Joan Lismont (Setca) : « les enseignants : ni dupes ni cocus »

syndicatsLe gouvernement bruxellois sera bientôt sur les rails. Les militants PS et FDF, réunis jeudi en congrès, viennent de donner leur feu vert unanime à une participation au gouvernement régional.  Le cdH devrait rassembler ses membres ce samedi. Mais on attend toujours la fumée blanche du côté de l’Elysette. Elio Di Rupo et Benoit Lutgen se sont retrouvés aujourd’hui à Namur pour une nouvelle réunion sur l’élaboration des déclarations de politique régionale et communautaire. Un accord pourrait être trouvé en fin de soirée… pour être rendu public ce vendredi.

Les enseignants ont-il été dupés?

Néanmoins, les négociateurs auraient quelques difficultés à se mettre d’accord sur les pistes d’économies à privilégier lors de la prochaine législature. L’enseignement est une de leurs pierres d’achoppement. Où iront-ils chercher les 150 millions d’euros dont ils auront besoin chaque année? Des horreurs ont déjà fuité dans la presse et tout n’a pas été écrit (pour ne pas leur donner de mauvaises idées). Ce qui est sûr, c’est que les enseignants le sentiront passer…

Les syndicats, eux, observent en silence (ou presque). Ils attendent de la future majorité qu’elle joue enfin cartes sur table et dévoile ses idées et ses chiffres. Eugène Ernst, patron de la CSC-Enseignement : « Avant les élections, nous avions analysé les programmes des partis politiques et nous avions été surpris de l’absence d’une vraie réflexion budgétaire. Or, nous savions tous que la crise n’était pas terminée et que suite à la sixième réforme de l’État, une partie de la dette allait devoir être supportée par les entités fédérées. » Et de dénoncer les promesses lancées pendant la compagne électorale. « Le PS promettait d’engager 1.000 enseignants, allait faire en sorte que les repas de midi soient offerts aux enfants… Le cdH mettait en avant « l’humain » et jurait de faire de l’enseignement et de la petite enfance sa priorité numéro un. Aujourd’hui, nous nous sentons dupés. » 

Les syndicats attendent l’épure budgétaire

Mais que les partis passent sous silence les difficultés budgétaires qui leur étaient pourtant connues n’étonne pas Joan Lismont, Président du Sel-Setca (enseignement libre). « Lors des élections, on sait que les programmes présentés ne seront jamais entièrement réalisés. Cela supposerait que le parti soit seul au pouvoir et que les caisses soient pleines. Ce n’est jamais le cas. On ne peut pas se dire cocus aujourd’hui, personne n’était dupe. »

Au-delà des coupes sombres à venir, ce qui inquiète aussi les syndicats, c’est l’idée que des réformes entreprises ces dernières années puissent ne jamais voir le jour. « Je pense par exemple au chantier des titres et fonctions ou celui de la formation initiale des enseignants. On ne doit rien attendre avant 2020″ continue M. Lismont.

La CSC a, elle, déjà prévenu le gouvernement via un communiqué : elle refuse toute politique d’austérité ou de rigueur. « Les enseignants restent profondément marqués par les politiques d’austérité menées dans les années 80 et 90. Ils en subissent encore aujourd’hui les effets délétères, lit-on. Les vacances n’atténueront pas notre vigilance et nous sommes d’ores et déjà prêts à réagir avec force et vigueur si le PS et le Cdh oubliaient leurs promesses électorales! »

Pourquoi accepter de perdre 30% de son salaire?

Eugène Ernst prolonge : « Nous ne voyons pas comment ils pourront faire des économies sans toucher aux heures NTPP et donc à l’encadrement. L’idée de forcer la collaboration entre les écoles des différents réseaux et de supprimer les options techniques qui font double emploi ne choque pas nos interlocuteurs. Pour autant que l’on garantisse aux agents qui perdraient des heures  qu’ils pourront les récupérer ailleurs (mais alors, pas d’économies). En revanche, la fin des DPPR est jugée inacceptable par Eugène Ernst. « On a déjà revu le système en 2011. Les enseignants ne pouvaient plus partir à 55 ans mais à 58. Résultat : on a même augmenté les dépenses puisque beaucoup d’enseignants ont préféré ne pas prendre de risques et partir tant qu’il en était encore temps. Nos politiques ignorent ce que sont les conditions des travail sur le terrain. Si les prépensions ont tant de succès, c’est que le métier est compliqué. Les gens ne choisiraient pas de perdre 30% de leur salaire si ce n’était pas le cas. Je les mets au défi de venir donner cours pendant une journée. Ils sauront ce que « pénibilité » veut dire. »

Du côté du Setca, on se veut pragmatique : « On aura du mal à défendre ce système qui est très coûteux, nous confie Joan Lismont. On devra malgré tout trouver des pistes pour les enseignants usés : le tutorat ou de la recherche, pourquoi pas? »

L’homme redoute une reprise de la politique des « petits pas » alors que les enseignants attendent davantage de souffle pour redynamiser l’école.

Allez… encore quelques heures de patience. Une chose est certaine, le duo PS-cdH tentera d’associer les syndicats et les pouvoirs organisateurs aux prochaines mesures de restriction, histoire de « cogérer la crise » et éviter que les enseignants ne descendent dans la rue. « Mais ce ne sera pas notre rôle, insiste M. Lismont. Les décisions politiques, c’est eux qui les prennent. Nous, nous serons aux côtés des enseignants. » Voilà une rentrée scolaire qui risque de méchamment sentir la poudre!

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