27 Avr 2011

Fabrizio Bucella flingue Marcourt

Ce mardi, le journal Le Soir publiait une interview de Fabrizio Bucella, professeur à l’Université libre de Bruxelles (ULB) et président de la FEF en 1995-1996. L’homme, figure bien connue du PS bruxellois (qu’il a rejoint en 1999), est également conseiller municipal à Ixelles. Interrogé par notre confrère Fabrice Voogt, il a accepté de donner son avis sur les deux derniers projets de décret du ministre Jean-Claude Marcourt : l’un prévoit un examen d’entrée en médecine et un test d’orientation dans les autres facultés ; l’autre modifie le système de la représentation étudiante.

Quelle est votre analyse du dernier projet du ministre Marcourt de modifier le mode de représentation étudiante au niveau communautaire ?

Je vois deux raisons à cette réorganisation. La première, c’est qu’il faut sauver l’Unecof (NDLR : la deuxième représentation étudiante, minoritaire, au niveau communautaire). Cette organisation a toujours montré un suivisme béat par rapport à la politique du ministre Marcourt, contrairement à la FEF qui s’est souvent montrée critique et indépendante. La deuxième est plus fondamentale. Prévoir des affiliations individuelles (NDLR : et non plus via les comités étudiants) procède d’une volonté d’éclater de manière définitive et durable le paysage de la représentation étudiante.

Pour vous, ce projet de décret et celui prévoyant un examen d’entrée en médecine et un test en première année sont liés.

Oui. En fait, dans l’enseignement supérieur, on est à l’aube d’une phase de régression sociale et d’une remise en question d’acquis sociaux obtenus. Du coup, on peut se demander pourquoi le décret sur la représentation étudiante arrive concomitamment à celui qui prévoit à la fois un examen d’entrée en médecine, dont je rappelle que c’est contraire à la déclaration de politique communautaire, et un test d’orientation généralisé, lui non plus pas prévu dans la DPC et par ailleurs en opposition frontale avec le programme du PS. Ces « attaques » ne sont pas à isoler du contexte général économique lié à la crise financière qui a frappé en 2009. À partir du moment où les gouvernements ont fait le choix de ne pas faire payer la crise aux institutions bancaires et financières qui l’ont provoquée, sans le dire, on la fait payer au citoyen, en étranglant les services publics. Chez nous, l’enseignement supérieur se caractérise par la liberté d’accès et un minerval peu élevé. La « contribution » à l’effort de crise se fait en touchant à l’un ou l’autre. En l’occurrence à la liberté d’accès. Essayer de diminuer artificiellement la représentativité de la FEF participe de l’ensemble de la stratégie. Il s’agit d’empêcher l’un des derniers acteurs, dans le domaine de l’enseignement supérieur, à exprimer une voix non-asservie et qui apporte une alternative idéologique dans la pauvreté du débat actuel.

« Il utilise son crédit pour faire avancer des réformes conservatrices. »

Si la FEF est progressiste, elle devrait être soutenue par le PS et… par Jean-Claude Marcourt.

La ligne de la FEF est en accord avec le programme du PS, en ce qui concerne la liberté d’accès. Elle l’est moins avec la politique ultra-pragmatique du ministre. Mais il est en position de force tant au niveau national que local. Il y a eu une réorganisation des tendances sur Liège qui a vu celle à laquelle appartient Jean-Claude Marcourt triompher. Son crédit, il l’utilise pour faire avancer des réformes conservatrices. Il y a peut-être aussi une programmation liégeoise des dossiers. Ce que confirme la carte blanche du recteur de l’ULg Bernard Rentier dans La Libre de vendredi. Rappel chronologique : le ministre liégeois sort un décret pour réduire la démocratisation de l’enseignement supérieur ; la FEF dit s’y opposer ; ensuite, le recteur de l’ULg réagit pour soutenir le projet du ministre en commençant par apostropher la FEF dans sa carte blanche… tandis que le ministre rédige un autre décret pour affaiblir la FEF. Comme disait Einstein : Dieu ne joue pas aux dés.

Pensez-vous que ces réformes passeront ?

Ce n’est pas un hasard que tout arrive en même temps. Il y a une volonté politique de négocier l’un par rapport à l’autre. D’où ma crainte : qu’il tente, un moment donné, de négocier, avec la FEF, des aménagements sur le décret participation contre un silence entendu sur le décret sur les conditions d’accès à l’université.

« Il s’agit de sauver un modèle d’enseignement. »

Pourquoi sortir du bois ?

Parce que le débat, notamment sur la liberté d’accès, est fondamental. Si on accepte un examen d’entrée en médecine et un test d’aptitude en première année, alors que c’est en opposition avec la DPC et le programme du parti auquel appartient le ministre, cela signifie qu’une série de digues progressistes ont été submergées par la vague conservatrice. Il ne s’agit pas ici de polémiquer, mais de sauver un modèle d’enseignement. ((Le Soir – 27.04.11))

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