Un projet d’accord sectoriel « poids plume » pour les profs

negociationsIls savaient le contexte budgétaire plombé et ne s’attendaient pas à un miracle. Il n’empêche, les syndicats sont déçus des propositions qui viennent de leur être faites par la Ministre de l’Enseignement obligatoire, Marie-Dominique Simonet (cdH), dans le cadre des négociations sectorielles 2013-2014. S’il ne s’agit pour l’heure que d’un projet d’accord – que les enseignants devront approuver ou non – il y a fort à parier qu’ils pourront faire une croix sur certaines exigences, comme la correction des « anomalies barémiques » (prime de fin d’année, pécule de vacances et salaire des directeurs du fondamental).

Priorité aux mesures techniques et peu coûteuses

Les choses étaient claires dès le départ : il n’y a pas d’argent! Les profs devront donc attendre encore un peu. Jusqu’à quand? Le texte précise que « ces mesures étant coûtantes, elles ne pourront pas être concrétisées sous la période couverte par l’accord social ». En clair, cela signifie que les syndicats sont priés d’attendre la prochaine législature… et une peu probable embellie budgétaire.

Un « plan d’accompagnement » pour les jeunes profs

Mais que peut-on épingler dans cette note? Vous l’avez compris, les mesures choisies et proposées par Marie-Dominique Simonet ont toutes l’avantage – pour le Gouvernement – d’être financièrement indolores. La Communauté française n’avait pas bloqué de budget spécial pour financer l’accord social. Et elle ignore pour l’heure quelles seront les charges qu’elle devra assumer suite à la 6e réforme de l’État. La majorité PS-Ecolo-cdH a préféré jouer la prudence…

Mais cela ne veut pas forcément dire que toutes les propositions de Mme Simonet seront boudées sur le terrain, au contraire. Le texte est léger, très léger. Mais il y a du positif. Un exemple? La Ministre n’a pas oublié les jeunes enseignants qui effectuent leurs premiers pas à l’école. Les chiffres sont connus : près d’un jeune prof sur deux quitte le métier avant sa cinquième année. Alors est-ce enfin ce fameux tutorat tant attendu? Non! Bien que jugé efficace… il serait trop cher à mettre en pratique. L’idée est plutôt d’obliger les écoles (fondamentales et secondaires) à établir un « plan d’accompagnement » avec les jeunes recrues. Une manière d’obliger certaines directions  – parfois débordées il est vrai – à prendre langue avec les nouveaux venus… et envisager avec eux la meilleure manière de démarrer leur carrière. Certains seront peut-être tentés par telle ou telle formation. D’autres solliciteront l’aide d’un collègue plus expérimenté ou un accompagnement attentif de leur direction. Libre au jeune de choisir ce dont il a besoin, en fonction des difficultés qu’il pourrait rencontrer.

Faciliter la mobilité des enseignants

Le congé de circonstance (pour décès du conjoint ou assimilé) passerait de 4 à 5 jours. Un groupe de travail pourrait se pencher sur les congés d’adoption et de maternité. Le premier serait pris en totalité par les deux parents s’ils sont tous les deux enseignants. Le second pourrait être allongé… Mais à ce stade, rien n’est certain. Les démarches que doivent aujourd’hui accomplir les maîtres de stage pour obtenir leur allocation seraient simplifiées et la mobilité des enseignants renforcée, notamment en facilitant les réaffectations entre l’école de plein exercice et la filière en alternance. La Ministre réfléchit aussi à l’idée d’instaurer une « période d’essai » (dont la durée reste à déterminer) au terme de laquelle le poste d’un enseignant qui aurait choisi de prendre un congé pour travailler dans une autre école serait ouvert à la nomination.

La proposition d’accord social envisage également la création d’une instance de contrôle syndicale des désignations dans le réseau organisé par la Communauté, une évaluation du « décret missions » et du décret « école de la réussite ». Mais ici, il n’y a rien de neuf. Et les syndicats ne sont pas dupes. « Ce sont des choses que nous avions déjà obtenues lors des précédents négociations et qu’on essaie de nous vendre une deuxième fois, réagit Pascal Chardome, Président de la CGSP-Enseignement. Ici, on le remet dans le protocole d’accord. Bon, cela fait toujours une ligne en plus. On vient de passer toute la journée pour concrétiser enfin les mesures de 2011-2012. On accumule alors les arriérés et on passe des mois à rediscuter de ce qui avait déjà été signé. Le minimum est que les choses qui ont été promises par le Gouvernement soient rapidement concrétisées… Si vous enlevez de ce texte tout ce qui avait déjà été proposé il y a deux ans, il ne reste presque rien. »  

On donne (très) peu… mais on ne prend rien

Les syndicats vont maintenant retourner auprès de leur base. Pour Eugène Ernt, Secrétaire général de la CSC-Enseignement « la question qui va se poser est « est-ce qu’on prend ce qu’on nous donne ? Ou est-ce qu’on est en position d’aller chercher plus ? » Il faudra, comme on dit, « se compter »… et mesurer ses chances d’obtenir l’une ou l’autre avancée supplémentaire. La Ministre a déjà prévenu qu’elle avait raclé les fonds de tiroirs… tout en essayant de contenir la colère syndicale. Oui, c’est vrai, les avancées sont modestes. Mais elle assure avoir préservé l’essentiel. « On commence presque chaque réunion par nous convaincre que nous devrions être très contents puisque, au contraire de nos collègues néerlandophones ou germanophones, nous ne subissons aucune restriction » ajoute Pascal Chardome. « Et donc, est-ce que les troupes seront prêtes à se battre avec la même vigueur qu’il y a deux ans, alors que cette fois, c’est vrai, il n’y a pas d’attaque comme on en avait connu sur les prépensions (DPPR) ? » Et le leader syndical de préciser que le contexte social (ArcelorMittal…) pèsera aussi dans la décision d’entamer, ou non, un bras de fer avec le Gouvernement. « Nous serons peut-être amenés, en tout cas au niveau de la CGSP, à défendre certains de nos camarades qui vivent une situation très difficile… »

Les syndicats devront faire connaitre leur position début mars. Affaire à suivre…

S'abonner à notre newsletter

Recevez gratuitement les dernières actualités de l'enseignement dans votre boîte mail.