75% des enseignants pourraient débrayer le 6 novembre

Sebastien-Jacqmin-DessPresse044-formations-mediocresLes syndicats sont confiants : ils attendent plus de 100.000 personnes, jeudi, dans les rues de Bruxelles, à l’occasion de la première manifestation nationale organisée en représailles des projets de réforme programmés par le gouvernement Michel. Cette dernière partira à midi de la gare du Nord, et le cortège empruntera les grands boulevards. Il traversera ensuite le centre-ville pour rejoindre la gare du Midi et se disloquera vers 16H00.

Le traumatisme des années 90

Plus de 7 enseignants sur 10 pourraient se joindre au mouvement… ou du moins ne pas se rendre à l’école, histoire de manifester leur mécontentement. Les mesures visant les pensions ou l’interruption des carrières ne passent décidément pas au sein d’une profession soumise depuis de longues années à une cure d’austérité. La diète, habituellement prescrite par la Communauté française, est cette fois fédérale. Et les syndicats promettent qu’elle fera mal comme jamais! Pour rappel, l’interruption de carrière ne bénéficiera plus de l’allocation-bonus de l’Onem ; les années d’études ne seront plus prises en compte pour le calcul de la durée de carrière et le mode de calcul de la pension se basera sur la moyenne des vingt dernières années de traitement (au lieu de dix aujourd’hui). Travailler jusqu’à six ou sept années supplémentaires ne permettra à aucun agent d’obtenir une pension équivalente à celle que reçoivent leurs aînés récemment retraités.

Les arrêts de travail avaient été des succès, les 22 et 23 octobre derniers. De grosses perturbations sont donc à prévoir dans les écoles. Et pourtant, les enseignants ne sont pas, en Belgique, ce qu’on appelle des « gréviculteurs ». Chez nos voisins français, par exemple, l’Éducation nationale est l’un des secteurs professionnels les plus grévistes du pays. Essayez de vous rappeler quand, pour la dernière fois, les instituteurs et professeurs de Wallonie et Bruxelles ont battu le pavé… Il faut remonter à mai 2011! Et avant cela, le bond dans le temps nous ramène jusqu’aux années 90. Une grève incroyable, longue et mouvementée, menée contre les mesures d’austérité de Laurette Onkelinx (PS). « Dès le printemps 95, la ministre lance un plan de rationalisation de l’enseignement secondaire, explique Philippe Schmetz, de l’Aped (Appel pour une école démocratique). Les écoles de moins de 400 élèves doivent fusionner ou disparaître. Et 2800 à 3000 emplois passer à la trappe. En raison de nombreuses actions de protestation, le volume des pertes d’emploi est ramené à 800. Mais Onkelinx refait ses comptes : il lui faut encore trouver 3 milliards de francs belges, ce qui équivaut, à ses yeux, à sacrifier 3000 emplois ! L’enseignement francophone connaît alors, début 96, la plus longue grève de son histoire : de fin février à début mai, les arrêts de travail, manifestations, actions se suivent sans interruption. En vain, malheureusement. Les 3000 emplois disparaissent et une école sur cinq se voit absorbée par une entité plus grande. »

Lassés des campagnes de dénigrement

C’est en partie le traumatisme vécu à cette époque qui explique que certains collègues, lassés et/ou désabusés, resteront ce jeudi dans leur classe. Ils se souviennent des coups de matraques, des jets des autopompes…, de l’attitude inflexible et méprisante de l’autorité au pouvoir, des campagnes de dénigrement, du peu de soutien des parents… et de la population en général. Et du retour à l’école, quelques semaines, avant les examens, la queue entre les jambes… disons-le tout net.

Il faut insister sur cet aspect de la grève de 96. Il y est vraiment question de la qualité de l’enseignement. Les insultes proférées envers les professeurs durant le mouvement, par exemple quand ils participaient à des piquets de grève, avaient beau être toujours du même tonneau (« Qu’est-ce qu’ils veulent encore, les profs ? Deux mois de vacances, c’est pas assez ? Leurs salaires ne sont-ils pas suffisants pour 20 heures par semaine ? »), l’enjeu est clairement ailleurs : il faut sauver l’emploi, c’est-à-dire l’encadrement des jeunes et le rôle de l’école comme lieu d’émancipation sociale. Le débat, au sein du mouvement, s’avère très riche, établissant le rapport étroit entre l’école et la société, et vice-versa.

Depuis cette époque, les profs n’osent plus trop bouger. Mais les choses sont peut-être en train de changer… D’autant qu’ici, les enseignants ne seront pas seuls. Policiers, pompiers, cheminots, métallos… employés et ouvriers… tous seront dans la rue. Aux syndicats de se montrer fermes!

Notons encore que, même si un établissement voit une majorité de ses enseignants partir manifester, il est dans l’obligation d’assurer l’accueil des élèves. Toutes les écoles doivent rester joignables pour les parents désireux de leur confier leur(s) enfant(s). Mais rien n’oblige les enseignants – ni les directions d’ailleurs – à se rendre à l’école. Les pouvoirs organisateurs seront certainement sur le pied de guerre pour assurer, ici et là, l’une ou l’autre permanence.

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