29 Mar 2012

Sélectionner les candidats enseignants : la FEF dit « non »

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selectionLe rapport des Facultés Saint-Louis sur la formation initiale des futurs professeurs à peine présenté, voilà que le SeGEC, le Secrétariat général de l’Enseignement catholique, proposait d’organiser un test d’aptitude pour tous les candidats au métier d’enseignant (les instituteurs et les régents). Objectif : sélectionner les étudiants sur base d’une évaluation des aptitudes de base (lecture, écriture, mathématiques), des compétences nécessaires (relations interpersonnelles et communication) et des motivations. Mais que faire en cas d’échec? « Une solution consisterait à organiser une année de remédiation ou de propédeutique, qui permettrait de mettre à niveau ceux qui en ont besoin, et qui auraient une deuxième chance d’accéder à la formation d’enseignant ».

La proposition a fait bondir le président de la Fédération des étudiants francophones (FEF), Michael Verbauwhede.

Enseignons.be : M. Verbauwhede, pouvez-vous nous dire quelle est la position de la FEF?

La FEF s’oppose à une telle sélection. Tout d’abord, la FEF défend la liberté d’accès pour tous les étudiants. La sélection n’est pas la solution. S’il y a des problèmes à l’heure actuelle dans l’enseignement supérieur, c’est du principalement à un sous-financement de l’enseignement depuis plus de 30 ans déjà !

Ensuite, parce que notre enseignement secondaire dont sont issus les futurs étudiants est un des plus inégalitaires des pays de l’OCDE. Les jeunes sortant d’écoles de qualité seront favorisées au détriment d’autres, pourtant tout aussi volontaires.

Élitiste et hypocrite

Le SeGEC explique que trop d’enseignants ne maîtrisent pas eux-mêmes la matière qu’ils doivent enseigner… Si le test était suivi d’une année de remédiation, ne serait-ce pas positif?

Cette sélection avec la mise en place d’une année de remédiation se place en opposition avec la démarche actuelle d’aide à la réussite. L’étudiant ne doit pas se sentir stigmatisé s’il échoue à ce test. Des études psychologiques de chercheurs américains ont démontré à quel point l’instauration d’un tel test était néfaste. Certains étudiants n’oseront même pas le passer, de peur du résultat.

Étienne Michel argumente en  rappelant qu’en Finlande, les enseignants sont recrutés parmi les 10 % des meilleurs étudiants de l’enseignement supérieur. Un test permettrait aussi d’améliorer le statut des enseignants et leur image au sein de la société.

Le modèle finlandais a bon dos quand il s’agit d’y piocher uniquement les éléments qui intéressent le Segec. Car la Finlande ne dispose pas du tout du même système que notre communauté. Contrairement à nous, leur enseignement secondaire est beaucoup plus égalitaire. On ne part donc pas du tout sur les mêmes bases pour les étudiants.

Le SeGEC isole une mesure dans le système scolaire finlandais

Avec la mise en place d’un tel examen, faudra-t-il craindre une aggravation de la pénurie?

La pénurie est déjà là, c’est un fait. La mise en place d’un test ne résoudra pas le problème de la pénurie, au contraire. Ce que la FEF préconise, en revanche, c’est une réforme de la formation initiale des enseignants. Pas nécessairement un passage de 3 à 5 ans comme le réclament d’autres acteurs, c’est avant tout une réforme en profondeur qu’il faut faire. Les cours actuels ne répondent pas tous aux besoins des futurs profs. Or, il est essentiel qu’ils aient une formation de qualité afin de pouvoir eux-mêmes dispenser par la suite un enseignement de qualité.

Sur votre page Facebook, vous aviez immédiatement réagi à la proposition du SeGEC, la jugeant élitiste et hypocrite… pouvez-vous expliquer?

La proposition du SeGEC est élitiste, car elle va, dans les faits, sélectionner les élèves issus des milieux les plus favorisés, en laissant très peu de chances aux jeunes issus de milieux défavorisés.

Elle est hypocrite, car le SeGEC trompe son monde en faisant croire que le test à l’entrée est la solution à tous les problèmes dans l’enseignement obligatoire. C’est totalement faux. Le SeGEC isole UNE mesure dans le système scolaire finlandais (qui est plus égalitaire, je le répète) sans tenir compte des autres : inscriptions scolaires très régulées, tronc commun pour tous les élèves jusqu’à 16 ans, enseignement polytechnique, pas de redoublement, etc. Ce sont tous ces éléments qui font en sorte que l’enseignement finlandais se porte mieux. Le SeGEC n’aborde pas cela, au contraire, il se bat contre ces mesures en Belgique (voir par exemple les déclarations contre les différents décrets inscription). Il n’aborde que la mesure qui l’arrange et concorde avec sa vision de l’enseignement.

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