14 Juin 2013

Lutte contre l’échec scolaire : le 1er degré remis en question

Simonet On le sait, la transition « fondamental » « secondaire » est un moment important de la scolarité de nos élèves. Une fois leur CEB en poche, ils s’en vont découvrir la grande école, ses nombreux professeurs, de nouveaux rythmes et habitudes qu’ils devront rapidement apprivoiser. Malgré plusieurs réformes dans les années 2000, l’échec reste important en 1ère année.

Ne pas réformer… mais réajuster

La Ministre Simonet a donc décidé de repenser le tronc commun, en invitant 60 écoles à tester de nouveaux dispositifs censés 1) limiter le redoublement et 2) mieux informer l’enfant sur la réalité des formations offertes par les filières techniques et professionnelles. La première phase de test commencera à la rentrée prochaine, se poursuivra en 2014-2015 avant que les différentes mesures dont nous allons vous parler ici soient généralisées à l’ensemble des écoles secondaires… Notons toutefois que ce calendrier n’est pas définitif.

Le plan de la Ministre de l’Enseignement s’articule en deux volets : ce qui sera testé en 2013-2014 d’une part… et ce qui sera immédiatement proposé à tous les établissements d’autre part. Parmi les dispositifs qui devront d’abord être éprouvés sur le terrain, citons…

La fin progressive de la 1ère S

1. Le Plan d’actions collectives (PAC) : que devra rédiger chaque école (obligatoirement à partir de 2015) et qui définira les actions éducatives et pédagogiques, ainsi que les dynamiques portant sur la motivation, l’orientation, la remédiation, le bien-être… mises en œuvre collégialement, c’est-à-dire avec les enseignants, les parents, etc., tant au niveau global de l’institution qu’au niveau local de chaque groupe-classe. En clair, il s’agira pour l’équipe pédagogique d’identifier les défis auxquels elle est confrontée avec son public bien particulier et de mettre sur pied une stratégie (comment allons-nous travailler? Quelles ressources internes et externes mobiliser?) pour atteindre ses objectifs de réussite.

2. Le Plan individuel d’apprentissage (PIA) : qui accompagnera chaque élève jugé en difficulté par le conseil de classe. L’idée est de ne plus attendre que l’enfant soit versé en 1ère complémentaire pour se pencher sur ses lacunes et ses besoins. Le PIA sera, en quelque sorte, un descriptif des actions qui devront être mises en œuvre – à travers un parcours adapté et différencié – pour amener l’élève à dépasser ses difficultés. Ce dernier, ainsi que ses parents, considérés comme des partenaires actifs, seront également invités à s’engager avec les enseignants.

Laisser du temps aux élèves pour réfléchir à leur parcours scolaire

3. Une grille horaire plus souple : est la conséquence directe du PIA. En fonction de ses besoins, l’élève aura la possibilité « de modifier en cours d’année, et pour une période déterminée, sa grille-horaire, d’une part au niveau des activités complémentaires, d’autre part au niveau de la formation commune en vue d’organiser des modalités de remédiation« . Il n’est pas impossible que l’école crée ainsi de nouvelles activités complémentaires qui se rempliront au fur et à mesure tout au long de l’année.  ((Source : Circulaire n° 4400 du 30/04/2013.))

4. La fin de la première année complémentaire (1S) : où sont versés les élèves en difficulté au terme de leur 1ère année commune et la création d’une vraie année de remédiation à la fin du 1er degré. Pour la Ministre, cette évolution a du sens, d’autant que, rappelons-le, le redoublement est normalement interdit au 1er degré depuis plusieurs années. « L’organisation de classes complémentaires au sein du premier degré, en l’état actuel des choses, ne rencontre pas souvent une logique de non redoublement, encore moins de différenciation pédagogique au sein des classes. Au contraire, selon le rapport intermédiaire de la recherche-action, on relève un effet ségrégant : « des élèves sont identifiés comme scolairement moins forts, selon des critères et des échelles de valeurs pas toujours objectivés. Des classes de niveaux sont ainsi créées, allant des élèves identifiés comme des « plus faibles » aux « plus faibles parmi les faibles » ». De plus,  la 1ère S n’a plus vraiment d’utilité si un soutien est organisé de manière anticipée et flexible grâce au PIA.

5. Une approche orientante pour tous : « Il convient d’accorder, au sein du 1er degré, une place à l’éducation à l’orientation. Il s’agit aussi de laisser davantage de temps pour des activités qui contribuent à la connaissance de soi, à la relation à autrui, au développement d’un projet. La confiance en soi et l’affirmation de soi, au travers de l’expression de capacités culturelles, artistiques, sportives… contribuent à la qualité de l’ensemble des apprentissages« . Concrètement, chaque établissement, en concertation avec le CPMS, s’engagera à affecter du temps, jusqu’à un maximum de 4 semaines réparties sur le 1er degré, « à des activités de maturation par les élèves de leur choix personnel et par conséquent des projets de vie, des projets d’étude et des projets professionnels qui en résultent« . Ces visites pourront se faire dans des écoles proposant des filières techniques et/ou professionnelles, par exemple… ou dans des entreprises. L’objectif est que le jeune se découvre des goûts et des intérêts pour poser des choix d’orientation positifs à la fin du tronc commun.

Des « heures » de cours de… 45 minutes !

Parmi les autres mesures qui seront proposées (sans obligation) aux écoles ayant adhéré à l’appel à projet (et puis aux autres), épinglons :

1. L’organisation du temps scolaire en périodes de 45 minutes (P45) regroupées en plages de 90 minutes : l’idée est de gagner ici et là de petites tranches de 5 minutes qui seront alors regroupées – généralement sur une après-midi – afin de permettre aux écoles d’organiser des activités de remédiation, des activités de dépassement, de découverte, d’orientation, etc.

2. L’organisation d’un service d’accrochage interne : « Depuis deux à trois ans, différents services signalent que le phénomène de décrochage apparait de plus en plus précoce, dès le premier degré de l’enseignement secondaire et même dès l’enseignement fondamental, et de plus en plus avancé dans l’année scolaire, dès le premier quadrimestre ». Les chefs d’établissement seront dès lors invités à définir un plan pluriannuel – construit avec l’élève et ses parents – favorisant l’accrochage scolaire qui servirait d’outil de référence pour l’ensemble de l’équipe éducative. Il sera proposé à l’enfant des activités complémentaires, des ateliers de coopération, de socialisation, de communication ou d’expression, des temps et démarches consacrés à l’orientation, à la construction d’un projet personnel, etc.

3. La valorisation de ce qui est acquis : le principe de la CPU, la certification par unités, touche aussi le 1er degré du secondaire. La Ministre a imaginé qu’il devait être possible, pour un élève qui n’aurait pas obtenu son CEB, de pouvoir conserver la note – positive bien entendu – des matières qui étaient considérées comme acquises. Autrement dit, plus question de refaire passer l’ensemble des épreuves à un enfant qui aurait trébuché en mathématique et en éveil… mais pas en français, par exemple. S’il le souhaite, l’élève pourrait repasser tout le test… mais conserverait alors la meilleure note obtenue.

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