05 Mar 2013

L’autre fracture numérique

Maternelle pCarte blanche de Benoit Wautelet, maitre-assistant en langue française HELHa (Braine-le-Comte), Catégorie pédagogique.

Les technologies de l’information ont révolutionné la société depuis 15 ans et continuent de la révolutionner. Le monde de l’enseignement doit-il les craindre? les exclure ? les ignorer? La vague numérique est en train d’atteindre les plages de l’enseignement. Les premiers « digital natives » quittent peu à peu le secondaire pour se lancer dans les études supérieures.

Les jeunes ont le réflexe numérique

Auparavant, enseignants et étudiants s’abreuvaient aux mêmes sources de la connaissance. Désormais, les étudiants en quête de renseignements ont le réflexe numérique quand leurs aînés sont conditionnés papier et diabolisent l’Internet. Michel Serres, dans son magnifique essai « Petite Poucette », estime avec plein de bon sens que l’école doit accepter ce changement de paradigme équivalant, selon lui, à celui qui a vu se succéder les ateliers de copistes et l’imprimerie.

Un nouveau monde s’ouvre aux enseignants. Or l’enseignement est peut-être en train de rater cette révolution : les enfants, nos élèves, vivent avec le smartphone, la tablette et l’ordinateur quand l’école pense tableau blanc interactif (souvent un avatar du tableau noir sans réel plus-value pédagogique) et que les enseignants peinent parfois à exploiter toutes les possibilités d’un traitement de texte. Une autre fracture numérique que celle qui existe (existait?) entre les « connectés » et les « non-connectés » est à redouter : celle qui éloignera les usages naturels et instinctifs des natifs digitaux et les usages diabolisés, maladroits et incomplets des migrants numériques.

Les jeunes actuels possèdent un accès web personnalisé (indépendant de l’ordinateur familial), passent chaque jour du temps sur les réseaux sociaux (70% des 13-16 ans surfent plus d’une heure par semaine sur des sites de socialisation), utilisent des smartphones (30% des 13-16 ans, et ce chiffre augmente d’année en année de manière exponentielle) et surtout ont le réflexe numérique. Le défi de l’enseignement est d’intégrer ce nouveau profil des adolescents et des jeunes adultes pour s’en servir comme d’un tremplin et en tirer un maximum de profit pédagogique. Pour cela, il faut accepter d’anticiper les choses et de s’informer. Énormément de nouvelles initiatives scolaires voient le jour grâce au numérique et au virtuel. Contrairement à ce qu’ânonnent les mauvaises langues hermétiques au changement, aucune de ces nouvelles approches pédagogiques ne tend à la disparition des cours en présentiel. Loin de là. Il s’agit juste d’un changement de méthode, d’une adaptation au profil des étudiants.

Vers une véritable différenciation des apprentissages

On a ainsi vu l’apparition récente des classes inversées (flipped classroom) qui invitent les élèves à consulter, en amont des cours, des ressources choisies, à écouter des podcasts, à participer à des sondages… Le cours actif devenant ainsi un lieu de discussion, de guidage, de dépassement de ce qui a été révélé. La classe inversée rend actifs les élèves, permet à l’enseignant de les accompagner davantage, ouvre la voie à une véritable différenciation des apprentissages.

Loin de Facebook et de son côté intrusif et voyeur, il existe des réseaux sociaux professionnels qui ont un potentiel pédagogique énorme. Citons par exemple Pinterest, Pearltrees et même Twitter. Ce sont là de puissants vecteurs d’information qu’il faut apprendre à appréhender certes, mais qui peuvent apporter un réel supplément d’âme à l’école. Il ne faut pas diaboliser le numérique. Les enseignants de toutes générations ont le devoir de se former et de s’informer. Trop souvent le rejet, le déni de la nouveauté exprime plus le refus de s’informer que la peur de l’inconnu. Qu’on soit pour ou contre, qu’on s’y intéresse ou pas, on ne peut que constater que le numérique est de plus en plus présent chez les jeunes. Le monde de l’enseignement en prend-il suffisamment conscience ?

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