30 Oct 2011

Enseigner le doute

orthographe

orthographeCarte blanche de Benoit Wauthelet, maitre-assistant en langue française HELHa (Braine-le-Comte), Catégorie pédagogique. Chronique rédigée en respectant les rectifications de l’orthographe.

La maitrise de l’orthographe est une des compétences les plus travaillées à l’école, et ce, quel que soit le niveau d’enseignement. On ne compte plus le nombre d’heures passées pour son étude. La grammaire scolaire a même été totalement élaborée pour son apprentissage, c’est dire son importance. Pourtant, orthographier correctement un texte ne se résume pas à la connaissance et à l’application de règles étudiées et (ré)réétudiées. Amener les enfants à êt­re de bons « orthographieurs » (l’orthographe n’est qu’une compétence parmi d’autres ) ne se limite pas à la maitrise de procédures et de règles (essentiellement les accords au sein du groupe nominal et avec le verbe). Il faut également enseigner des attitudes, telles la relecture (relire, cela s’apprend !), la planification de son écrit (cela s’apprend également).

« L’enseignant doit accepter de douter »

Parmi ces attitudes à apprendre, il y en a une que l’on oublie bien souvent : le doute. Les adultes compétents en orthographe savent que le doute est salvateur. C’est lui qui nous fait consulter le dictionnaire, lui qui nous renvoie à la consultation d’un ouvrage de référence, lui qui nous fait poser une question à l’enseignant ou au voisin. Le doute est une notion essentielle en orthographe puisqu’un même mot peut s’orthographier de différentes manières selon les dictionnaires de référence (phénomène de la variante orthographique), puisqu’un accord peut se faire ou ne pas se faire (pas de problème et pas de problèmes), puisqu’il est impossible d’être assuré de l’orthographe d’un mot que l’on n’a jamais lu ou entendu, puisque certaines tolérances existent (par exemple, dans l’accord des participes passés ou dans les accords des adjectifs de couleur) et sont cautionnées par les plus grands grammairiens. A l’inverse, ne pas douter amène l’intransigeance et la trop grande confiance en soi, qui apportent l’erreur. Beaucoup d’erreurs pourraient être évitées parce que j’ai osé (hélas! le terme est exact : il faut parfois oser consulter le dictionnaire) douter, me poser une question (c’est également valable pour l’enseignant qui doit accepter de douter, au tableau par exemple). Le doute entraine le mécanisme de la réflexion. Le doute s’apprend, entre autres, par des attitudes. ((Dessin de Martin Vidberg.))

« J’évolue parce que je doute »

Il faut oser douter, s’interroger devant, et surtout avec, sa classe. Il s’agit de montrer que l’on hésite et que cela n’est pas grave; l’objectif étant de lever le doute pour opérer un choix pertinent et justifiable. Il faut oser ne pas répondre immédiatement à une question mais mener une recherche collective dans ce que l’on connait déjà ou dans des référentiels (des !) et noter ce que l’on a cherché, la réponse que l’on a trouvée (les divergences éventuelles entre les référentiels consultés également) et la source de notre réponse. On pourrait créer un porte-folio dans lequel on noterait nos questionnements, nos démarches pour les résoudre, nos sources d’information. Histoire de garder une trace de nos doutes. La trace est importante. Par exemple, noter dans un petit carnet les mots que l’on a mal orthographiés mais également les mots pour lesquels on a douté et dont on a trouvé la graphie correcte dans le dictionnaire. Dans la société contemporaine pourtant, le doute n’est pas toujours bien vu. Il faut se montrer sûr de soi. Cependant, le doute est une valeur et un vecteur de changement. J’évolue parce que je doute. ((La Libre – 24.10.11))

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