25 Nov 2012

Exclue à cause de Facebook? Stéphanie s’explique…

IPES

IPESLa mésaventure vécue par la jeune Stéphanie aura beaucoup fait jaser sur la toile. Cette étudiante verviétoise de 23 ans a récemment fait la Une de la presse régionale après avoir été exclue de son école – l’IPES de Verviers – suite à des commentaires laissés sur son mur Facebook, commentaires en réponse aux déclarations du porte-parole de Sharia4Belgium, Fouad Belkacem, relatives à l’arrestation d’une femme portant la burqa. L’homme disait des musulmans qu’ils n’avaient pas « un gramme de respect » envers les Belges de conviction différente de la leur. Et d’ajouter : « On a notre religion : supérieure à la vôtre. On a notre système : supérieur à votre système. On a nos valeurs : supérieures à vos valeurs. » Amusée, Stéphanie avait partagé le reportage sur le réseau social, expliquant que celui-ci lui faisait quand même un peu peur car, dans sa classe, deux filles – qu’elle ne nomme pas – tenaient à peu près le même discours. Le lendemain, les deux élèves en question se montrent agressives et vont jusqu’à la menacer physiquement. Durant un cours, des coups sont échangés… et les trois filles convoquées par la direction. La sanction tombe alors : un jour de renvoi pour chacune. La jeune femme ne comprend pas bien ce qui lui est alors reproché. Après avoir vainement tenté d’annuler la punition, dégoutée, elle décide finalement de quitter cette école pour poursuivre sa scolarité dans de meilleures conditions. Aujourd’hui, trois semaines après les faits, elle ne regrette rien. Nous l’avons rencontrée.

Bonjour Stéphanie. Nous allons reprendre depuis le début. Un soir, vous partagez donc une vidéo sur laquelle apparait le porte-parole de Sharia4Belgium. Vous commentez cette vidéo en écrivant « Supérieurs à nous? Pardon? un LOL, un grand LOL ». Après, que se passe-t-il?

Suite à la publication de la vidéo, des amis à moi avaient laissé des commentaires. Et une amie musulmane avait écrit « oui mais on n’est pas tous comme ça ». Ce à quoi j’avais répondu « oui, c’est vrai mais je connais des gens qui sont comme ça, notamment des filles de ma classe. Les discours qu’elles tiennent font parfois peur ». Je n’avais évidemment pas cité de noms… Mais les deux filles en question l’ont appris et se sont reconnues.

Et le lendemain, en arrivant à l’école, c’est le clash. On a parlé de chaises et de bancs qu’elles vous auraient jetés à la figure…

Pas vraiment. On n’a pas jeté la table mais elles l’ont fait tomber sur moi. En revanche, oui, elles ont soulevé des trucs assez lourds, comme les chaises, le rétroprojecteur…

« Je ne pouvais pas parler de l’école sur Facebook »

Et le professeur dans tout ça, comment a-t-il réagi?

Quand il a vu que la fille prenait des objets pour me les lancer, il s’est mis entre nous deux. Mais les menaces ont continué : « toi je vais te b***, tes enfants vont être orphelins, etc. » Une amie est allée chercher du renfort… et cinq minutes après, une éducatrice est arrivée. Elle a convoqué immédiatement les deux agresseuses… mais m’a d’abord demandé ma version. Lorsque je suis arrivée dans le bureau pour m’expliquer, elle venait pourtant d’entendre les deux filles. Et c’est là qu’après avoir donné ma version, elle m’a dit qu’ils ne pouvaient pas rester sans rien faire et que j’aurai un jour de renvoi.

Cela vous a étonné?

Oui. J’ai dit : « c’est une blague? » J’essayais de ne pas pleurer. J’ai ensuite été voir la direction pour tenter de comprendre. J’ai expliqué au directeur que le jour de renvoi ne m’arrangeait pas, que j’avais payé mon année scolaire pour suivre les cours, pas pour rester chez moi. Il m’a répondu que le but de ces jours de renvoi, c’était pour « faire ch*** l’élève ». Je suis ensuite allée voir l’éducatrice qui m’avait mis la sanction et elle m’a dit qu’elle n’appréciait pas que je sois allé discuter de ma punition chez son supérieur… Elle l’avait mal pris.

Mais ont-ils expliqué pourquoi vous écopiez aussi d’un jour de renvoi?

C’est pour la bagarre. Ils m’ont dit « tu as provoqué une bagarre, tu assumes ». Il y a eu une bagarre, ok. Mais moi, je ne me suis pas battue. C’est moi qu’on a frappée. Ils ont répondu que c’était lié à mes propos sur Facebook, qui concernaient l’école, puisque je parlais de filles qui étaient avec moi à l’école…  Bon, je veux bien imaginer que ces propos ont pu blesser… mais de là à réagir comme elles l’ont fait. Et là, on m’a répondu « chacun réagit comme il veut! »

De la non-assistance à personne en danger?

Et donc vous avez préféré changer d’école…

J’ai quand même attendu deux ou trois jours, pour digérer tout ça. J’ai contacté le journal « La Meuse » qui m’a demandé si je comptais porter plainte. Au début, j’avais trop peur. C’est en discutant avec mon mari que j’ai décidé de ne pas en rester là. Voyant que l’école campait sur ses positions, je suis allée me désinscrire… en espérant, c’est vrai, un sursaut de bon sens de leur part. Même pas… Et en quittant l’école, j’ai croisé l’éducatrice qui m’avait sanctionnée. Je lui ai expliqué que je partais… et elle m’a lancé en souriant « Et tu vas faire quoi maintenant? Chômage? »

Vous avez porté plainte contre vos agresseuses et contre l’école, c’est bien ça?

Oui. Je ne suis sûrement pas la première à subir une telle injustice. Je venais pour travailler, moi. Ces filles étaient connues pour leur comportement violent. Dans la classe, l’ambiance était très désagréable. L’attitude de l’école est incompréhensible. Il n’y a eu aucun dialogue ! C’est de la non-assistance à personne en danger. Elle aurait dû condamner l’agression. Une des filles a aussi porté plainte contre moi. On verra comment ça va évoluer… J’ai gardé une copie de cette conversation sur Facebook pour prouver ma bonne foi.

Aujourd’hui, vous avez repris les cours dans un autre établissement afin d’obtenir votre diplôme. Tout se passe bien?

Oui, j’ai eu peur de ne pas trouver d’école. J’ai deux enfants et ne pouvais donc pas aller jusque Liège pour étudier. Et puis, à un mois des examens, c’était compliqué. Je travaille beaucoup pour rattraper mon retard car ils n’avancent pas au même rythme ici.

Richard Miller a réagi au Parlement

L’histoire de Stéphanie ne restera en tout cas pas sans conséquences. Le député Richard Miller (MR) n’aura pas attendu longtemps avant d’interpeller la Ministre de l’Enseignement obligatoire au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. L’homme s’est étonné que la sanction puisse aussi bien toucher l’étudiante que ses deux agresseuses. « C’est inacceptable. Je suis très surpris que la hiérarchie d’un établissement scolaire de Verviers sanctionne une étudiante ayant fait usage de sa liberté d’expression sans insulter la conscience ou la dignité d’autres. Ces dérives sont inquiétantes. » Prudente, Marie-Dominique Simonet a simplement rappelé que cette école dépendait du réseau provincial mais que la sanction pouvait être justifiée « en cas d’attitudes discriminatoires ou pouvant porter préjudice à des enseignants ou à des élèves. » Pour l’heure, rien ne le prouve. L’enquête devra donc suivre son cours. Le député libéral regrette seulement le manque de dialogue dont a fait preuve l’école. Il rappelle que la liberté d’expression est un droit absolument fondamental. « Qui plus est, les propos mis en cause sont ceux d’un personnage public, qui fait des déclarations dans le but de susciter des réactions. Sauf nouvel élément, je ne comprends pas la décision de la hiérarchie de l’établissement scolaire concerné. »

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