18 Juin 2014

Une formation d’instit, en cours du soir

InstitVous rêvez de reprendre vos études? Le métier d’instituteur vous tente? Mais lorsqu’on travaille, retourner sur les bancs de l’école n’est pas forcément évident. Bonne nouvelle : la Haute école Léonard de Vinci, à Louvain-la-Neuve, a eu l’idée d’ouvrir une formation de bachelier instit primaire en horaire adapté dès septembre prochain. Une info que vous avez déjà pu lire sur Enseignons.be et qui a suscité de nombreuses réactions chez nos lecteurs : « Cela vient du Gorafi!* (un journal web satirique). Elle est bien bonne… J’ai failli y croire! » s’amuse Jacques. « Trop peur pour mes enfants! Quel enseignement vont-ils avoir? Déjà 3 ans en cours de jour, ce n’est pas toujours suffisant » s’inquiète Delphine. « Moi, je trouve ça très bien! Mon mari et une amie regrettent de ne pas avoir pu faire ces études. Et ils n’ont jamais pu changer d’orientation car quand on bosse temps plein et que l’on a besoin de son salaire, on ne peut reprendre des études le jour. Je suis donc tout à fait pour! Si l’on est motivé, pourquoi pas? » commente alors Géraldine. 

Les candidats devront aussi suivre des stages

Chaque candidat enseignant aura accès à une formation de 3 ans (voire 4 si l’étudiant souhaite un aménagement de son horaire) avec des modules distincts proposés pendant la semaine et le samedi. Curieux, nous avons contacté Jean-Paul Guyaux, le directeur de l’École normale catholique du Brabant wallon (ENCBW). L’homme n’est pas naïf et dit comprendre les craintes de la profession, qu’il trouve d’ailleurs légitimes. Mais il rassure : « Il y a beaucoup de fantasmes à propos de cette formation… Mais les enseignants doivent savoir qu’il ne s’agira pas d’études au rabais. Ce seront les mêmes unités d’enseignement, les mêmes cours, les mêmes professeurs que la formation classique. » Les étudiants en cours du soir devront également aménager du temps pour organiser leurs stages pratiques, obligatoires bien évidemment. « Cette formation nécessite de prendre un 4/5 temps à son travail… et donc de se libérer un jour par semaine au moins (mais pas le mercredi, histoire de pouvoir se rendre dans les classes), en plus des deux soirées et du samedi. Il n’y avait pas d’autre solution pour avoir une formation reconnue : offrir le même parcours qu’un baccalauréat classique, avec les mêmes exigences. Les gens devront être motivés parce que le cursus sera costaud. »

« Il faudra que les étudiants s’organisent pour trouver des stages et les assumer pendant plusieurs jours voire plusieurs semaines, continue M. Guyaux. En 1ère année, il ne s’agit que de dix jours d’observation… mais dès la 2e, et ils savent à quoi s’en tenir, les stages seront plus nombreux… et plus longs. Selon la commission paritaire dont ils dépendent, ils auront droit à des crédits-formations, des chèques-formations… ou ils devront prendre sur leurs vacances. »

Priorité des priorités : donner accès à un diplôme pédagogique!

Mais quel sera le profil des futurs étudiants, premiers instituteurs et institutrices primaires qui sortiront diplômés des cours du soir… dans quelques années? « Il y aura d’abord des candidats qui enseignent déjà… mais n’ont pas le titre requis. Ils pourront alors faire reconnaitre leur expérience – grâce à la VAE, la validation des acquis de l’expérience – et obtenir des dispenses pour certains cours. Au niveau des stages, ils ont évidemment un autre bagage, bien supérieur à celui des candidats dans la filière normale… puisqu’ils sont déjà au contact des élèves. » Ensuite, M. Guyaux s’attend à accueillir des professionnels issus d’horizons divers : des juristes, des kinésithérapeutes, des infirmiers, des policiers… qui pourraient profiter de l’occasion pour réorienter leur carrière, sans cesser de travailler. L’âge moyen tournera certainement ici autour des 30-40 ans…

« Le troisième profil, ce sont les étudiants de 18-20 ans, plus jeunes donc, qui, peut-être moins favorisés, doivent bosser pour payer leurs études et trouver des alternatives aux filières traditionnelles. Nous sommes assez sensibles à leur situation et notre programme devrait bien leur convenir. »

Un taux d’abandon plus élevé chez les Articles 20

Une chose est certaine : l’initiative qui vise à faciliter l’accès à un diplôme pédagogique ne peut qu’être encouragée. Aujourd’hui, 30 à 40% des enseignants de la Fédération Wallonie-Bruxelles sont ce qu’on appelle des articles 20 : des comptables, des traducteurs, des bibliothécaires… qui ont choisi l’enseignement… mais n’ont pas suivi la même formation que leurs collègues instits, régents ou agrégés de l’enseignement secondaire supérieur. Sans surprise, ces articles 20 sont nombreux à réorienter leur carrière : le taux d’abandon durant les cinq premières années est trois fois plus important parmi les non détenteurs d’un diplôme pédagogique. Quand on sait que 24% des jeunes instits quittent le métier avant leur 5e année (contre 44% au secondaire), on se dit que tout ce qui peut aider à juguler l’hémorragie – même modestement – est bon à prendre. Non?

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