12 Août 2013

Travailler tout en étudiant : oui, c’est possible

Master Nous vous en parlions il y a quelques jours : le Master en Sciences de l’Education pourra, dès la rentrée, être suivi en horaire décalé à l’Université de Liège. Une opportunité dont profiteront sans doute de nombreux enseignants, ravis de pouvoir, quelques heures par semaines, redevenir l’étudiant qu’ils étaient encore il y a quelques années.

Envie de se dépasser, de se remettre en question

Les motivations de ces candidats sont très diverses. Envie de se lancer un défi pour les uns. Besoin de se rassurer dans la pratique de son métier pour les autres. Certains espèrent aussi, en décrochant un diplôme universitaire, améliorer quelque peu leur ordinaire grâce à un salaire immédiatement revalorisé (via le barème 501, aujourd’hui réservé aux licenciés). Mais l’exercice peut être périlleux. Cumuler « études » et « charge d’enseignant » ne s’improvise pas… surtout lorsqu’on a la chance de travailler à temps plein… et/ou que l’on a une famille, des enfants.

Émilie, la régente et Anaïs, l’institutrice, ont tenté l’aventure. Avec succès. Toutes les deux sont d’abord passées par une année préparatoire, obligatoire pour ceux et celles qui n’ont pas encore cinq années d’expérience à faire reconnaitre et valider. Pour Enseignons.be, elles ont accepté d’expliquer leur parcours et ce qui les a poussées à se consacrer à 100% (journées, soirées, we…), pendant trois ans, à l’enseignement.

Pourquoi avoir choisi d’entamer un master? Aviez-vous l’impression qu’il vous manquait quelque chose à la fin de vos études? Vous n’étiez pas satisfaite de votre formation?

Anaïs : Quand j’ai commencé à enseigner, j’avais le sentiment d’avoir été lancée dans le vide, sans filet. Le temps de préparation était monstrueux et il y avait une multitude de nouvelles choses à gérer, par rapport au vécu des stages. Principalement le côté administratif – registre, comptes… – et la gestion des différentes tâches du métier comme la planification/préparation des leçons, les interactions en classe, les interactions avec les collègues, les parents, les demandes de la direction, etc. Ce qui m’a le plus manqué, c’est une liste détaillée de la matière et de sa progression, ainsi qu’une personne de référence, comme un tuteur par exemple.

Emilie : En quittant l’école normale, j’ai choisi de poursuivre mes études directement. J’étais déterminée à tenter le niveau universitaire et le système de passerelle me semblait accessible. Mais j’ai d’abord cherché un emploi avant de me lancer pour pouvoir, de manière autonome, financer le minerval de l’université.

Compter 8 heures de travail… en plus des cours

Où avez-vous étudié?

Anaïs : J’ai effectué mon master à l’UCL et j’ai choisi l’option « gestion des organisations socio-éducatives ».

Emilie : Je viens de terminer le mien à l’ULB.

Cette formation complémentaire représente une charge de travail importante. Comment les cours étaient-ils organisés? Et les stages? Avez-vous dû faire des sacrifices?

Anaïs : En année préparatoire j’avais cours le jeudi soir de 18h15 à 22h et le samedi de 9h à 17h30. Pour les deux années de master, j’ai eu cours le mardi soir et le samedi, avec les mêmes horaires. En année préparatoire, les cours étaient souvent magistraux. Ensuite, étant dans une option avec peu de monde, nous avions souvent des cours très interactifs. Mais je pense que cela dépend de l’option. Le seul stage effectué a été celui de mon option. En master 1, il fallait faire un stage de gestion, pendant 75 heures, dans une organisation socio-éducative. J’ai donc réalisé mon stage durant les vacances de Pâques. Il n’y avait que le maître de stage qui « surveillait » le travail via le carnet de stage. J’ai été évaluée par ses commentaires et mon rapport de stage.

Emilie : A l’ULB, il n’est pas indispensable d’assister aux cours. Il faut cependant assister aux travaux pratiques les mercredis après-midi et, de temps en temps, en soirée. Cela représente environ 8 heures par semaine et de temps à autres 4 ou 8 heures le samedi. Là où on ne compte plus les heures, c’est durant les périodes d’examens : entre les conseils de classe – en tant que prof – et les livres et syllabus à étudier – en tant qu’étudiant -, le rythme est très soutenu et, en fin de parcours, on ne sait plus comment on s’appelle.

Il est donc possible de suivre une telle formation tout en continuant à travailler?

Emilie : Il me semble que oui mais chaque cas est unique. Les études n’ont pas été un frein à mon évolution personnelle. Au contraire, les rencontres et les apprentissages m’ont permis de m’ouvrir davantage sur le monde!

Anaïs : Moi je déconseille fortement l’option que j’ai suivie, qui est très coûteuse, physiquement, moralement et socialement. Pour réussir ma formation, j’ai dû opérer des choix dans ma vie. J’ai mis de côté des activités et ce n’est pas toujours évident. Il est indispensable, pour les personnes qui souhaitent s’investir dans ce cursus, de prendre conscience du temps que cela prend. A l’UCL, il ne s’agit que d’une soirée et d’une journée. Mais en plus des cours, il faut compter au minimum 8 heures par semaine de travail… avec les lectures, les recherches, les réactions, etc.

 » Je pense qu’il serait bon d’uniformiser les formations »

Au final, vous êtes satisfaites de votre expérience. Qu’en avez-vous retiré?

Anaïs : Cette formation a transformé ma vision de l’enseignement. Grâce aux différents cours, j’ai pu mettre des mots sur des phénomènes qui me dérangeaient mais que je n’arrivais pas à identifier. Ils m’ont permis de me remettre en question par rapport à mon rôle d’enseignante et de me réconcilier avec celui-ci. J’ai aussi travaillé mon estime de moi en réussissant des études universitaires.

Emilie : Le Master en sciences de l’éducation m’a permis de me forger une méthode de travail que je n’avais pas. Je suis désormais beaucoup plus autonome et je peux mettre à profit les différents enseignements dans le cadre de mon emploi au quotidien. Les domaines d’enseignement étaient variés et assez bien fournis. Il y avait des cours de pédagogie mais également de psychologie ou de droit.

Vous savez certainement qu’en cas de réforme de la formation initiale des enseignants, vos collègues régents et instituteurs n’obtiendront pas automatiquement le barème 501. A moins que, comme vous, ils ne complètent leur formation. Certains ont pourtant de nombreuses années d’ancienneté et une grande expérience. Qu’en pensez-vous?

Emilie : Il me semble que le coût – moral, financier, social – de la formation mérite cette augmentation de salaire. Cependant, elle offre surtout de nombreuses possibilités d’évolution et de changement pour ma carrière. C’est surtout cet aspect que je trouve important. Finalement, si tout le monde veut des sous, pourquoi pas… Seront-ils seulement plus épanouis dans leur travail en ayant juste les sous et non pas l’apprentissage et les connaissances ?

Anaïs : Le système de paiement actuel est basé sur le nombre d’années d’étude. Pour un baccalauréat ou un master, le barème est différent. Je trouve donc normal que cela soit respecté. Mais je ne pense pas qu’il faille prendre le problème dans ce sens. Pour moi, la formation a sérieusement besoin d’être revue. Je pense qu’il serait bon d’uniformiser les formations. Les enseignants maternels et primaires sont au même barème à présent. Il faudrait peut-être penser à harmoniser le secondaire…

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