26 Sep 2011

Ecoles libres, statut privé

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ecoleUne carte blanche de Dominique Verpoorten, enseignant à l’Ecole européenne de Mol et chercheur (belge) en pédagogie à l’Université Ouverte des Pays-Bas.

Les écoles libres font leur (r)entrée au Royaume-Uni. Elles arrivent à un moment de remise en cause du système d’attribution des places, en fonction depuis 2007. Alors qu’en Communauté française, la fusion des réseaux reste une vieille scie.

Fin septembre, elles seront 24 sur 20.000 ! 24 « free schools », c’est-à-dire des écoles primaires ou secondaires financées par les deniers publics mais mises sur pied et gérées par des groupes de parents, d’enseignants, des communautés religieuses (hindoues, sikhs, juives, anglicanes) ou philosophiques. Ces « écoles libres » pourront prendre leurs distances avec les programmes scolaires (réintroduire le latin ou le grec par exemple), les rythmes scolaires (organiser différemment les journées et les vacances scolaires), les critères de recrutement et les barèmes des enseignants. En matière d’inscriptions, elles ne seront pas soumises à l’autorité locale de contrôle qui attribue les places dans les établissements. L’ouverture de ces premières écoles libres est le point d’aboutissement d’un processus initié par Michael Gove. L’an dernier, le ministre de l’Education a appelé les acteurs locaux ayant une vision en matière d’éducation à remettre un dossier. Sur 321 demandes introduites, seuls les 24 établissements qui ouvrent ce mois ont obtenu l’aval du gouvernement. A noter : 4 d’entre eux sont des ex-écoles privées qui ont demandé à être transférées vers ce nouveau réseau.

Faire confiance aux acteurs du terrain, tout simplement

Pour être agréées, les écoles candidates doivent se prévaloir d’un nombre suffisant de demandes d’inscription, introduites pour cause de manque de places (le Royaume-Uni connaît une pénurie d’établissements, surtout primaires) ou de qualité insuffisante dans les écoles voisines. Michael Gove résume ces deux critères dans une argumentation qui sonne curieusement comme un désaveu du dirigisme politique en matière éducative :

Les enseignants et non les politiciens et les bureaucrates doivent gérer l’école. Les pressions démographiques créent un besoin urgent de nouvelles écoles primaires. Il tombe sous le sens qu’il faut les créer là où les parents en manifestent le besoin et là où des enseignants talentueux veulent les mettre sur pied. Les écoles libres donneront aux parents, et pas seulement les riches d’entre eux, ce qu’ils souhaitent : des établissements à taille humaine, une discipline soutenue, un environnement inspiré de convictions et de valeurs, et de hauts standards d’instruction.

Ces innovations arrivent par ailleurs à un moment de remise en cause du système d’attribution des places en primaire et en secondaire, en fonction depuis 2007. Géré à l’échelon local, ce système répartit les élèves selon les préférences exprimées au sujet des établissements. Cependant, si une école est trop demandée, un tirage au sort détermine les étudiants qui ont le droit de s’y inscrire. Dans ce contexte, la BBC a diffusé les épisodes d’un documentaire fouillé intitulé « The big lottery ». Il mettait en relief le stress généré (parfois aussi la complète indifférence), chez les parents comme chez les enfants, par le dirigisme, même tempéré, appliqué aux inscriptions. Une étude de l’Institute of Education (Londres) et de l’université de Bristol a renforcé les critiques du système d’inscriptions en démontrant que le tirage au sort ne réduisait pas les inégalités et se transformait subrepticement en un pratique faire-valoir en matière de justice sociale, voilant la nécessité d’intervenir ailleurs qu’à l’école pour contrer les disparités socio-économiques.

La fusion des réseaux : une lubie?

Même s’il faudra juger l’arbre à ses fruits, les 24 nouvelles écoles libres britanniques font en tout cas apparaître la fusion des réseaux comme une lubie simpliste propre à la Communauté française. Elles remettent aussi en perspective les grandeurs et misères du décret Inscriptions et les inévitables palabres sur la mixité scolaire qui suivent en général les études Pisa. A force de trop voir l’éducation par le prisme du « système scolaire », on en oublie que les facteurs d’influence les plus puissants sur l’apprentissage ne sont pas ceux que peut actionner le politique. La Communauté française a coutume d’aborder la question de l’enseignement sous l’angle de l’intervention publique. A ce tropisme, le Royaume-Uni offre un contraste frappant en privilégiant la confiance aux acteurs de terrain, à leur énergie, à leurs valeurs. ((La Libre – 26.09.11))

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