21 Nov 2011

Faut-il interdire les baptêmes estudiantins?

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baptemeChaque année, dans le marronnier des médias, revient la polémique sur le baptême étudiant. Mais cet automne, l’homme dont le nom est cité à chaque intervention (sur la toile et ailleurs), c’est Laurent Louis, député MLD, qui souhaite interdire l’organisation des bizutages, baptêmes estudiantins et week-ends d’intégration… tout comme Ségolène Royal (PS) l’avait fait en France en 1998 lorsqu’elle était ministre. Bien sûr, les avis sont tranchés… et les baptêmes gardent de nombreux partisans. Mais Laurent Louis n’en a cure : « Un bizutage est censé être une cérémonie d’accueil et de transmission de valeurs afin de créer une fraternité au sein d’une communauté. C’est en réalité une longue suite de brimades plus pénibles les unes que les autres. Le but est de martyriser. Même s’il n’y a pas réellement de volonté de détruire, de nuire, ni de blesser, physiquement ou moralement, l’inconscience, la négligence, l’ignorance et l’influence de l’alcool sont régulièrement la cause d’accidents plus ou moins graves. » Et le député de poursuivre en signalant « qu’en 2009, l’UCL a compté jusque 10 coma éthyliques durant les festivités de baptêmes. » ((Sudpresse – 15.11.11))

Des baptêmes discriminatoires?

Mais l’ex-élu du Parti Populaire ne se limite pas aux guindailles et autres « beuveries ». Il rappelle également une étude menée il y a quelques mois par l’université de Liège. Une enquête avait été proposée aux 1.400 étudiants de la faculté de médecine vétérinaire. Individuellement, ils avaient reçu le questionnaire envoyé par mail par le recteur. 925 jeunes y avaient répondu, soit 508 baptisés et 417 non-baptisés. Dans la première catégorie, 98 % se disaient satisfaits de leur baptême. Et dans la seconde, 66 % assuraient ne pas avoir souffert de ne pas l’être. Restait donc un tiers des non-baptisés qui avaient répondu à l’enquête, soit 139 étudiants. Ceux-là parlaient de discrimination, à un niveau plus ou moins élevé. Ils représentaient 15 % des étudiants interrogés, ou autrement dit, 33 % des non-baptisés.

Ils ne peuvent pas s’asseoir où ils veulent à la cafétaria de la fac, ils ont une plus grande difficulté à trouver un stage, ou un kot à louer, ou ils n’ont pas accès au forum des étudiants du site Internet .

Les fantasmes du député?

A l’époque, Edouard Delruelle, directeur-adjoint du Centre pour l’égalité des chances avait estimé que ce chiffre était important. ((Le Soir – 25.02.11))

Si les chiffres sont exacts, 15% d’étudiants qui se sentent discriminés, c’est beaucoup. Mais un seul, ce serait déjà trop… Le droit à l’égalité de traitement est un droit individuel. Ici, le problème est surtout lié à des mentalités, des pratiques quotidiennes dont les gens ne se rendent plus compte. L’université doit faire un travail structurel pour le résoudre.

Le philosophe liégeois ne pensait donc pas à une interdiction pure et simple, ce qu’espère pourtant Laurent Louis. Du côté des étudiants, la guerre est déclarée. Mélissa Sovilla et Xavier Claessens, présidents de l’Association générale des étudiants liégeois (Agel) : « Le secret qui entoure les baptêmes, et qui n’a d’autre but que de préserver une certaine magie autour des activités, laisse cours à tous les fantasmes. Comme ceux du député Louis. » Et d’insister…

Le baptême est un rituel de passage qui comprend des épreuves visant à développer la solidarité, le dépassement de soi, à faciliter les échanges entre bleus, entre nouveaux et anciens, entre facultés. Tout cela se déroule sous l’égide de comitards qui poussent les rapports d’autorité jusqu’à leur paroxysme pour mieux en faire ressortir le côté absurde.

Les étudiants rappellent l’existence de chartes de bonne conduite, que les comitards, élus par leurs pairs, doivent respecter.

Du côté des universités, on a déjà entamé un travail de réflexion et de sensibilisation autour du folklore étudiant. A l’UCL, par exemple, les responsables des cercles et régionales ont été invités à suivre une formation (obligatoire) d’un jour, qui portait sur le sens du baptême (des anthropologues ont éclairé les étudiants sur ce point), sur la sécurité (premiers secours, règles de prudence.) et sur les chapitres que la… Déclaration des droits de l’homme dédie à la dignité de l’individu. ((Le Soir – 11.11.11))

Interdire ne semble en tout cas pas être la solution la plus sage. Les baptêmes deviendraient alors clandestins et les contrôles n’en seraient que plus difficiles. La solution passera encore une fois par l’éducation et le rappel de certaines règles qu’il ne faut pas dépasser. Il revient aux adultes d’éduquer une jeunesse parfois turbulente… qui a avant tout besoin de conseils… C’est à nous de montrer le bon exemple…

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