12 Mai 2014

Emily Hoyos : l’enseignement n’est pas une dépense mais un investissement

HoyosMalmenés dans les sondages – avec le CDH, ils se disputent toujours la 3e place en Wallonie – les écolos (10,9% des intentions de votes contre 13,7% pour les humanistes… et 9,2% pour les marxistes du PTB) ont lancé ce week-end le sprint final de la campagne. Leur mot d’ordre : rendre l’avenir désirable. Le bilan de l’Olivier, ils l’assument totalement (« Si l’Olivier marche, c’est parce qu’Ecolo est dedans »)… et en appellent à une « mobilisation de tous pour les jeunes ». Entretien avec Emily Hoyos, coprésidente des Verts francophones.

L’école ne doit pas être une variable d’ajustement budgétaire

Quel bilan tirez-vous de votre action au gouvernement régional et communautaire?

Ce que l’on peut déjà dire, c’est que l’enseignement n’a jamais été autant présent dans les débats électoraux. Tous les partis ont mis la jeunesse au centre de leurs priorités. Pour ce qui est du bilan de ces cinq dernières années, il est un peu contrasté. Au sein du gouvernement, les écolos se sont battus pour que l’école ne soit pas une variable d’ajustement budgétaire et qu’on puisse continuer à y investir. Je pense par exemple aux 1.500 enseignants engagés pour faire face à l’évolution démographique. Il y a aussi 1,2 milliard d’euros – trois fois plus que sous la précédente législature – qui ont été investis dans les bâtiments scolaires… Et tout ça dans un contexte où partout il fallait faire des économies budgétaires. Ça c’est le côté positif. Ce que nous regrettons, c’est que la politique en matière d’enseignement ait surtout été marquée par une successions d’expériences-pilotes – fort intéressantes cela dit – mais qui nous semblaient manquer de souffle vu l’importance des enjeux.

A quoi pensez-vous?

D’une part, l’hémorragie de jeunes enseignants, qui quittent le métier dans les premières années. D’autre part, relancer l’ascenseur social et faire en sorte que nos écoles puissent tenir leurs promesses pour tous les enfants qui y entrent, à trois ans, à quatre ans…

Justement, la déclaration de politique communautaire prévoyait de revoir la formation initiale des enseignants, afin de leur offrir un meilleur statut et une bonne préparation à leur futur métier. On a aussi longtemps parlé du tutorat et de la formation continue. Aujourd’hui, rien n’a été fait. Un acte manqué?

Sur la formation initiale, on a déjà un bon diagnostic puisqu’une étude universitaire a été faite. Il nous semble qu’allonger la formation initiale des enseignants est une bonne idée mais on doit faire en sorte que cet allongement permette un meilleur accrochage dans le métier de ceux qui sortent des Hautes Écoles… sans oublier les universités.

On a également pris du temps pour aller observer sur le terrain les initiatives en matière de tutorat. Nous voulons proposer quelque chose de sérieux, qui soit inspiré de ce qui se fait à la base. Nous sommes favorables à des aménagements du temps de travail des enseignants qui arrivent dans le métier afin qu’ils puissent bénéficier du soutien, collectif ou individuel, de leurs collègues qui sont dans le métier depuis plus longtemps qu’eux. Mais c’est vrai, rien n’a encore été fait. Tout cela sera une priorité pour le prochain gouvernement.

Vous avez dit que l’enseignement avait été épargné sous cette législature. On a tout de même gelé l’accord de la Saint-Boniface et économisé six millions d’euros en 2014 sur le dos des écoles.

Oui, c’est vrai, on a gelé l’augmentation. Mais on n’a pas réduit. Si l’école a contribué, c’est minime par rapport aux contributions des autres secteurs.

Quid de la réforme du 1er degré, dont on parle assez peu dans les médias, mais qui touche directement les enseignants… et les élèves. Est-ce un signal positif?

Cette réforme se préoccupe beaucoup de tuyauterie mais passe à côté de l’objectif fondamental qui est de donner un véritable tronc commun jusque 14 ans. Un tronc commun qui éveillerait chaque enfant aux disciplines générales, technologiques, sportives… afin de leur permettre de faire après un vrai choix positif.

L’enseignement est un investissement

Que propose Ecolo aux enseignants?

Il y a maintenant près de trois ans, lorsque la Belgique était en crise et qu’elle n’avait plus d’avenir, nous avons eu le courage, nous responsables politiques, de passer au-dessus des clivages partisans habituels pour faire un grand accord sur l’institutionnel et donner un avenir à notre pays. Nous souhaitons maintenant avoir la même dynamique pour les jeunes, avec les acteurs de l’école, afin que notre enseignement retrouve son rôle de moteur, d’ascenseur social.

Pour le reste, on doit garder le cap des investissements prévus pour faire face au boum démographique pour ne pas aggraver l’angoisse des parents qui ne trouvent pas d’école pour leurs enfants, et surtout pour ne pas dégrader les conditions de travail des enseignants. 

Ecolo défendra l’école. Investir dans l’enseignement, c’est investir dans l’avenir. L’enseignement, ce n’est pas une dépense; l’enseignement, c’est un investissement.

La nouvelle législature qui arrive nous imposera de faire des choix budgétaires. Avec la réforme de l’État, la Wallonie héritera de nouvelles compétences. Il faudra être très attentif aux priorités. Il n’y a pas trop d’enseignants comme le disent certains et nous sommes persuadés qu’on ne peut pas faire mieux avec moins de moyens.

Après le PS et le cdH, si un Olivier devait être replanté en Wallonie et à la Fédération Wallonie-Bruxelles, demanderez-vous le portefeuille de l’enseignement obligatoire?

Peu importe la couleur politique de la personne qui prendra en charge l’enseignement. Ce qui est important, c’est la vision stratégique et la vision pour l’école que les partis de la majorité défendront pendant les cinq prochaines années. Ecolo entend bien jouer son rôle de manière déterminante.

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