05 Mai 2014

Marie-Martine Schyns : l’enseignante devenue Ministre

MMSLa ministre cdH de l’Enseignement obligatoire, Marie-Martine Schyns vit ses derniers jours en tant que patronne des enseignants. Dans deux semaines, elle sollicitera à nouveau la confiance des électeurs, bien placée à la 1ère place sur la liste régionale dans la circonscription de Verviers. Celle qui a été promue au gouvernement en juillet 2013, en remplacement de Marie-Dominique Simonet, contrainte de passer le flambeau pour des raisons de santé, est donc amenée aujourd’hui à défendre le bilan de cinq années d’action humaniste au sein de la coalition Olivier, en partenariat avec le PS et Ecolo. Quel souvenir laissera-t-elle aux acteurs de l’école? Quels dossiers a-t-elle portés et finalement finalisés? Voici une petite liste… non exhaustive, bien sûr.

Simonet et Schyns : un vrai souci du dialogue

La politique des petits pas : c’est la méthode « Simonet » par excellence, respectée par Marie-Martine Schyns. L’idée est de ne rien imposer « d’en haut » mais de faire remonter les bonnes initiatives du terrain (École numérique, Décôlage…). Avantages : on ne bouscule pas les enseignants et on préserve la paix sociale. Inconvénients : la plupart des initiatives prises par Marie-Do et Marie-Martine pour améliorer la qualité de notre système éducatif ont été limitées, organisées souvent à titre expérimental mais sans généralisation. De l’avis général, il n’y a pas de vision, pas de souffle… Tout est très lent. On n’arrive pas à changer les choses de manière profonde. Dans les écoles, on attendait davantage d’audace!

La réforme des titres et fonctions : c’était le tout gros chantier de cette législature. Et c’est finalement Schyns qui l’aura fait aboutir, juste avant la fin de la législature. La réforme prévoit de simplifier et surtout d’harmoniser le régime des titres et fonctions entre les différents réseaux, ce qui devrait favoriser la mobilité des enseignants. Les enseignants sauront enfin les cours qu’ils peuvent donner sur base de leur(s) diplôme(s), et le barème salarial auquel ils ont droit.

Le cdH : un parti loyal, prêt à prendre les coups

Une loyauté sans faille : être Ministre de l’Enseignement obligatoire (ou supérieur même), ce n’est pas toujours un cadeau. Il faut respecter l’accord de majorité et parfois assumer des décrets imaginés par les autres… C’est ainsi que Marie-Dominique Simonet et Marie-Martine Schyns ont dû gérer, tant bien que mal, le délicat dossier des inscriptions en 1ère secondaire. Toute la tuyauterie de ce décret avait pourtant été conçue par les socialistes et les écologistes. Mais le cdH n’a pas moufté et a fait le dos rond, essayant de limiter la casse ici et là… avec un certain succès, il faut le reconnaitre. Si certains parents grincent encore des dents à Bruxelles (les humanistes pourraient y perdre des plumes), elle est loin, la contestation des débuts. La tempête s’est calmée.

Les cadeaux au libre catholique : ce n’était pas évident au début de la législature… mais le cdH a bien affiché une préférence pour les écoles catholiques durant ces derniers mois. Comme s’il fallait, avant les élections, distribuer rapidement quelques cadeaux au plus gros des réseaux (entendez ici qu’il fédère plus de 60% des élèves du secondaire). Les polémiques ont été nombreuses : parité de financement entre le libre et l’officiel pour créer des places dans les écoles, projet de créer un « conseil de l’enseignement officiel », aide aux directeurs d’école primaire, défense des cours de religion. Le cabinet de l’enseignement est, il est vrai, majoritairement composé de personnes ayant exercé des hautes responsabilités dans les structures de l’enseignement libre catholique. Les syndicats et les mouvements laïques n’ont pas apprécié de voir ainsi fragiliser l’école publique.

Marie-Martine : le respect strict de l’accord de majorité

L’expérience de l’enseignante : Marie-Martine a un gros avantage sur Marie-Do : elle a un passé de professeur. Elle connait le métier. Et ça, les enseignants apprécient. Quand elle parle d’échec scolaire ou de réforme du 1er degré, on voit qu’elle sait de quoi elle parle. Cet atout aurait dû lui permettre – si elle avait eu un peu plus de temps… et de moyens – de mener de grandes réformes avec le soutien de la base. Sa communication est directe, franche… parfois même un peu cassante. Schyns pratique peu la langue de bois. Elle avait dit qu’elle ne serait pas là pour tout chambouler ni pour « imprimer sa patte ». Elle a tenu parole. Elle a exécuté au mieux l’accord de gouvernement.

La saga de l’inspection : ou le sparadrap du capitaine Haddock. Mais pourquoi le gouvernement s’est-il empêtré dans ce dossier? Il était pourtant simple de tenir compte de l’avis du Conseil d’État, qui recommandait à la Ministre, en mars 2013, de revoir sa copie et de vérifier le contenu et la forme des différents tests proposés, notamment celui portant sur le « raisonnement verbal ». Mais non, le cabinet est passé en force. Et le chaos a été total dans les écoles. Faut-il encore rappeler que cette farce aura coûté 120.000 euros à une Communauté française en perpétuelle recherche de moyens financiers? Pas de commentaires…

Aucune revalorisation du métier d’enseignant

La réforme de la formation initiale : voilà un dossier lié à la revalorisation du métier d’enseignant. Une étude a bien été commandée aux Facultés Saint-Louis. Le projet de revoir la formation des enseignants est impayable : plus de 600 millions d’euros. Il reste dans les tiroirs.

La grève du 5 mai 2011 : les enseignants avaient manifesté pour obtenir une revalorisation salariale et pour le maintien des prépensions anticipées (DPPR). Les syndicats n’ont finalement obtenu que 80 euros supplémentaires pour la prime de fin d’année. De l’argent qui n’était en rien un « bonus ». Les 10 millions nécessaires à ce petit cadeau avaient été trouvés dans l’enveloppe que le gouvernement prévoyait pour travailler sur la formation des jeunes enseignants et les premières expériences de tutorat. On a les priorités qu’on peut…

Et les conditions de travail des enseignants? Aucune avancée significative ne sera épinglée sous cette législature… sans doute plus par manque de moyens que par manque de volonté politique. Et les années à venir ne laissent rien présager de bon. Nous avons perdu beaucoup de temps à préserver l’école des mesures d’austérité budgétaire. Il n’y a, à moyen-terme, aucune marge de manœuvre financière pour améliorer la qualité de notre enseignement.

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