17 Mar 2015

Une école à 0/20 peut être une bonne école

ClassementIl y a quelques jours, la presse s’est fait l’écho du dernier classement des établissements scolaires de la Fédération Wallonie-Bruxelles, où chaque école se voit attribuer une note de un à vingt sur vingt… censée révéler la réalité socio-économique des parents des élèves qui y sont scolarisés. Les écoles avec une faible note peuvent obtenir des subsides supplémentaires… et pour certaines – qui ne dépassent pas les 5 points – le statut d’école à « encadrement différencié », autrefois mieux connu sous l’appellation « discrimination positive ». Les écoles plus « favorisées » (dont la note est comprise entre 16 et 20) doivent, elles, venir en aide aux plus « faibles » en concédant une partie de leurs moyens.

Une réelle stigmatisation des élèves et des enseignants

En soi, ce classement n’a rien d’extraordinaire. Pour noter une école, l’administration relève le revenu moyen, par habitant, de l’endroit où vit l’élève, le niveau moyen d’instruction ainsi que les taux de chômage et d’activité. On n’apprend rien sur la motivation des enfants qui fréquentent les écoles les moins bien notées, la moyenne de leurs résultats (les élèves de ces écoles sont-ils moins malins que les autres?) l’engagement de leurs enseignants et la qualité du travail réalisé tous les jours dans des conditions parfois difficiles.

Et c’est là qu’est le souci! Quelques journalistes y vont l’occasion de se faire mousser à moindre frais, présentant leur sujet de telle manière que le public pouvait croire qu’une école mal classée était une mauvaise école, à éviter absolument. Ils l’ont transformé en classement qualitatif. C’est ainsi qu’un journal débutait son article par « Le moment d’inscrire ses enfants en première secondaire est arrivé. Mieux vaut donc être sûr de choisir la bonne école. » N’est-ce pas triste de semer ainsi le doute dans l’esprit des parents? Qu’est-ce qu’une bonne école, finalement? Il n’y a aucune réponse… puisque les bonnes écoles n’existent pas. Il n’y a que des bons et des mauvais enseignants. Et des bons et des mauvais enseignants, on en retrouve dans toutes les écoles, sans exception.

Donner à chaque enfant de réelles chances d’émancipation

Les enseignants ont été nombreux à réagir devant ce qu’ils considèrent comme de la stigmatisation. « Cette publication et la présentation qui en est faite (notamment les titres et les mots choisis) ne reflètent ni la réalité vécue dans ces établissements ni la qualité du travail des équipes pédagogiques dans les écoles. Malgré des conditions de travail difficiles, ces enseignants aident au mieux les enfants qui leur sont confiés » a indiqué Eugène Ernst, de la CSC-Enseignement. « Un tel événement montre, une fois de plus l’urgence, de développer une politique de régulation des inscriptions afin de combattre les inégalités sociales et scolaires et que chaque école puisse donner à chaque enfant de réelles chances d’émancipation. »

Aucun classement n’existe qui nous informerait du niveau de réussite des élèves des écoles les plus « faibles ». Ou du plaisir qu’ils ont à fréquenter leur école et côtoyer leurs professeurs ou instituteurs. Ce dernier point est pourtant un facteur essentiel pour leur épanouissement et leur autonomie.

Certains établissements ont aussi des projets pédagogiques extraordinaires et des directions dynamiques, conscientes des difficultés du public qu’elles accueillent tous les jours. Les professeurs de ces écoles n’ont pas à être méprisés pour un classement sur lequel ils n’ont aucune prise… Bien au contraire. C’est par leur travail que le niveau moyen d’instruction de leur quartier augmentera… et par là, certainement, le taux d’activité et le revenu par habitant. Ce sont eux qui, au fond, de par leurs efforts et leur engagement auprès des plus précarisés, méritent bien un vingt sur vingt.

S'abonner à notre newsletter

Recevez gratuitement les dernières actualités de l'enseignement dans votre boîte mail.