20 Fév 2018

[OPINION] Ma petite vie de prof bénévole

Demain, c’est la journée mondiale du scoutisme. Fauvette Train d’enfer, c’est moi. Ou plutôt, c’était… car voilà longtemps que le short a été rangé, avec ma chemise et mon foulard, au fond d’un tiroir. Mais j’ai toujours essayé de conserver l’esprit et les valeurs de ce mouvement qui m’a beaucoup appris. Pensez, dix années comme nuton, lutin puis guide… puis quatre années d’animation, ca vous marque une jeune. Les jeux dans la forêt, l’aide apportée aux plus petits, l’engagement au sein du quartier pour faire de notre environnement un lieu plus agréable à vivre pour tous, le temps jamais compté pour rendre service. Plein de beaux souvenirs… Mais je m’égare un peu.

Le plaisir que j’ai eu à animer les plus petits m’a assez naturellement conduit à entamer des études d’institutrice. Il y a déjà quatre ans. Oui, je sais, je suis une petite bleusaille.

Voilà des mois que j’enchaîne les remplacements dans ma province. Parfois deux semaines voire trois… plus rarement un mois complet. Deux mois? C’était exceptionnel. J’apprends donc mon métier bien gentiment en découvrant chaque année six ou sept écoles différentes. Parfois j’y reviens. Et souvent je m’y sens bien.

Et si chaque prof offrait une ou deux journée chaque année?

Dans 99% des cas, je suis payée pour mon travail. Mais parfois, je l’offre. Je suis une « instit-bénévole ».

Comment? Je vous vois lever les yeux au ciel. « Une bénévole? Dans l’enseignement? Comment est-ce possible? ». Cela arrive, oui. Parfois, une collègue s’absente pour maladie pendant un jour ou deux… plus rarement trois… et ne peut être remplacée. Là où j’habite – et d’ailleurs un peu partout en Wallonie et bien sûr à Bruxelles – la pénurie touche beaucoup les écoles. Les directions ont toutes les peines du monde à trouver un enseignant au pied levé pour des périodes très (trop?) courtes. Un intérim de 24 ou 48 heures n’interesse pas grand monde. Il y a de la paperasse à remplir, le salaire passera aussi dans le carburant pour venir travailler… Quand on fait ses comptes, on n’est que rarement gagnant. Alors c’est là que j’arrive.

N’ayant que rès rarement un temp plein, j’ai parfois une journée à offrir… ou même une semaine. C’est cool. Je pourrais la passer chez moi devant la télé mais je préfère être en classe. Mon téléphone est allumé au cas où un remplacement (payé celui-là) s’offrirait à moi… mais je rentabilise mon temps. Une dizaine d’écoles déjà en 2016-2017. Deux jours le plus souvent.

Bien sûr, difficile de s’engager pleinement quand on sait qu’on est de passage. Mon but est triple : me sentir utile, soulager la direction de l’école (et les collègues) et occuper les enfants. Si je n’étais pas là, ils seraient peut-être répartis dans d’autres classes, chez d’autres instituteurs et institutrices… ou invités à rester à la maison, ce qui poserait aussi des souçis aux parents.

Grâce à moi et d’autres bénévoles, les enfants restent bien en classe et travaillent. Je reprends le cours de l’enseignant malade ou en formation, je propose de la remédiation, des exercices de dépassement, des jeux, des ateliers… J’assure une parenthèse agréable et la plus constructive possible.

Bien souvent, cela se passe super bien. Les collègues sont heureuses de me voir arriver et trouvent la démarche originale. Elles qui ont un temps plein aimeraient parfois en faire autant. Mais une journée ne fait que 24h et la charge de travail est telle quand on la chance d’avoir charge de classe à l’année, qu’il est très difficile de s’engager ainsi.

Prendre le travail d’un autre? Difficile à croire quand l’emploi n’est pas pourvu

Parfois, c’est plus difficile. « Tu prends le travail d’une collègue » m’a un jour « craché » (oui, c’est le mot) ma voisine de classe. Elle ne pouvait pas se tromper davantage. Prendre le travail de qqun qui serait venu pour deux jours? Prendre le travail pour une classe qui était déjà sans enseignante depuis dix jours et que manifestement, personne ne souhaitait récupérer? La direction avait cherché, en vain… Elle avait sonné à toutes les anciennes et les anciens stagiaires. Sans résultat. Il restait le jeudi et le vendredi. Je suis venue. Voilà.

J’en connais d’autres qui, comme moi, se rendent disponibles pour quelques heures ou une journée complète. Ils arrivent avec des jeux, des exercices, des idées nouvelles. Ils ne demandent pas un euro pour ce service.

C’est notre bonne action, notre geste de solidarité. Parce que le métier d’enseignant est parfois assez solitaire, chacun dans sa classe, chacun dans son école, on en oublie le sens du mot « entraide ». Quand je suis accueillie avec un grand sourire, qu’on m’offre le repas chaud, une tasse de café à la salle des profs… Je sais que j’ai fait quelque chose de chouette. J’avais indiqué « Scoutisme » sur mon CV… et je respecte ses valeurs.

Bientôt une nouvelle communauté?

Aujourd’hui, je caressse l’envie de créer une communauté d’instituteurs et de professeurs qui, comme moi, se rendraient utiles deux ou trois fois par an pour aider ces écoles qui ne trouvent pas d’enseignant pour leurs élèves. Les pages du forem ou d’Enseignons sont pleines de propositions pour un jour ou deux. Difficile de croire qu’elles trouveront preneurs. L’an dernier, à Verviers, une école primaire avait même passé une annonce sur Facebook pour trouver une instit bénévole. Je l’avais lu dans le journal. Cela semblait étonnant. Ce n’est pas rare pourtant.

Le besoin est là, bien réel. Pour moi c’est une journée de loisirs en moins. Et pour les enfants, un jour sans école en moins. Les loisirs se feront plus tard. La matière à rattraper, c’est moins sûr.

Alors en cette journée mondiale du scoutisme, je veux redire à quel point j’adore mon métier et la chance que j’ai de travailler avec de chouettes enfants et de chouettes équipes. Merci aux directions qui accueillent des gens comme moi, très simplement. J’espère que ce petit message donnera envie à d’autres enseignants de se lancer et à d’autres écoles d’oser les annonces du type « Cela fait une semaine que j’attends un enseignant pour la classe de P5. Même pour un jour ou deux en bénévolat, ce serait super! ». Vous verrez, vous pourriez peut-être être surpris. Je lisais il y a peu que les enseignants avaient un grand cœur…

Fauvette [Texte publié sur la page Facebook d’Enseignons.be en février 2017]

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