12 Août 2012

Espagne : les tartines bientôt taxées à la cantine?

Espagne

EspagneSaviez-vous qu’en Espagne, apporter ses tartines à l’école est interdit? C’est pourtant vrai : les élèves ne peuvent manger qu’à la cantine ou à la maison. En 2011-2012, dans la région de Madrid, 40% des 324.000 élèves des 791 écoles publiques sont rentrés déjeuner chez eux, les autres ayant choisi le repas chaud servi à l’école. Jusque là, rien d’exceptionnel… Sauf que, tout le monde le sait, l’Espagne est en pleine récession : 25% de la population active est au chômage, le PIB est en recul depuis des mois et aucun retour à la croissance n’est attendu avant 2014.

L’accès à la cantine : 3 euros

Très logiquement, l’État est amené à se serrer la ceinture et à réduire ses dépenses dans tous les domaines… Les régions – compétentes pour l’enseignement et la gestion des cantines scolaires – vont donc voir leurs budgets diminuer. Ainsi, à Madrid, les bourses pour la cantine vont passer de 29 millions d’euros pour l’année 2011-2012, à 16 millions d’euros pour la prochaine année scolaire. Le gouvernement de Catalogne a également confirmé qu’il réduirait de 3,7 millions d’euros sa contribution aux aides à la restauration scolaire.

Du coup, les écoles cherchent des solutions pour pouvoir continuer à accueillir les enfants sur le temps de midi. Augmenter le prix des repas? Difficile puisque dans certaines régions, il dépasse déjà les 6 euros! Ouvrir la cantine à ceux qui ne souhaitent pas – ou ne peuvent pas – prendre un repas chaud? Pourquoi pas… Mais il faudra quand même passer à la caisse! En Catalogne (mais aussi à Madrid, Valence…), dès la prochaine rentrée, il sera désormais permis de venir à l’école avec son petit Tupperware… mais il faudra s’acquitter d’une taxe de 3 euros à l’entrée du réfectoire (1,45 euros à Valence) afin de couvrir les frais d’entretien et de surveillance. Plutôt gonflé? Les parents comme les partis de gauche – dans l’opposition – sont furieux et parlent de « démantèlement de l’école publique ».

Officiellement, les régions présentent cette mesure comme un coup de pouce offert aux parents qui n’auraient pas les moyens de payer le prix d’un repas chaud à leurs enfants, tout en évitant que le petit choupi ne soit obligé de rentrer chez lui  manger son sandwich. Mais personne n’est dupe : il s’agit bien de renflouer quelque peu les caisses après les nouvelles restrictions budgétaires.

Souhaitant sans doute rassurer les parents, certaines régions ont promis qu’elles maintiendraient tout de même leur système de bourse. A Valence, 80.000 élèves bénéficient ainsi des repas gratuits pendant toute l’année… pour un montant de 70 millions d’euros/an. Les élèves non-boursiers représentent en moyenne 50% de la population scolaire. Ce sont eux – enfin leurs parents – qui mettront la main au portefeuille.

Une question de santé

Mais tout ça n’est pas qu’une histoire de sous, comme le rappellent les médecins, qui expliquent que cette mesure pourrait avoir des conséquences sur la santé des élèves : le pique-nique pose le problème de la conservation des aliments. D’autant que, on s’en doute, s’il faut apporter son repas à l’école, beaucoup de jeunes privilégieront le sandwich. Pas top d’un point de vue diététique. Quand on sait que selon une étude européenne publiée en mai par l’université de Saragosse, 34% des enfants espagnols âgés de 10 à 12 ans sont en surpoids et que 8% sont déjà obèses… ça fait réfléchir. L’Espagne est d’ailleurs au-dessus de la moyenne européenne avec 30% de sa population qui est en surpoids.

En Belgique, l’excès de poids touche près d’un enfant sur six. Le nombre d’enfants concernés par l’obésité infantile a doublé ces dix dernières années passant de 10 à 20%.

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