudiants. Octroyer un bonus pour chaque étudiant de 1ère recueilli? Les finances de la Communauté française ne le permettent pas.

La solution est simple : revaloriser le métier, son image et ses salaires. Mais à l’heure actuelle, cela est impossible. Et pourtant, qu’ils rapportent peu, qu’ils soient une source de travail supplémentaire, qu’ils soient ou ne soient pas fiables et motivés, il faudra pourtant bien assurer la relève et participer à la formation de ceux qui, demain, prendront nos places devant le tableau noir. L’actuelle pyramide des âges nous promet des départs massifs d’ici cinq à dix ans. L’actuelle pénurie – et celle de demain – ne se réglera pas par décrets mais par une meilleure communication entre les Hautes écoles et les enseignants, tous maîtres de stage potentiels. Et une bonne communication, c’est encore ce qu’il y a de meilleur marché. ((Le Soir – 29.10.09 & RTBF – 30.10.09))

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