Enseignement : quelles bonnes pratiques à valoriser?

Entreprises« Réussir en travaillant tous ensemble sur le terrain » : voilà le titre du mémorandum rédigé par la Fondation pour l’enseignement, un organisme créé en juin 2013 et associant l’Union wallonne des entreprises (UWE), son pendant bruxellois BECI et les cinq réseaux d’enseignement obligatoire. La Fondation a pour principales missions la production d’analyses et de propositions concrètes sur les défis du monde enseignant (boom démographique, performances PISA moyennes, etc.) et la promotion des bonnes pratiques venues du terrain.

A la base, c’est une étude du consultant McKinsey consacrée à l’enseignement (publiée en 2010) – et qui mettait en lumière les principales faiblesses de notre système (faibles performances, taux d’échecs/redoublements élevés, traitement inégalitaire des élèves…) – qui a encouragé cette union sacrée entre les professionnels de l’enseignement et les entreprises.

A l’aube d’une nouvelle législature, la Fondation adresse au futur gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles une série de recommandations, de leviers à actionner, très précis, présentés en 4 axes… que nous vous présentons ici.

Revaloriser et changer l’image du métier

Axe 1 : 35% des jeunes enseignants quittent le métier avant d’avoir soufflé leurs cinq premières bougies devant une classe. Pire : un professeur sur cinq (19%) n’attend même pas la fin de son premier intérim pour aller voir si l’herbe n’est pas plus verte ailleurs. Pour les écoles, cette hémorragie est un véritable drame que les autorités peinent à stopper. La Fondation estime que ces dernières devraient en priorité créer les conditions qui inciterait les personnes de qualité a devenir/rester enseignante. Comment? D’abord en informant complètement les futurs candidats aux études d’enseignant. « Il est indispensable de veiller à une information complète des jeunes avant de s’engager dans les études d’enseignant, afin de leur permettre de s’assurer de l’adéquation du métier avec leurs capacités et leurs aspirations, en accompagnant ce moment crucial du choix posé par les futurs étudiants, afin qu’ils perçoivent bien toutes les dimensions et les implications du métier. » En changeant l’image de la profession, ensuite. « L’image de l’enseignant dans la société n’est pas aujourd’hui ce qu’elle devrait être. Pour preuve, le choix de devenir enseignant est dans bien des cas devenu trop souvent un « second choix ». Cette situation n’est pas acceptable en regard des enjeux et des missions portés par l’enseignement. »

Des responsables de Hautes Écoles en CFB estiment qu’aujourd’hui moins de 50% des étudiants régents ou instituteurs ont opté pour ces études en premier choix après leurs études secondaires.

Enfin, le développement d’une politique des ressources humaines incitative, en soignant les procédures de recrutement (permettre aux écoles qui assument la plus grande part des difficultés scolaires de recruter et de garder les meilleurs enseignants), sera également une réforme de choix.

Développer le tutorat pour les enseignants

Axe 2 : centré sur l’échange des bonnes pratiques qui permettent, on le sait, bien plus que les réformes de structures, lourdes et coûteuse, d’enregistrer rapidement des progrès au niveau de la qualité de l’enseignement. La Fondation insiste sur la nécessité de développer le tutorat pour les enseignants, l’immersion via des stages en entreprises ou des formations en alternance pour les élèves.

Axe 3 : (Re)valoriser de la fonction de directeur d’école. « Aujourd’hui, devenir directeur d’école est un « sacerdoce ». Tout d’abord, diriger une école revient à diriger une petite (ou moyenne voire grande) entreprise… avec toutes les contraintes et les implications en matière de gestion des ressources, humaines d’abord, matérielles ensuite. Pour accomplir ces tâches, les directions d’écoles sont insuffisamment équipées et leur formation continuée ne suffit pas. » Sans surprise, la Fondation estime indispensable de dégager au maximum les directeurs de leurs tâches administratives quotidiennes, afin de recentrer leur métier sur l’essentiel : l’encadrement et le soutien pédagogique des enseignants. Le salaire proposé aujourd’hui aux directeurs d’école ne serait pas non plus à la hauteur du défi quotidien à relever…

L’écart salarial entre directeur et enseignant est en moyenne de 24% seulement (contre 38 % en moyenne en Flandre). En réalité, certains directeurs sont même moins bien payés que leurs instituteurs, par le simple jeu de l’ancienneté et de la valorisation de compléments d’études universitaires (barème 501). Et l’évolution barémique est telle que le différentiel a tendance à se tasser au fil des années.

Des réformes peu (ou pas) coûteuses

Axe 4 : ciblé que la problématique de l’échec scolaire. L’école devrait mieux promouvoir la réussite en lieu et place de la sélection et la ségrégation entre les filières, en faisant des efforts en matière d’orientation des jeunes et de remédiation, le tout au moyen de stratégies différenciées en fonction des besoins, très variables d’un établissement à l’autre. « Beaucoup d’écoles ont déjà progressé ou n’ont pas de besoins comparables à certaines écoles en difficulté. Rien ne sert de proposer des réformes indifférenciées. Les besoins spécifiques, tels que rencontrés dans l’enseignement spécialisé ou dans les filières qualifiantes, doivent être pris en compte et amener des stratégies adaptées. »

« Tous ces leviers peuvent être activés par les responsables politiques, directement avec les acteurs du changement que sont les enseignants, les directions d’écoles, les pouvoirs organisateurs et les fédérations de pouvoirs organisateurs des différents réseaux, ainsi que tous les niveaux intermédiaires, mais aussi en partenariat avec les entreprises là où cela est utile », estime la Fondation, qui précise que ces réformes peuvent être portées sans nécessairement toucher au budget de l’Enseignement obligatoire, que l’on sait serré.

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