01 Jan 2014

La note : sous l’influence de multiples facteurs

Les enseignants ne le savent que trop bien : lors de la correction d’un contrôle, d’une évaluation, qu’elle soit orale ou écrite, une quantité de facteurs entrent en jeu et peuvent peser sur la note finale de l’élève, indépendamment de la valeur intrinsèque de son travail ou de son niveau de connaissances. Les futurs instituteurs, régents ou agrégés de l’enseignement secondaire supérieur ont tous été initiés à la science dont le sujet nous avait beaucoup intrigué à l’époque : étude de la qualité et de la validité des différents systèmes de notation scolaire et de contrôle des connaissances… Je veux parler de la docimologie.

La force des préjugés

Un enseignant fatigué, nerveux, de mauvaise humeur, verra son jugement biaisé par son état d’humeur. Et que dire s’il a quelques préjugés (inconscients le plus souvent) sur l’élève dont il corrige la copie. Si elle est mauvaise mais qu’il le considère comme un élément en général brillant, la note sera clémente puisqu’il cherchera, considérant qu’il s’agit d’un petit accident, tous les éléments de réponse lui permettant de nuancer son avis. Si, au contraire, il corrige la copie d’un enfant qu’il juge médiocre, il n’y verra que la preuve de lacunes réelles et sera conforté dans l’idée que, décidément, ce gamin ou cette gamine ne travaille pas. C’est le fameux effet Pygmalion. Il peut avoir des conséquences dramatiques pour certains de nos élèves. On pense évidemment en premier lieu aux groupes souvent stigmatisés comme les jeunes d’origine modeste, ceux issus de l’immigration… ou tout simplement les filles, que l’on considère moins capables en mathématiques (on les interrogera moins souvent, ils auront moins de temps pour répondre, le professeur acquiescera moins souvent avec ces élèves, qu’il juge plus faibles, etc.). La force de l’effet Pygmalion est que le jeune qui en est victime finira par intégrer l’image que l’enseignant a de lui… et à se comporter de telle manière qu’il confirmera ses attentes.

Et dire que notre école est supposée être démocratique et fondée sur le mérite et non sur la stigmatisation.

« Je suis beau… donc j’ai de bons points? »

Mais passons… Nous pourrions aussi parler de l’impact d’une copie moyenne, qui sera surévaluée si elle est corrigée après plusieurs « mauvaises » copies, et inversement, qui sera sous-évaluée après plusieurs « bonnes » copies… Mais ce n’est pas le sujet.

La question que nous posons ici est la suivante : « les beaux élèves, ont-ils plus de chances d’avoir de bonnes notes? » Je peux déjà imaginer un sourire se dessiner sur votre visage. « Mais pour qui me prennent-ils? » pensez-vous sûrement. Et pourtant, une récente étude américaine l’affirme : les enfants les plus gâtés par la nature ont plus de chance de réussir à l’école. Les chercheurs ont accompagné 9.000 personnes depuis leurs humanités jusqu’à ce qu’ils aient atteint l’âge de trente ans. Et la conclusion est : les plus jolis garçons et les plus jolies filles obtenaient en général de meilleurs points de la part de leurs professeurs.

Life’s not fair

Attention tout de même! On parle d’élèves et étudiants « beaux »… simplement (encore que l’étude ne dit rien sur ce qu’est la beauté, qui est dans l’œil de celui qui regarde). La nuance est importante. Il suffit d’être juste un peu plus mignon que la moyenne. Les sosies de Cameron Diaz ou Léonardo DiCaprio ne seraient pas plus favorisés que les autres. Pourquoi? Il y a encore beaucoup de préjugés associés à la beauté. D’une fille trop belle ou d’un garçon trop beau, on dira qu’il ou elle n’est pas forcément compétent et a obtenu ses notes, son travail, sa promotion… grâce à son physique avantageux. Une jolie blonde écervelée? Arnold Schwarzenegger au petit cerveau? L’apparence est une arme à double tranchant.

Fort heureusement pour l’auteur de ces lignes, il n’est pas nécessaire de ressembler à Robert Pattinson pour réussir dans ses études… et dans la vie. L’enquête souligne aussi que la sociabilité d’un élève est un élément que les enseignants jugeront fort positivement. Il faut essayer de se montrer affable en toutes circonstances et prouver que l’on peut se sortir rapidement des situations difficiles.

Alors voilà. Il est certain qu’être beau à regarder sera rarement désagréable. A l’adolescence, cela jouera sur l’estime de soi. Mais n’est-ce pas une preuve supplémentaire que, décidément, la vie n’est pas juste?

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