10 Avr 2019

“Le changement c’est maintenant” : un slogan également numérique ?

Le constat

La formation aux compétences numériques, représente l’un des enjeux les plus importants pour les générations futures, qu’on soit élève ou enseignant.
En l’état actuel de notre système éducatif, l’enseignant est le garant du savoir, des compétences. Seulement voilà, les modifications de notre société au niveau technologique, impliquent un basculement de la maîtrise de certains savoirs et compétences.
Et si on écoutait un peu plus les élèves ? Et si, tout en les valorisant et en exploitant leurs compétences, on permettait au système éducatif d’évoluer positivement en tenant compte des forces et intelligences de chacun ? C’est ce que je vous propose de découvrir, en s’attardant sur l’évolution de la situation pédagogique de mon école (l’Athénée Royal de l’Air Pur de Seraing en Belgique), ainsi que sur certains projets de nos collègues canadien.

Le changement numérique : lentement mais sûrement ?

L’appropriation des outils pédagogiques par les élèves

L’année scolaire précédente, et à la suite d’un échange Etwinning au Danemark, je rencontrais des professeurs de toute l’Europe. Par la même occasion, j’ai pu expérimenter de nombreux outils technologiques et collaboratifs, tels que Padlet, Kahoot, etc…
Une année et demi plus tard, et après l’avoir appliqué activement en cours quotidiennement, et formé un grand nombre de collègues, les « petites graines » plantées commencent à porter leurs fruits.
« Monsieur, j’ai été élue déléguée. J’ai décidé pour la classe de créer un Padlet qui nous servira de journal de classe électronique, et qui permettra aux absents de suivre les cours plus facilement ».
Anyssia 14 ans, est élève en 3e secondaire. De spectatrice et simple utilisatrice des outils numériques, elle est devenue avec sa classe une « créatrice ». Quand l’élève s’approprie de manière pédagogique un outil technologique utilisé en classe, nous pouvons nous dire que nous intégrons une nouvelle dimension de la pédagogie numérique.
Anyssia : « l’idée elle m’est venue de vous, et j’ai pensé qu’un journal de classe en ligne serai plus pratique car on oublie souvent les devoirs. Comment j’ai fait? Tout simplement j’ai créé un compte Padlet et crée une page ensuite ajouté des colonnes voilà »
Je reprends ses mots « l’idée m’est venue tout simplement ». Il est difficile de vous expliquer comment l’on peut se sentir, lorsqu’un élève à qui vous avez proposé un nouvel outil, pour qu’il progresse plus facilement dans son apprentissage, vous dit qu’il l’a à son tour utilisé pour se faciliter la vie, ainsi que celle de sa classe. Une petite victoire comme celle-ci motive , incite à continuer et persévérer.
Reposant sur sa seule initiative, et encouragée par la classe, l’idée a pourtant germée en quelque sorte de manière collective. Ethan a 14 ans, et avait lui aussi eu l’idée d’une telle utilisation.
Ethan : « J’avais également eu cette idée, mais j’avais peur de la proposer, peur qu’on me le refuse ».
« Le changement c’est maintenant », un slogan également applicable au numérique ? De la même manière que les marches pour l’écologie et le climat, et si la solution pouvait également provenir de nos jeunes ?
Personnellement, j’en suis plus que convaincu. Preuve en-est : la suite de la démarche de cette classe : aider d’autres enseignants n’ayant encore pu obtenir cette formation. Anyssia et ses camarades, ont décidé sur leur temps libre, d’expliquer à Françoise, un professeur de français, comment elle pouvait utiliser cet outil dans le cadre de ces cours.
Françoise : – « La déléguée de la classe m’a demandé l’autorisation pour présenter le padlet qu’elle a créé pour sa classe. Outre la mise en pratique des enseignements de Monsieur Di Pasquale, elle met à la disposition de sa classe un lien que tous pourront utiliser afin de palier aux retards ou aux absences aux cours.
– Je trouve sa démarche responsable, mature et innovante pour une jeune déléguée de classe.
– Comme je trouve ce système astucieux, je lui ai demandé de m’apprendre à en créer un pour moi et mon cours. Avec enthousiasme, elle viendra avec le co-délégué ce lundi sur le temps de midi pour m’apprendre à créer et l’utiliser à bon escient.
– J’adore cette démarche car les rôles s’inversent. Je viendrai une heure plus tôt que mon horaire habituel, nous mangerons ensemble et deux de mes élèves m’offriront leur savoir. Quoi de plus génial que les échanges inter-générationnels et une relation autre que prof/élève.
– Merci à ces deux élèves. Merci à tous les élèves de la classe. Merci à tous mes élèves du lien qui nous unit avec tout le respect qui se doit dans l’apprentissage, dans la communication et dans le relationnel. Quel beau métier que d’enseigner! »

La participation des élèves au processus de réflexion

Une idée neuve de faire participer davantage les élèves dans le processus de changement pédagogique ? Pas vraiment. Au Canada par exemple, des élèves sont déjà amenés à témoigner, et donner leurs avis dans le cadre de différentes conférences sur le numérique. Comment mieux adapter la pratique qu’en demandant son avis à celui qui en sera la cible ?

Au sommet du numérique en éducation par exemple, les élèves, devant un panel de chercheurs, conseillers pédagogiques, directeurs, et enseignants, décrivaient leurs utilisations pédagogiques des outils numériques, leurs avantages, mais aussi leurs inconvénients.

Que dire de cet autre exemple, qui nous vient (encore) du Canada avec « Technovation Montreal », où Ann 12 ans, nous explique comment elle a réussi avec du soutient, à concevoir une application pédagogique dans le but d’aider le plus grand nombre d’élèves, à suivre les cours de manière plus ludique, pour surpasser certaines de leurs difficultés ?
« Les mathématiques, c’est selon moi le cours le plus ennuyeux, je ne sais pas si c’est sa façon de parler, mais mon professeur utilise un ton monotone. Personne ne veut l’écouter et j’aimerais l’aider. Avec Technovation, nous essayons de faire quelque chose d’éducatif. Ce que j’ai remarqué dans quelques applications, c’est que ça aide pour l’étude, je connais beaucoup d’élèves qui n’aiment pas l’école, notre application va aider les élèves à s’interesser aux mathématiques. » (Source : Technovation)

Enfin lors de mon intervention à la FOMAP 2019 à Martigny (Suisse), j’ai de nouveau pu observer cette pratique étonnante, innovante. Des élèves aux portes du diplôme du secondaire, y exposaient leurs analyses sur le fonctionnement du système éducatif à travers de nombreux thèmes. À la fois critique, et très pertinente pour des jeunes de leur âge, je n’ai pu m’empêcher de les féliciter chaleureusement, pour notamment, leur analyse objective de l’utilisation du numérique dans une salle de classe.

Quand numérique rime aussi avec engagement citoyen

Pour en revenir à notre école (l’Athénée Royal de l’Air Pur de Seraing), connaissiez-vous l’application et le moteur de recherche Ecosia ? Car personnellement, avant d’assister à la réunion de nos élèves pour les marches climatiques, ce n’était pas mon cas.
Ecosia est un moteur de recherche alternatif, qui propose pour chaque recherche, de reverser 80% de ses bénéfices, à un fond visant à replanter des arbres à travers le monde.
Sans mes élèves, sans leur réunion (basée sur leur seule initiative), je n’aurais peut-être jamais eu connaissance de cette application ! Merci à eux, merci pour leur engagement.
Encore un exemple d’appropriation d’outils numériques. Encore une situation où, grâce à l’intervention de ces élèves, bien trop souvent considérés comme de simples adolescents, j’ai pu enrichir ma boite à “ouTICE”. C’était décidé, il fallait que je mette cette succession d’événements sur “papier / écran”.

Conclusion

La solution ne vient pas toujours de là où l’on l’attend, et cela est peut-être valable également pour ce qui concerne le numérique.
Donner la parole et impliquer davantage nos élèves, c’est également respecter les missions prioritaires de l’enseignement en Fédération Wallonie-Bruxelles, en leur permettant de s’émanciper, en leur donner confiance en eux. Le changement c’est maintenant, et c’est l’affaire de tous. Enseignants, étudiants, parents.. en avant !
“Un voyage de mille kilomètres, commence toujours par un premier pas.” (Lao Tseu). 
Laurent Di Pasquale
Professeur de sciences humaines à la Fédération Wallonie-Bruxelles
Formateur TICE (EduLab)

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