20 Août 2013

Marie-Martine Schyns a neuf mois pour convaincre

MMS2Le 17 juillet dernier, Marie-Martine Schyns prêtait serment comme nouvelle Ministre de l’Enseignement obligatoire, succédant ainsi à Marie-Dominique Simonet, contrainte à la démission pour des raisons de santé. La Verviétoise était la « surprise du chef », celle que personne n’attendait à un pareil poste. Elle-même osait-elle y penser? Ce n’est pas sûr. Et pourtant, du haut de ses 36 printemps, la jeune femme n’a pas à rougir de son profil. Sa carrière politique, voilà déjà treize ans qu’elle la gère de main de maître. Elle n’a que 23 ans – et son agrégation en langues et littératures romanes (ULg) en poche – lorsqu’elle devient échevine en charge du Tourisme, de la Culture et de la Jeunesse dans sa commune de Herve. Dans la foulée, elle décroche également une licence en sciences administratives. Et en 2008, elle est même élue députée fédérale, remplaçant alors Melchior Wathelet – un autre Verviétois – devenu Secrétaire d’Etat.

Une enseignante à l’enseignement

Son autre passion, c’est l’enseignement. Elle va s’y frotter durant dix ans, d’abord au Collège Saint-François Xavier de Verviers (mieux connu sous le nom de SFX1) puis à l’Institut Saint-Michel, toujours dans l’ex-capitale de la laine. Dans quelques jours, Marie-Martine Schyns fera son entrée dans la cour des grands. La rentrée scolaire n’est plus qu’à un jet de pierre et la professeure semble consciente des attentes des enseignants, des parents… mais aussi et surtout de son parti, le cdH, qui jouera gros lors des maxi-élections de 2014 (régionales, fédérales et européennes). Il ne reste que quelques mois pour faire aboutir une série de réformes fort attendues sur le terrain… Prudente, la nouvelle Ministre est restée volontairement silencieuse cet été, préférant se concentrer sur les dossiers qui l’attendent : Décret Inscriptions, tronc commun aux cours philosophiques, réforme du 1er degré de l’enseignement secondaire… Elle a cependant pris un peu de temps pour répondre à nos questions.

Marie-Martine Schyns, les enseignants vous connaissent peu ou mal. Vous avez la réputation d’être une femme sérieuse, discrète, consensuelle. On vous a aussi parfois présentée comme une « Simonet bis ». Cela ne vous dérange pas?

Non pas du tout. J’avais déjà eu l’occasion de suivre le travail de Marie-Dominique Simonet. J’étais régulièrement invitée lors de ses visites dans des écoles de la région et elle savait que l’enseignement m’intéressait. Je crois que nous avons des méthodes semblables dans le sens où je vais essayer, moi aussi, de travailler avec la base et de faire remonter l’expérience et les bonnes idées du terrain. Je ne suis pas là pour tout chambouler ni pour « imprimer ma patte » comme certains de mes prédécesseurs ont voulu le faire à une époque… et de manière pas toujours heureuse.

Une capacité à se mettre à la place de l’enseignant

Vous êtes aussi enseignante. Marie-Dominique Simonet est convaincue que « vous recevrez déjà 500 mails de moins par jour de personnes qui vous reprocheront de ne rien connaître à l’enseignement ». Quel est ce petit plus que la prof peut apporter à la Ministre?

Le regard porté sur les dossiers sera certainement différent, cette capacité à se mettre à la place de l’enseignant. Je sais ce que c’est que de corriger quarante dissertations en une nuit ou de se retrouver face à un public un peu plus difficile. Et en même temps je suis aussi une jeune maman, ce qui me donne un regard plus large et me permettra de mieux comprendre les parents également. Et quand je découvre des dossiers, j’essaie de prendre en compte aussi bien les points de vue des partenaires politiques que celui de l’opposition, des syndicats, des enseignants… bref, du terrain.

Quels sont les gros dossiers que vous aimeriez voir aboutir avant la fin de cette législature?

La grande priorité sera de conclure la réforme des titres et fonctions. C’est un dossier très peu connu du grand public puisqu’il ne touche que les enseignants… mais ces derniers vont vite comprendre en quoi tout ce travail leur sera utile, surtout les jeunes. Le fait qu’il y ait une meilleure adéquation entre le titre requis, suffisant et la fonction va sans doute permettre aux enseignants, comme aux pouvoirs organisateurs, d’y voir plus clair en matière de recrutement : qui peut enseigner quoi? Et qui est prioritaire sur qui? 

Pour le reste, je ne veux pas trop m’avancer pour le moment. Il y a d’autres dossiers que j’aimerais porter mais il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué.

Une idée qui passe mal auprès des enseignants, c’est le rabotage des heures de cours. Actuellement, une période équivaut à 50 minutes de travail. Elle pourrait passer à 45 minutes pour les écoles qui le souhaitent. Les deux ou trois heures ainsi récupérées en fin de semaine permettraient d’organiser de la remédiation. Les syndicats n’apprécient pas.

C’est bien d’en parler car il faut que les choses soient claires. Actuellement, il y a quelques écoles font l’expérience des « heures » de 45 minutes. Et en général, cet horaire bien particulier est étendu à tout un niveau, le 1er degré par exemple… sinon, on imagine bien que cela peut devenir compliqué. Je connais une école où les horaires des élèves ont ainsi été aménagés en matinée uniquement… avec deux fois des périodes de nonante minutes. Et les enseignants trouvent cela intéressant car cela permet de faire « des gros blocs » pour certaines options ou certains cours généraux. On le sait, les heures de 50 minutes sont toujours un peu réduites, avec les intercours, etc. Ici, il y a vraiment un côté pratique d’autant que les heures dégagées grâce à ce système pourront être utilisées pour de la remédiation ou de la concertation… et là je pense au qualifiant dans lequel j’ai enseigné. Quand je pense à tous les temps de midi que l’on a passés pour travailler sur les projets, sur les stages… On gagne un peu de temps pour tout l’aspect logistique du métier.

Et puis, soyons clairs, on ne va jamais obliger personne à utiliser ce système. Il y a une autonomie complète du P.O. et du chef d’établissement. Si certains tentent l’expérience et font le constat que cela ne convient pas aux élèves ou aux enseignants, qu’ils n’en retirent rien, ils peuvent toujours revenir en arrière. Enfin, n’oublions pas qu’on évaluera aussi bientôt cette méthode et qu’on réfléchira à l’intérêt de la généraliser ou non.

N’est-ce pas une façon d’offrir de la remédiation – ce qui est positif – sur le dos des enseignants? Même si on diminue l’heure de cours de 50 à 45 minutes, le temps de préparation restera, lui, identique… de même que la matière que l’enseignant doit couvrir en une année. Il devra boucler son programme en ayant moins de temps. 

Pour l’avoir vécu, avoir deux heures groupées, c’est déjà très positif. Et pour certains publics, il faut déjà le temps de démarrer, de se mettre en situation d’apprentissage. Mais je ne dis pas que cela peut se mettre en place dans toutes les matières et dans toutes les sections. Il faudra vraiment viser là où c’est le plus utile, comme en français ou en maths par exemple. Quand j’étais prof, certains collègues et moi demandions pour avoir deux heures groupées.

Pour le reste, on ne va pas se mentir, on ne donnera pas de moyens complémentaires aux enseignants. Pas cette année, c’est certain. Nous allons déjà essayer de maintenir le niveau, de garantir l’emploi tout en insufflant des projets comme décôlage par exemple, qui réunit des dizaines d’écoles désireuses de travailler sur les meilleures façons de limiter le redoublement des élèves. Il faut fonctionner avec les moyens qu’on a et être créatifs. Je sais bien que quand on est prof, on se dit « c’est encore moi qui doit faire un effort ». Mais je répète : on laisse une liberté totale aux enseignants d’essayer cette méthode ou non. Personne ne pourra dire que ça lui est tombé dessus et qu’il n’avait pas le choix.

« Quand je fais quelque chose, c’est sérieusement… »

La rentrée sera difficile pour le réseau officiel puisque le gouvernement pourrait toucher à son financement. Ne craignez-vous pas des mouvements d’humeur de la part des syndicats et des chefs d’établissement?

Rappelons que les dotations aux écoles de la Fédération Wallonie-Bruxelles sont formées d’une part fixe et d’une part variable, qui sera elle fixée en fonction d’une série de critères comme le  nombre d’emplois dans l’école. C’était le plus important : ne pas toucher à l’encadrement pédagogique. Mais puisque toute la Communauté française devait faire un effort, il était normal que les écoles participent aussi. Mais leur contribution est limitée quand on connait le poids de l’enseignement sur le budget communautaire. Je le dis : cette mesure – qui n’a pas encore été validée – sera indolore pour les enseignants.

On vous sent enthousiaste en tout cas, prête à « pogner dans le bazar » comme vous l’aviez confié il y a un mois à notre collègue du Soir. Vous avez vraiment dit « pogner »? 

Non, j’ai dit « poigner », dans le sens où je m’engage et m’investis toujours à fond. Mais le journaliste, qui est Bruxellois, ne m’a pas demandé de l’épeler et a écrit « pogner ». En clair, quand je fais quelque chose, c’est sérieusement… et donc je prends le temps, pour consulter, etc. Ce n’est pas décider à la va-vite, donner un coup de pied le bazar. « Poigner dans le travail » veut dire que je sais qu’il y a du travail. Mais cela ne me fait pas peur.  

Les élections, c’est dans neuf mois à peine. La question se posera très vite : aimeriez-vous continuer l’aventure?

Au niveau du parti, cela se décidera au moment des négociations, en bureau politique, avec le président et toute l’équipe du cdH. Cela ne dépend donc pas de moi. Mais ce que je peux dire, c’est que par rapport au monde de l’enseignement, il y a du travail à faire, qui prendra du temps si on veut le mener en concertation, sans imposer les choses. Je pense que la manière dont nous avons fonctionné pendant quatre ans donnera envie aux enseignants que l’on continue de cette façon et pas qu’un nouveau ministre ou un nouveau parti débarque en disant « moi, je vais tout changer ». J’entends certains qui disent qu’ils voudraient que tout aille vite, plus vite. Mais de notre côté, nous ne travaillerons jamais sans les acteurs de terrain. Cela prend un peu plus de temps, c’est vrai… mais cela évite de mettre quelque chose en place sur lequel il faut revenir deux ans plus tard parce que ça ne fonctionne pas.

A la veille de la rentrée, vous n’êtes pas trop stressée?

Non, je sais à quoi m’attendre. Je sais qu’il y a du travail, que les horaires ne seront pas simples. Et je m’attends à de nombreuses interpellations au Parlement. On va prendre des coups mais je suis prête. J’espère seulement que cela n’aura aucun impact négatif sur mon entourage, sur ma famille. Qu’un Ministre prenne des coups, ok. Je le ferai pour que nous puissions, sur certains dossiers chauds, envisager les meilleures pistes… tout en sachant qu’il n’y aura pas de miracle. Mais je suis confiante.

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