30 Sep 2014

Joëlle Milquet fait le ménage dans son cabinet

MilquetUn chef de cabinet qui claque la porte en plein conclave budgétaire, ce n’est déjà pas banal. Quand il est suivi d’une dizaine d’autres personnes dont son adjoint et la responsable du projet « Décolâge » (qui vise à lutter contre le redoublement dans l’enseignement primaire), on s’interroge… Que se passe-t-il au Ministère de l’Enseignement obligatoire?

Une dizaine de collaborateurs ont pris la porte

Jean-Luc Adams, le chef de cabinet de la Ministre de l’enseignement Joëlle Milquet a donc démissionné hier soir, suivi par d’autres collaborateurs. L’homme était un « ancien » des cabinets Simonet et Schyns. Officiellement, il raccrocherait pour des raisons de santé. En coulisses, c’est beaucoup moins clair. Car s’il n’y avait que lui… Gaëlle Chapelle, attachée au Cabinet et responsable du plan « Décolâge », l’a suivi… ainsi que le responsable des centres PMS et sa collaboratrice directe, le secrétaire de cabinet, des conseillers au budget… Au total, une grosse dizaine de personnes auraient déjà pris la poudre d’escampette.

Mais pourquoi cette soudaine hémorragie? Tous les démissionnaires seraient des gens issus des anciens cabinets, nous dit-on. Fort bien… Mais encore? Ce n’est pas simplement une petite transition entre l’ancienne et la nouvelle équipe. Les conseillers qui ont fui leur bureau étaient engagés dans un projet de législature. Il nous revient que plusieurs éléments pourraient expliquer cette soudaine désertion. Il y d’abord le caractère de la nouvelle patronne. Joëlle, c’est une sacrée personnalité, un bulldozer… là où Marie-Dominique Simonet et Marie-Martine Schyns se la jouaient plutôt « patte de velours », la Ministre n’a pas ménagé ses équipes. Celle qui est également en charge de la Culture et vice-présidente du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a, dès sa prise de fonction, exigé des résultats, secoué le cocotier. « Elle arrive de l’Intérieur, c’est une autre mentalité, un autre rythme de travail » nous lâche ce collaborateur, qui souhaite rester anonyme (on le comprend). Comprenez : face à l’ampleur de la tâche, l’importance des dossiers et devant la pression imposée, certains ont craqué… ou n’ont pas supporté que l’on vienne bouleverser leur petit confort.

Joëlle Milquet : la culture du résultat

Ce n’est un secret pour personne : entre la Ministre et son administration, ce n’est pas le grand amour. Les fonctionnaires réclament des moyens supplémentaires… Mais Milquet rechigne à délier les cordons de la bourse. Plus d’argent? Pour quelle politique? Continuer celle qui a fait de notre enseignement l’un des plus inégalitaires au monde? Celle qui nous classe régulièrement en queue de peloton aux enquêtes PISA? Investir, ok… Mais regardons ce qui se fait chez le voisin. On ne parle pas de la Finlande, ça c’est le voisin tout au bout de la rue… Non, celui juste à côté, la Flandre. « Débarquée du fédéral, Joëlle a un regard vierge de tous préjugés sur le travail accompli. Elle observe… et constate. Si les néerlandophones y arrivent, nous pouvons le faire aussi. Et puis, pourquoi certains obtiendraient-ils plus de moyens alors que, sur le terrain, on demande aux enseignants de se serrer la ceinture, de mieux accompagner leurs élèves… sans aucun investissement nouveau! »

Il y a ensuite l’organisation même du cabinet. Les équipes seraient sans cesse déplacées, les missions annulées ou modifiées en cours de route… sans vision très claire. Notons aussi les restrictions du nombre de collaborateurs dans les cabinets. L’Enseignement en Communauté française, c’est plus de 7 milliards d’euros sur les 10 milliards de budget annuel de la FWB. Ajoutez les bâtiments scolaires, la petite enfance et la culture et vous constaterez que Mme Milquet, c’est un sacré paquet de compétences à elle toute seule… et 90% des finances communautaire. Et pourtant, les restrictions budgétaires ne lui permettent que d’avoir 55 collaborateurs équivalents temps plein, soit le même nombre que son prédécesseur. On touche ici aux conditions de travail. Il est normal que cela coince…

Reste le « Pacte d’excellence ». Qui le pilotera à présent? Il faut savoir que ce sont justement les agents démissionnaires qui avaient conseillé les négociateurs cdH lors de la rédaction de la déclaration de politique communautaire. Tant d’experts qui mettent les voiles, c’est ennuyeux. Surtout que le budget 2015 de la Fédération se discute en ce moment… et que des décisions lourdes de conséquences devront être prises, qui auront un impact direct sur le travail des enseignants, dans les écoles. Qui sera le prochain chef de cabinet? Vous pouvez déjà envoyer votre lettre de motivation… elle sera lue avec attention.

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