08 Mar 2012

Le Segec suggère de sélectionner les candidats enseignants

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formationLe communiqué de presse du Segec est arrivé dans les boites mails le 28 février dernier. Une réaction à la présentation des conclusions d’une étude réalisée par les facultés universitaires Saint Louis, relative à un éventuel allongement de la formation initiale des enseignants par le ministre de l’enseignement supérieur, Jean-Claude Marcourt à la haute école Charlemagne de Gembloux.

Travailler avec les meilleurs

On peut y lire que l’enseignement catholique plaide, notamment, pour la sélection des candidats sur base d’une évaluation des aptitudes de base (lecture, écriture, mathématiques), de compétences nécessaires (relations interpersonnelles et communication) et des motivations. Une sélection?  Pour le journal Le Soir, notre confrère Pierre Bouillon a interrogé Etienne Michel, secrétaire général du Segec.

La qualité des enseignants est un facteur explicatif essentiel de la différence de niveaux entre élèves. A l’inverse, l’impact négatif des enseignants dont l’efficacité pédagogique est moins grande est considérable, en particulier aux premières années primaires. Je me souviens d’une inspectrice notant que trop d’instituteurs, en maths, ne maîtrisent pas eux-mêmes la matière. On ne peut transmettre ce qu’on ne possède pas soi-même ! La qualité d’un système scolaire ne peut excéder celle de son corps enseignant. (…) En Finlande, les enseignants sont recrutés parmi les 10 % des meilleurs étudiants de l’enseignement supérieur. Il y a une épreuve à l’entrée, visant à tester la langue maternelle, les maths, l’aptitude à communiquer, la motivation, l’aptitude à suivre des études supérieures. C’est cette expérience finlandaise qui a inspiré notre position. Une telle politique alimente un cercle vertueux : exigences de formation élevées, salaires corrects, image positive de la profession, reconnaissance sociale et tout ça, in fine, donne de l’autorité à l’enseignant, y compris en classe.

Une année de remédiation pour les « moflés »?

Mais quand organiser cette « sélection »? A l’entrée des études? Ou au terme de celles-ci? Si un tri à l’entrée est bien recommandé par l’OCDE, il ne faut pas oublier que, en ce qui concerne les futurs instituteurs par exemple, 50% des candidats sont issus de l’enseignement qualifiant. Le risque de recaler des nombreux jeunes est bien réel. Sans oublier que cet examen pourrait être considéré comme injuste quand on sait que nos élèves quittent le secondaire avec des acquis très différents. Certaines lacunes sont parfois comblées durant la formation… avec au final, parfois, un diplôme décroché haut la main. Et puis, que proposer aux élèves qui échoueraient? « Une solution consiste à organiser une année de remédiation ou de propédeutique, qui permettrait de mettre à niveau ceux qui en ont besoin, et qui auraient une deuxième chance d’accéder à la formation d’enseignant. Reste à trancher si cette année de propédeutique doit se faire en amont de l’école normale ou être pensée comme une année de transition au sein même du cursus. »

On retiendra que, pour M. Michel, l’enseignement supérieur a pour vocation de sélectionner les meilleurs candidats à un métier… et qu’il n’existe pas un droit à devenir enseignant. Sur ce dernier point, on ne peut que le suivre…

Pour Marcourt, la sélection n’est pas à l’ordre du jour

Les réactions ne se sont pas fait attendre. Certains n’hésitent pas à parler d’entrave à l’accès aux études. Le président de la FEF, Michael Verbauwhede, juge sur son profil Facebook que « l’argumentaire de M. Michel est (entourez la réponse) élitiste – hypocrite – témoin d’une méconnaissance du dossier. »

Du côté des politiques, la proposition du Segec s’est invitée en séance plénière au Parlement de la Communauté française. Le député Ecolo Olivier Saint-Amand y a interrogé Jean-Claude Marcourt, souhaitant comprendre comment le gouvernement allait concilier à la fois son objectif de démocratisation de la formation des enseignants pour répondre à la pénurie et, d’autre part, l’amélioration de ladite formation. « Si nous partageons les interrogations du Segec, nous sommes par contre plus circonspects sur les réponses qu’il apporte. Nous rejoignons son souhait d’améliorer la formation des enseignants, mais nous restons prudents sur l’idée de sélectionner les candidats et de leur proposer une année propédeutique. » Le ministre de l’Enseignement supérieur a pour sa part été clair : la déclaration de politique communautaire ne privilégie pas les tests qui freineraient l’accès à la profession. Le gouvernement a pour tâche de tout mettre en œuvre pour favoriser l’aide à la réussite et la remédiation.

Une réunion conjointe des commissions de l’Enseignement obligatoire et de l’Enseignement supérieur est prévue pour le 20 mars. Le rapport de Saint Louis sera présenté aux députés qui pourront alors, sur base des recommandations de l’étude, ouvrir le débat sur la réforme de la formation des enseignants. Mais le ministre de prévenir : « La réforme dépassera très largement la durée de la législature. Nous devons dès lors travailler tous ensemble pour déboucher sur un projet collectif d’évolution de la formation initiale qui ne doit pas se résumer à un allongement de la durée des études et à une multiplication des matières. »

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