21 Avr 2011

Le test d’orientation à l’université a déjà du plomb dans l’aile

L’avant-projet de décret réorganisant les études du secteur de la santé, qui prévoit notamment l’instauration d’un test d’entrée en médecine et un test d’orientation pour toutes les autres filières, n’est pas encore passé en première lecture au gouvernement de la Communauté française qu’il fait déjà – quasiment – l’unanimité contre lui. Les étudiants représentés par la FEF ont déjà eu l’occasion de dire tout le mal qu’ils pensaient de ce deuxième examen qui, même s’il n’est pas obligatoire et contraignant, risquerait, selon eux, de créer une ségrégation sociale.

Côté politique, CdH et Ecolo ne se bousculent pas pour soutenir leur collègue du gouvernement, le ministre socialiste de l’Enseignement supérieur, Jean-Claude Marcourt. A tel point que c’est de l’opposition qu’arrivent les félicitations. Il n’y a pas si longtemps, le sénateur libéral Jacques Brotchi avait lui-même, pour le MR, déposé une proposition de décret instaurant un examen d’entrée en médecine dont la formule se rapproche sensiblement de la proposition du ministre. Le fameux neurochirurgien s’est d’ailleurs dit enchanté d’apprendre que le ministre avait « enfin suivi (son) avis » et allait « instaurer un examen d’entrée accompagné d’une année de propédeutique ». Mêmes encouragements à la Fédération des étudiants libéraux (FEL) qui a, elle, carrément félicité le ministre Marcourt de « s’être enfin décidé à suivre la ligne défendue par (leur) fédération ».

Le boulevard de l’Empereur est embarrassé

Au PS, on n’apprécie pas du tout ces fleurs jetées par les réformateurs. D’autant que certains ont fait remarquer que tant la Déclaration de politique communautaire (DPC) que le programme du PS dénoncent tout système de sélection lié à des examens d’entrée ou des tests d’évaluation. Président du Comité interuniversitaire des étudiants en Médecine (CIUM), Jérôme Lechien se demande « si Jean-Claude Marcourt n’est pas devenu le larbin du MR ».

Au cabinet du ministre-président Demotte, on affirme « attendre d’avoir un texte dont on a jusqu’ici uniquement eu connaissance par la presse ». Amusant ! La Fédération bruxelloise des jeunes socialistes rappelle à Jean-Claude Marcourt que « les systèmes de sélection à l’œuvre dans certaines filières créent des pénuries dans des fonctions indispensables au développement économique. » Certains rappellent au gouvernement qu’il avait prévu de mettre fin à l’examen d’entrée en ingénieur civil ; une sélection « d’autant plus injuste qu’elle frappe plus durement les étudiants issus de milieu populaire ».

« L’examen d’entrée est pire que le concours »

Du côté de l’examen d’entrée en médecine, on le juge même pire que le concours après la première année qui, lui, « a au moins le mérite de permettre à des étudiants qui n’ont pas tous les prérequis de se mettre à niveau ». Ecolo et CdH ne devraient d’ailleurs pas soutenir la mise en application de cet examen.

« Ceux qui ont défendu le test indicatif d’entrée, ont toujours défendu l’examen d’entrée, estime un spécialiste de la question. Or, même non contraignant, il est discriminatoire. » Mais prédictif ? « Non : le taux de réussite est effectivement meilleur en premier bac ingénieur, où il y a un examen d’entrée, mais, dans les années qui suivent, les résultats sont alignés sur les autres facultés, où il n’y a pas d’examen d’entrée. » ((Le Soir – 20.04.11))

Finalement, à part les libéraux, il n’y a que les professeurs et les doyens des facultés de médecine qui se réjouissent de cet avant-projet. Les autres acteurs de l’enseignement ont-ils été consultés? Pas sûr. Mais maintenant, parce qu’ils n’ont pas été écoutés, ils vont se faire entendre.

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