22 Avr 2011

Quel est le profil des futurs instituteurs?

Voilà une information plutôt intéressante à l’heure où le monde politique – et académique – se prépare à revoir la formation initiale des enseignants (instituteurs et régents) : cette dernière pourrait passer de 3 à 5 ans. L’Observatoire de l’enseignement supérieur – un service de l’administration de l’enseignement – vient de publier une étude statistique fouillée auprès des Hautes Écoles organisant des études d’instituteur. L’objectif est ici d’avoir une idée précise du profil de ces étudiants et de voir de quelle manière ils réussissent, ou non, leurs études. Pour réaliser cette enquête, l’Observatoire a analysé le parcours de plusieurs centaines d’étudiants qui sont entrés à l’école normale en 2005-2006. Les premiers sujets entamaient un bac normal primaire alors que les seconds allaient suivre un bac normal maternel.

Sans surprise, 77,5% des candidats instituteurs primaires sont des filles. Deux sur cinq sont « à l’heure » pour seulement un sur cinq chez les garçons. 30% des demoiselles ont un an de retard (28% chez les garçons), tandis que 25% des filles sont âgées de 20 ans ou plus, et 25% des garçons de 21 ans ou plus.

Sur l’ensemble de ces étudiants (bac primaire et maternel), 15% proviennent de l’étranger, et notamment de France et du Luxembourg. Les autres ont obtenu leur CESS (certificat d’enseignement secondaire supérieur) dans des écoles belges. Chez les futurs instits primaires, un étudiant sur deux (49%) est issu de l’enseignement général, un sur dix (9%) de l’enseignement technique de transition et 20% de qualification. Côté « maternel », près de 50% des étudiants viennent d’une filière de qualification. Les filles sont ultra-majoritaires puisqu’elles composent 95% des effectifs.

45% des étudiants abandonneront sans obtenir de diplôme

Mais qu’en est-il de leur parcours académique? Les étudiants de bac primaire sont, après un an, en moyenne 49% à passer en 2e année. Après deux ans, 39% sont en 3e… et 32% obtiennent finalement leur diplôme (8% mettront un an de plus). Interpelant* : la proportion de ceux qui abandonneront les études sans avoir obtenu de diplôme (même après réorientation vers d’autres filières) s’élève à 45%. Les filles tirent encore ici leur épingle du jeu : elles constituent 88% des diplômés en 3 ans, contre 12% des garçons. L’étude pointe également que les étudiants « à l’heure » (qui n’ont jamais redoublé), ceux qui n’ont pas entamé d’autres études auparavant et ceux issus de l’enseignement général s’en sortent généralement mieux que les autres.

Du côté des instituteurs maternels, après une année, 50% des étudiants passent en 2e. Et 38% passent en 3e après deux ans. Ils seront – ou plutôt « elles » – près de 40% à obtenir leur diplôme. Ici, plus de la moitié des candidats quitteront l’enseignement supérieur sans aucun diplôme… c’est 10% de plus que pour le bac primaire.

Beaucoup d’étudiants issus de l’école technique

Mais attention, cette enquête comporte une marge d’erreur certaine car elle ne se base que sur quelques centaines d’étudiants, pour une seule promotion. Il ne faut donc pas tirer de conclusions trop rapidement. Mais certains chiffres sont malgré tout à souligner : un quart d’étudiants venant du technique de qualification en bachelier normal primaire et une moitié en bachelier maternel. Une réalité dont on devra tenir compte lors de la réforme de la formation initiale actuellement en préparation.

Pour Jean-Pierre Degives, conseiller au Segec, le profil des candidats instituteurs dessiné par cette analyse souligne en effet le conflit qui risque de surgir entre des études allongées de trois à cinq ans – surtout si cela se fait à l’université – et ces gens qui ne sortent pas nécessairement bien armés du secondaire et qui se dirigent volontairement vers des études en trois ans. ((La Libre – 22.04.11))

Un passage à 5 ans pourrait les refroidir.

Mais d’un autre côté, des études en 5 ans attireraient peut-être des étudiants plus motivés et mieux formés au moment de quitter l’enseignement secondaire. On peut ici penser à la Finlande qui sélectionne les meilleurs éléments pour les filières pédagogiques.

Que faire alors? Garder des études en 3 ans et risquer de se passer des étudiants les plus brillants(sic)? Ou allonger la formation et se passer d’étudiants peut-être moins brillants? Pour Jean-Pierre Degives, la solution sera peut-être de proposer les deux options aux futurs enseignants, c’est-à-dire un cycle classique de 3 années, suivi, pour ceux qui le souhaitent, d’un supplément de deux ans, donnant droit à un salaire plus élevé. Une manière de ménager la chèvre et le chou, finalement. Mais aussi de créer un enseignement à deux vitesses dont certains seulement pourront profiter du cycle long. Même s’il est vrai que de nombreux instituteurs et régents choisissent de continuer leur formation, via une passerelle en sciences de l’éducation, par exemple.

En tout cas, cette étude nous apporte des éléments de prudence. Ne prenons pas des mesures massives qui pourraient nous priver de candidats instituteurs.

* interpellant

Les mots suivis d’un astérisque sont écrits en accord avec l’orthographe réformée.

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