APED : « Notre enseignement n’est pas trop dépensier »

FinancesLe Pr Deschamps – Facultés de Namur -, spécialiste des finances des entités fédérées est catégorique : nos écoles ne manquent pas d’argent. Et notre enseignement n’a donc pas besoin de ressources supplémentaires.  Voilà de quoi mettre à mal le cliché d’un enseignement mal financé et insuffisamment encadré. « Ce n’est pas l’argent qui manque, c’est l’utilisation qu’on en fait qui est le problème » soutient l’économiste dans un récent rapport, détaillé sur Enseignons.be.

Des chiffres trompeurs?

L’Appel pour une école démocratique n’a pas tardé à réagir et dénonce des chiffres trompeurs. Lorsque l’universitaire avance que la part des dépenses publiques d’enseignement dans le PIB en Communauté française est supérieure à celle de tous les pays industrialisés, à l’exception du Danemark, de l’Islande et de la Norvège… et que même nos voisins flamands, via leurs impôts, investissent moins que nous dans l’éducation (6,2% contre 6,7% en FWB), cela fait bondit Nico Hirtt, fondateur de l’APED. « Deschamps n’a d’yeux que pour un seul indicateur : les dépenses publiques d’éducation, tous niveaux confondus et exprimées en pourcentage du PIB. Le problème, c’est que cet indicateur est fort peu convainquant. Déjà, la notion de « PIB communautaire » utilisée ici est assez douteuse puisque le PIB est par définition une grandeur relative à un territoire et non à une communauté (qui partage les territoires wallon et bruxellois avec deux autre communautés). Mais surtout, les moyens dont disposent réellement les écoles, les enseignants et les élèves ne s’expriment pas en « % de PIB » mais plus simplement …en euros. Et là, les statistiques nous racontent une histoire fort différente. »

Et l’enseignant-chercheur de rappeler qu’en 2013 la Fédération Wallonie-Bruxelles a dépensé 3.987 euros par élève dans l’enseignement fondamental, contre 4.758 euros pour la Communauté flamande : « un élève flamand bénéficie donc de 19,3% de moyens supplémentaires qu’un élève francophone ! Le tableau est le même dans le secondaire : 7.494 euros en Communauté française contre 8.749 euros en Flandre. »

La FWB ne consacre pas tant d’argent à son école

« Voyons maintenant les comparaisons internationales. Selon les données de l’OCDE, la Belgique dépense annuellement 9.783 dollars par élève pour son enseignement obligatoire (chiffres 2009). Cela nous classe en septième position parmi les pays européens, après les Pays-Bas, le Danemark, l’Autriche, la Norvège, la Suisse et le Luxembourg. La Suède (9.709 $), l’Irlande (9.615 $) et le Royaume-Uni (9.602 $) sont à peu près au même niveau que nous. Précisons qu’il s’agit là de dollars PPA, c’est-à-dire convertis en parités de pouvoir d’achat (1). Cela reflète donc bien les moyens réels dont dispose l’enseignement dans chaque pays. Mais qu’en est-il de la Communauté française? Elle se situe à 8.785 dollars PPA de dépenses par élève. Cela nous classe en seizième place européenne, entre l’Allemagne (8.534 $) et l’Espagne (8.818 $), presque exactement au niveau moyen de l’OCDE (8.617 $). »

Comparer notre pays avec ses voisins suppose aussi de prendre en compte d’autres paramètres. Prenons l’Allemagne, par exemple : L’APED souligne que, Outre-Rhin, plus d’un tiers des élèves du secondaire fréquentent l’enseignement en alternance. Les entreprises qui y participent bénéficient de subventions accordées par le ministère de l’Emploi ou de réductions fiscales. « Or, ces coûts (ou ces manques à gagner) pour l’État allemand n’apparaissent pas dans les statistiques des dépenses d’éducation. »

« Pour la même raison, la comparaison des taux d’encadrement dans l’enseignement secondaire en Belgique et en Allemagne, que le professeur Deschamps agite pour montrer que nous aurions trop d’enseignants, n’a guère de valeur puisqu’en Allemagne les enseignants de pratique professionnelle n’émargent souvent pas au budget de l’éducation mais sont payés par les entreprises. »

Signalons aussi que la Belgique a la particularité de financer très largement l’enseignement privé (le « libre »), ce qui n’est pas le cas partout. Le contribuable belge paie donc en impôts ce qu’il paierait ailleurs en frais de scolarité (du moins s’il choisit l’enseignement privé). Cela gonfle évidemment nos chiffres de dépenses publiques d’éducation par rapport à ceux de certains autres pays. Si l’on compare les dépenses totales, publiques et privées, la position de la Belgique dans les comparaisons internationales chute considérablement.

L’école a besoin de moyens supplémentaires

Nico Hirrt note également que les dépenses par habitant pour l’enseignement obligatoires s’élevaient en Belgique à 8.116 dollars PPA par an, soit juste le niveau moyen de l’OCDE. Cela nous classe derrière l’Irlande, le Canada, la France, la Suède, l’Islande, l’Italie, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, l’Autriche, le Japon, le Danemark, la Norvège, les États-Unis, la République Slovaque, la Suisse et le Luxembourg (Chiffres OCDE 2007).

Avant de conclure : « Personne n’affirme que les problèmes de l’enseignement en Communauté française trouveraient leur solution exclusivement dans un meilleur financement. Mais il est absurde d’imaginer que nous pourrions engager les profondes réformes dont notre école a besoin sans y investir des moyens supplémentaires. Au moins le temps nécessaire pour diminuer progressivement les taux d’échec, avant de réaliser éventuellement des économies sur l’encadrement excédentaire qui résulte du redoublement. Mais ce n’est pas en rognant encore les misérables salaires des professeurs que l’on attirera des jeunes de haut niveau vers ce métier. Ce n’est pas en diminuant leur nombre que l’on organisera l’encadrement des devoirs et leçons à l’école. »

(1) La PPA est une méthode utilisée en économie pour établir une comparaison entre pays du pouvoir d’achat des devises nationales, ce qu’une simple utilisation des taux de change ne permet pas de faire. Le pouvoir d’achat d’une quantité donnée d’argent dépend en effet du coût de la vie, c’est-à-dire du niveau général des prix. La PPA permet de mesurer combien une devise permet d’acheter de biens et services dans chacune des zones que l’on compare.

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