TIC
05 Fév 2013

Comment les écoles peuvent-elles éviter les dérives des « spotted »?

SpottedAprès les « spotted », ces pages facebook rattachées à une école (ou tout autre lieu d’ailleurs, pour autant qu’il soit possible d’y faire des rencontres) où nos élèves peuvent déclarer leur flamme à d’autres élèves de façon anonyme, voici les « punched », un nouvel espace virtuel… mais cette fois dédié aux règlements de comptes, insultes et autres ragots.

Comment éviter les dérapages?

Le phénomène étant plutôt neuf, les écoles sont inquiètes, se jugeant peu outillées/informées pour intervenir sur le terrain. Bien que la plupart des petits mots laissés sur la toile soient parfaitement mignons, certains jeunes en profitent… et se lâchent. Les dérapages ne sont pas rares. Pas toujours facile de mesurer les conséquences de ce que l’on écrit, surtout lorsqu’on s’imagine (à tort le plus souvent) protégé par l’anonymat d’Internet.

Le débat de la liberté d’expression

Que peuvent faire les écoles – et les enseignants – pour éviter de telles dérives? « Il y a des solutions rassure Christophe Butstraen, enseignant et médiateur scolaire, spécialiste des nouvelles technologies. L’homme a déjà été contacté par 26 écoles depuis la rentrée du mois de janvier. Il ne faut pas forcément partir du phénomène « spotted ». J’interviens dans les écoles et discute avec les élèves sur ce qu’ils croient être la sacro-sainte liberté d’expression. Dans la plupart des cas, ils se réfugient derrière la liberté d’expression mais oublient que cette dernière est cadrée par toute une série de limites, qui ne peuvent être franchies sans être puni. Je pense au harcèlement, à l’incitation à la haine… au droit à l’image, etc. Et ce sont des règles que l’on doit respecter partout, pas uniquement sur ces pages « spotted ». Si demain cette problématique disparait, il y en aura une autre, différente. Interpellons plutôt les jeunes sur ce que dit la loi, plutôt que de se focaliser sur des pages Internet. »

Quelles sont les pistes que l’on peut alors suivre? « Une idée est, par exemple, d’avoir pour chaque école un support informatique – CD ou clé USB – sur lequel on peut trouver des photos et les logos de l’école dont la direction permet l’utilisation. Quand une classe de rhéto organise un bal ou une vente de crêpes pour le voyage de fin d’études, ils pourront utiliser ces supports. Cela permet aux directions de dire « ok, utilisez l’image de l’école… mais nous gardons un contrôle sur cette image. Et les élèves prennent alors conscience qu’il y a un contrôle. On n’interdit pas, on leur donne un cadre d’utilisation. »

Exercer un contrôle discret mais rassurant

Autre initiative possible : que la direction de l’école crée elle-même une page Facebook, appelée par exemple « La page Facebook du comité de discipline de l’école xxx ». Un espace administré par l’équipe pédagogique« Cette page rependrait le nom d’un groupe présent dans l’école, groupe qui a une vocation de sanction ou de contrôle. J’invite mes enseignants à y adhérer… et dès que j’apprends qu’il y a un « spotted » avec le nom de mon école, je laisse un petit commentaire – au nom de ce comité – du style « N’oubliez pas qu’il y a des règles d’expression ». On se limite à ça et on montre simplement qu’on est là. C’est un porte d’entrée qui permettra une réaction rapide si quelque chose se passe. » 

Et les enseignants? Peuvent-ils organiser des ateliers de sensibilisation à une utilisation saine et responsable d’Internet et des réseaux sociaux? Peuvent-ils espérer l’aide des médiateurs pour venir en parler à leurs élèves? « Oui, répond Christophe Butstraen, qui nuance tout de même : « Il ne faut pas penser à court terme. C’est un sujet tellement délicat que l’on doit penser l’intervention à mener dans l’école. Cette intervention ne peut pas être menée sans y associer les enseignants… et les parents. Pourquoi cela? Tout simplement parce que le chef d’établissement, il doit gérer de plus en plus souvent des problématiques qui sont nées à la maison, par des élèves, avec les moyens des parents… et qui touchent des enseignants. Donc, si on veut que la prévention soit efficace, il faut impliquer tout le monde. Et là, on construit un projet qui varie d’une école à l’autre. Certains vont organiser des soirées pour les parents, d’autres vont créer un concours d’affiches ou envoyer un courrier de mise en garde. Il n’y a pas de recette miracle ».

Les médiateurs prêts à former les enseignants

Les écoles peuvent le retenir : le service de médiation est à leur disposition pour les aider à mettre sur pied un projet. Une idée intéressante est peut-être de créer une cellule d’enseignants (rejoints par des parents et des élèves) intéressés par cette problématique et disposés à en parler avec leurs collègues et, bien sûr, les élèves. « Les profs ont besoin de gens informés, qu’ils soient en interne ou en externe. Cela leur est égal de s’adresser ou non à un collègue… » Et c’est à M. Butstraen, avec les autres médiateurs, qu’il revient de former ces enseignants, futurs spécialistes de la prévention sur le web. « C’est bien plus efficace que de venir dans les écoles discuter avec les élèves ». Un avis confirmé par Thérèse Lucas, coordinatrice de la médiation scolaire : « Ce n’est pas notre rôle d’aller dans les écoles pour apporter des solutions toutes faites. Nous préférons accompagner les équipes pédagogiques pour leur permettre de trouver les ressources ou les relais qui leur permettront de résoudre la difficulté. »  Pas de solution « clé sur porte » donc. « Nous sommes très attentifs lorsque nous faisons nos interventions à ce que l’équipe éducative puisse gérer la difficulté en étant impliquée… et nous veillons à toujours replacer la problématique dans le cadre de la liberté d’expression. Les nouvelles technologies ont quelque chose d’un peu sensationnel, bien sûr, mais on risque de passer à côté de la vraie question, celle du droit à l’image, du droit au respect… qui est posée ici et sera encore posée demain. » Construire sur le long terme, voilà le job des médiateurs. Pas question pour eux de jouer aux pompiers en cas d’alerte.

Petite déception : l’administration et le cabinet de la Ministre de l’Enseignement n’ont pas jugé bon de rappeler aux écoles l’existence de ces services et le soutien (et conseils) dont elles peuvent bénéficier en appelant le n° vert 0800/20.410. Le député libéral Gilles Mouyard interrogera à ce sujet Marie-Dominique Simonet, la semaine prochaine, en séance plénière du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

En attendant, les écoles espèrent toujours un véritable cours d’éducation aux médias. Pour l’heure, faute de budget on l’a compris, les initiatives – souvent les bienvenues – dépendent de tel ou tel professeur, motivé, qui accepte de consacrer un peu de son temps pour sensibiliser ses élèves et ses collègues. Et Christophe Butstraen de lancer un appel à la fois à la Ministre de l’Enseignement obligatoire et à son collègue de l’Enseignement supérieur, Jean-Claude Marcourt (PS) : « On est occupé à envisager la prolongation des études d’enseignants. On va avoir deux années supplémentaires qu’il faudra remplir. Certains cours ne seront pas extensibles. Il est peut-être temps de se demander si on ne peut pas mettre en place une structure qui permettrait une formation des jeunes enseignants, c’est-à-dire ceux qui ont appris Internet sans les règles. On en est là. Moi, j’ai de plus en plus d’appels d’écoles qui ne savent plus comment gérer les comportements de jeunes profs. Ils ont grandi avec MSN, Youtube… mais n’ont pas été éduqués à les utiliser de manière responsable. Alors sensibilisons les enfants… mais n’oublions pas les futurs enseignants. »

Aux écoles qui s’interrogent encore sur leurs possibilités d’agir face à ce qu’elles considèrent comme une menace virtuelle, rassurons-les. Elles disposent déjà de balises bien utiles comme le règlement d’ordre intérieur. Si on ne tolère pas d’insultes ou de menaces dans l’enceinte de l’école, il n’est pas question non plus de les accepter sur le web.

Quelques outils…

A ceux qui souhaiteraient poursuivre la réflexion, notez l’existence de ces quelques outils (mais la liste n’est pas exhaustive) :

  1. Pour contacter le service des médiateurs, formez le 02.690.83.69 ou envoyez un mail à Mme Thérèse Lucas : therese.lucas@cfwb.be.
  2. Christophe Butstraen est joignable sur son adresse mail : christophe.butstraen@gmail.com. Compétent et disponible, il pourra vous renseigner. Sachez aussi que ce médiateur a écrit un ouvrage très pratique sur les nouvelles technologies : « Internet, mes parents, mes profs et moi ». Comment faire une bonne recherche sur Internet, comment réagir face à une demande d’amis étrange sur Facebook, puis-je télécharger ce fichier, sont autant de questions que l’ouvrage soulève et y répond.
  3. Une page FacebookJe surfe responsable – rassemble aujourd’hui une douzaine d’écoles de l’ouest du Brabant wallon. Elle se veut un lieu d’échange et de bonnes pratiques, d’informations et d’outils permettant de prévenir et de gérer au mieux les dérives liées à l’utilisation des nouvelles technologies de la communication en milieu scolaire.
  4. La Fédération Wallonie-Bruxelles propose depuis quelques années le « Passeport Tic ».
  5. Des enseignants ont créé des leçons attrayantes qui vous permettront de lancer le débat dans vos classes : voyez celles de Jonathan Fischbach et Mélanie Lembrée, tous deux professeurs de morale.
  6. Child Focus propose de nombreux outils pour travailler le sujet dès l’école primaire.

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