Interdiction du smartphone et usage pédagogique des tablettes ? Compatible ?

Connaissez-vous Michel ? Non !? Fin juillet, Michel a tiré sa révérence. Il a quitté sa boîte dans laquelle il officiait depuis 15 ans pour monter sa start-up. Mais bon après réflexion, la gestion des processus, l’IA… y’en a un peu marre finalement… « À l’aube de mes 50 ans, c’est retourner à mes premiers amours, redevenir prof, transmettre mon expérience aux jeunes qui serait vraiment valorisant » se dit Michel! *

Constance, sa soeur, professeur d’histoire au collège Denfert lui a si souvent reproché d’avoir raccroché avec le plus beau métier du monde… (exception faite évidemment du petit Rochereau, l’élève qui la fait tourner en bourrique.)

Ce 1er septembre 2020, c’est donc un Michel, ragaillardi, conquérant qui a repris le chemin de l’école, direction Denfert comme professeur de mathématiques.

Mais, me direz-vous, quel rapport avec la cyber, la protection et la sécurité numérique ?

Et bien, j’y viens !

Un constat alarmant ?

Michel a à peine posé le pied dans le grand hall de Denfert, que sous ses yeux ébahis, il est saisi par cette horde d’élèves la tête basculée en avant, tels des poules qui cherchent des cailloux ! Mais que regardent-ils avec autant d’intérêt dans le creux de leurs mains dans ce silence relatif presque angoissant ?

Leurs téléphones portables !

Michel est pris d’une fulgurante envie de se prendre pour un coq et de leur voler dans les plumes, mais se sent vite désarmé. « Dire qu’on nous a demandé en prérentrée d’être discret avec nos téléphones pour ne pas tenter les élèves! Que dois-je faire ? Quelle est la règle ? » se désole Michel.

Et chez nos voisins ?

Le moins que l’on puisse dire c’est que dans le monde la règle varie. Petit tour d’horizon : En France, la loi du 3 août 2018 (article L. 511-5 du Code de l’éducation) prévoit une interdiction générale de l’utilisation du téléphone portable et de tout autre équipement terminal de communications électroniques (tablette ou montre connectée, par exemple) dans l’enceinte des écoles et des collèges en activités scolaire ou périscolaire. C’est le cas de l’Italie et de l’Allemagne. La Belgique, quant à elle, a fait le choix de laisser le choix justement et il revient à chaque établissement de modifier son règlement intérieur comme il l’entend. On observe que la grande majorité a opté pour l’interdiction. Aux Etats-Unis, c’est à chaque Etat de réglementer. Le Canada, lui, laisse une grande liberté.

Les chiffres parlent …

Selon Médiamétrie, 65% des jeunes de 11 à 14 ans ont déjà leur propre smartphone personnel, un cadeau de la famille le plus souvent. Quant à la possession d’un téléphone portable par un élève dans un établissement scolaire, qu’il lui appartienne ou non, on frôle dans certaines études les 90%. La question n’est donc pas sans intérêt…

Pour ou contre ?

Selon les détracteurs du téléphone, en premier lieu l’Education Nationale française et de nombreuses associations, « l’utilisation du téléphone portable peut nuire gravement à la qualité d’écoute et de concentration nécessaire aux activités d’enseignement. Son usage est à l’origine d’une part importante des incivilités et des perturbations au sein des établissements. Les GSM peuvent susciter la convoitise, le racket, le vol entre camarades. En outre, leur utilisation dans l’enceinte des établissements diminue la qualité de la vie collective pourtant indispensable à l’épanouissement des élèves, à commencer pendant les récréations. Enfin, ils sont parfois des vecteurs de cyberharcèlement et facilitent l’accès aux images violentes, notamment pornographiques, pour les jeunes, au moyen d’Internet. »

Et Vous, Pour ou Contre le téléphone portable dans les établissements scolaires ?

À l’ISSA France, nous ne sommes pas certains qu’il faille poser le débat en ces termes. Comment être audible quand d’une part est interdit le téléphone et que de l’autre est lancé un « plan tablettes » massif pour équiper les élèves dans le cadre de la transformation numérique des établissements ?

Ce que tout à chacun doit bien comprendre c’est que le problème se situe davantage au niveau des usages numériques et moins sur le terminal utilisé…

Et c’est bien l’usage numérique des plus jeunes qu’il faut encadrer. On ne peut en effet pas mettre sur le même plan un échange de 20 minutes avec un ami ou un cousin pour parler de la dernière série à la mode, passer 2 heures non stop sur Tik Tok à se prendre en selfie pour ressembler à la dernière bimbo à la mode aux pensées très profondes qu’on like au moindre clignement de cil, avec des posts d’insultes et de photos compromettantes sur Instagram ou encore avec une recherche Wikipédia.

Si pour des raisons de santé et de développement de l’enfant (on ne compte plus les études alarmantes sur le sujet) la présence des écrans doit être vraiment minimisée pour les tous petits et les plus jeunes (non! on ne plante pas un bébé de 2 ans devant un écran pour qu’il arrête de pleurer!), le smartphone est et reste un fabuleux outil notamment de communication qui fait aujourd’hui partie de la vie quotidienne, de la sphère privée jusqu’au monde de l’entreprise.

Qui doit s’adapter ? L’école ou la société ?

Pour l’usage raisonnable, on repassera. Nous vivons une époque d’euphorie dû à la nouveauté et c’est normal et humain et ça ne concerne pas que les enfants ! Nous ne voyons pas comment on pourrait avoir un usage raisonnable alors même que le smartphone concentre à lui seul le réveil matin, la montre, le journal météo, le téléphone, le répondeur, Internet, l’agenda, l’appareil photo et même la pellicule ! Mais par contre au sein de l’ISSA France nous prônons un usage raisonné. Et ce n’est pas la même chose. Développer un usage raisonné d’Internet, des applications, du téléphone et de ses fonctionnalités natives, c’est faire en sorte que les enfants aient les clés pour comprendre le cyberespace, en connaissent les codes (et les codes. Le jeu de mots est facile) en comprennent les modalités de fonctionnement et les acteurs clés et soient surtout armés pour repérer les dangers et les contourner. Défendre un usage raisonné, c’est soi-même monter en compétence pour accompagner, soutenir les enfants dans leur voyage et vie numérique. Depuis le temps que nous parcourons les classes, nous le voyons bien : les enfants adorent apprendre! Ils sont demandeurs.

Un juste milieu

En somme, si décision est prise d’interdire le téléphone au sein des établissements, elle doit l’être pour les bonnes raisons mais l’interdire en pensant que ça réglera tous les problèmes d’usage, c’est non seulement déplacer le problème en dehors de l’école, mais voire l’amplifier pour les années à venir et notamment au lycée et chez les jeunes adultes.

L’école et le collège sont des lieux tout à fait adaptés pour la prévention numérique, comme ils le sont pour la prévention routière, l’éducation sexuelle et autres que le téléphone y soit interdit ou pas. Ce n’est pas du tout incompatible. Il nous revient à nous, parents, familles, enseignants, politiques, intellectuels, de s’inscrire dans le sens de l’histoire en accompagnant les enfants pour qu’ils deviennent des utilisateurs avertis, en pleine maîtrise de leurs outils, et de futurs adultes bien préparés au monde professionnel et aux challenges numériques futurs. Encore faut-il pour cela éclairer les parents, familles, enseignants, et toute personne qui doit gérer ce genre de problématiques et c’est ce que nous, l’ISSA France, association œuvrant dans la pédagogie numérique, nous essaierons de faire dans cette nouvelle chronique en vous contant avec bonheur les aventures et mésaventures de Michel dans le cyber’space. 🙂

* Petite dédicace à Laure Closier, journaliste sur BFM Business et son Michel…

Diane Rambaldini – ISSA France Security Tuesday – Présidente cofondatrice

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