14 Juil 2014

Vers un Robin des Bois pour le supérieur?

Robin des BoisVous connaissez le principe de l’encadrement différencié, qui consiste à aider les écoles qui accueillent les publics les plus défavorisés. Le mécanisme repose sur les indices socio-économiques des quartiers d’origine des élèves, calculés en fonction d’une série de critères comme le revenu par habitant, le niveau des diplômes ou le taux de chômage. Une école qui accueille un grand nombre d’élèves à indice socio-économique faible peut disposer d’enseignants, d’éducateurs… supplémentaires. Les budgets de fonctionnement sont aussi réévalués à la hausse.

Le supérieur fonctionne à « enveloppe fermée »

Il y a quelques années encore, on disait de ces écoles qu’elles étaient en « discrimination positive » ou D+. Mais le mécanisme a été revu en 2009 sous l’impulsion des Ministres Marie Arena et Christian Dupont. Un budget spécifique de plus de 60 millions d’euros avait été libéré, profitant à plus de 1.000 établissements scolaires et 240.000 élèves.

Aujourd’hui, les négociateurs wallons – qui travaillent toujours à la future déclaration de politique communautaire – aimeraient tester l’idée de cet encadrement différencié dans l’enseignement supérieur. L’initiative est à mettre au crédit du PS qui constate que certaines institutions (l’Université catholique de Louvain, par exemple, ou les Facultés de Namur) accueillent le plus souvent des étudiants issus de milieux aisés… alors que d’autres auraient bien besoin d’un petit coup de pouce pour améliorer l’encadrement et la formation de leurs étudiants.

Le hic, c’est que l’enseignement supérieur fonctionne depuis très longtemps à « enveloppe fermée ». C’est-à-dire que les moyens supplémentaires que l’on donnerait à certaines universités ou Hautes Écoles viendraient nécessairement de ce que l’on ponctionnerait à d’autres institutions. Pas question – du moins pour le moment – d’injecter un peu d’argent frais. Le budget de la Fédération Wallonie-Bruxelles ne le permettra pas. On ne tond pas un œuf!

Le principe fait furieusement penser à un « Robin des Bois » bis qui s’appliquerait au supérieur. La réforme, que Marie-Dominique Simonet (cdH) a un temps imaginé d’imposer dans les écoles primaires et secondaires prévoyait que les écoles les moins pauvres soient sollicitées pour aider les écoles les moins nanties. Aux secondes, les premières devaient abandonner une part de leurs subventions de fonctionnement et de leur personnel.

Les centristes hésitent à soutenir une idée qui sera, on n’en doute pas, descendue en flammes par les représentants du réseau catholique.

Les établissements iront chercher leur argent chez l’étudiant

De son côté, la Fédération des étudiants francophones (FEF) – qui représente 120.000 étudiants – s’inquiète de voir la future majorité chercher « des solutions « pansements » au problème de financement… » alors que, disent-ils, la priorité est ailleurs. « Les partis peuvent négocier tout ce qu’ils veulent et passer des heures à réfléchir à la redistribution des finances, pour la FEF rien de tout cela n’est envisageable sans passer d’abord par la question de l’enveloppe fermée. Un point pourtant déjà inscrit dans la précédente DPC sans qu’aucune solution ne soit trouvée. Aujourd’hui plus que jamais, il faut donc que les partis politiques fassent preuve de volonté afin de régler le problème du manque de financement de l’enseignement supérieur. »

La FEF craint qu’une simple redistribution des moyens, sans augmenter ceux-ci, ne ferait que repousser, sinon augmenter le problème. « Si l’on ponctionne l’argent d’un établissement en faveur d’un autre, celui-ci se tournera vers une solution plus facile pour trouver une autre source de moyens. » Autrement dit, un financement privé issu soit de la poche des étudiants soit du monde des entreprises. Une solution qui n’est pas envisageable, et qui créerait des inégalités entre étudiants et un frein à la démocratisation des études.

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