26 Août 2012

Faut-il supprimer le premier degré commun?

Hazette

HazetteIl y a quelques semaines, Pierre Hazette, l’ancien ministre MR de l’Enseignement secondaire, publiait sa “lettre ouverte aux parents responsables”. Un document pour le moins iconoclaste puisque l’homme propose ni plus ni moins que de supprimer le 1er degré commun de l’enseignement secondaire. Aujourd’hui, les élèves doivent obligatoirement passer par deux années (trois au maximum) de tronc commun avant de faire un choix de filière (générale, technique ou professionnelle).

Un choix dès 12 ans

Celui qui a longtemps été le « M. Ecole » du parti libéral suggère que ce choix s’opère plus tôt, à la fin des études primaires. Il imagine d’ailleurs possible de s’en remettre aux recommandations des instituteurs, aptes à ses yeux à formuler un pronostic sur l’avenir scolaire des élèves qui les quittent. Plutôt gonflé, non? Alors que certains défendent au contraire l’allongement de ce même tronc commun jusqu’à 16 ansEnseignons.be a rencontré Pierre Hazette dans sa maison de Braives, en région liégeoise.

Vous proposez donc de supprimer le 1er degré commun et de permettre aux élèves qui le souhaitent de commencer l’apprentissage technique ou professionnel dès la 1re secondaire. Une idée qui a fait beaucoup de bruit. Certains pensent que c’est trop tôt…

Je constate une chose : lorsque l’enfant entre dans le système scolaire, à l’école maternelle, le souci est constant de développer chez lui la motricité. La motricité met en œuvre des aptitudes physiques de l’enfant, qu’on va oublier dès lors qu’il va entrer à l’école primaire. On ne s’intéressera alors qu’à son développement intellectuel, presque exclusivement et on n’observera pas l’enfant confronté à des problèmes de nature technique. Problèmes dont la solution impliquerait l’engagement de la main. C’est une première lacune qu’il faut combler. Et à partir de cette lacune, s’est créée dans la société une forme de mépris à l’égard des études techniques, et surtout professionnelles. Pourquoi? Parce que les parents, pendant six ans, ne voient d’évolution de l’enfant qu’à travers la formation intellectuelle. Jamais on ne leur dit « votre enfant est habile en bricolage… ». Ça ne compte pas! Et donc on entre dans l’enseignement secondaire… et le but est de le parcourir à travers les filières d’enseignement général.

Ne pas uniformiser les formations

Certains disent que douze ans c’est tôt? Mais les enfants sortent avec des aptitudes différentes pour aborder l’école secondaire. Je ne crois pas qu’on rende service aux enfants qui n’ont pas de vocation à l’abstraction, en les enfermant pendant deux ans dans un tronc commun. Ce qui ne va pas, c’est qu’on considère que l’on peut uniformiser les formations dès l’âge de douze ans. C’est une perte de temps. Il faut, au contraire, considérer qu’on a en face de nous des individus qui ne peuvent entrer dans un moule.

Il y aurait donc bien une forme d’élitisme dans l’enseignement… On « descend » en technique ou en professionnel… 

C’est effectivement, dans l’esprit des gens, « condamner » les enfants que de les orienter à douze ans vers l’enseignement technique ou professionnel. Pourquoi? Ce n’est pas ainsi qu’on revalorisera ces sections, si elles restent un « second choix », après le tronc commun général. Ces sections doivent redevenir un choix positif pour le jeune et ses parents. Si à 12 ans il ne sait pas encore ce qu’il souhaite faire, soit… Mais s’il veut déjà exprimer des aptitudes manuelles… C’est simplement valoriser l’intelligence de la main.

Concrètement, que proposez-vous?

Je pense que 1) l’orientation vers les sections techniques et professionnelles ne doit pas être une orientation définitive. Il faut que, si des capacités intellectuelles vers l’abstraction se révèlent pendant la formation, le retour vers l’enseignement général soit possible. Il faut organiser l’enseignement sur cette base. 2) Pour revaloriser l’enseignement technique et professionnel, il faut associer à son organisation autre chose que des profs ou des administratifs. Il faut des gens de l’entreprise, associés dans une sorte de conseil d’administration de l’enseignement technique et professionnel, qui viendront apporter la vision du terrain : de quelles formations avons-nous besoin? Avec quelles machines? C’est cette transformation qui amènera la société à avoir beaucoup moins de chômeurs. Parce que nous sommes tout de même dans cette situation où nous avons des emplois à donner mais pas de candidats prêts à les prendre.

L’instituteur serait invité à donner son avis

Vous préconisez aussi de demander son avis à l’enseignant qui pourrait jouer un rôle dans l’orientation de l’élève.

Oui, demandons aussi son avis à l’instituteur. Il a vu le gosse pendant parfois des années. Lui et ses collègues étaient présents aux conseils de classe. Et les inscriptions pour le secondaire sont prises trois mois avant la fin des études primaires. Est-ce qu’il a encore son mot à dire? Je trouve cela insultant, moi.

L’orientation ne serait pas définitive. Ok, mais actuellement, ce fameux passage du technique vers l’enseignement général est un doux rêve… Que peut-on faire pour changer cette situation? Revoir les programmes?

Les programmes tiennent un peu de l’utopie. Et c’est voulu. On met la barre très haut, en sachant bien qu’on passera en dessous. Mais il faut donner des objectifs ambitieux. Cela peut se défendre, mais je pense qu’il faut la volonté politique de réformer le système. Et d’abord donner des outils aux élèves les plus faibles ou à ceux dont le milieu culturel ne peut leur apporter ce que l’école ne leur offre pas. Si on est d’accord pour dire que certains enfants n’ont pas, à la maison, une orientation vers la culture qui est la nôtre, peut-on considérer qu’ils sont sur un pied d’égalité au début de l’enseignement? Si à la maison on parle le turque ou l’arabe, qu’on regarde la télévision de son pays d’origine… on maîtrisera mal le français. Est-ce que ce ne serait pas sage de dire que le conseil de classe, dans certains cas, peut faire passer l’horaire de 32 à 40 heures/semaine? Les huit heures supplémentaires seraient des heures de renforcement de la langue française, qui n’est pas leur langue maternelle. Sans oublier une initiation à ce que sont nos valeurs culturelles. Sur ce point, j’ai été témoin de dérapages extraordinaires. Quand une femme se présente devant une classe dont la majorité des élèves sont musulmans, c’est le martyre parfois! Aux allochtones – mais aussi aux autochtones – qui auraient des difficultés, on les prendrait en main quelques heures de plus.

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