Octobre 2026, propos recueillis par Sophie Lebrun
Un article du magazine Symbioses n°148
A l’école spécialisée IMP René Thône de La Louvière, l’alimentation durable se déploie tous azimuts : dans divers projets pédagogiques, à la cantine, et dans la filière « Commis·es de cuisine » du secondaire, qui inclut un restaurant didactique.
Petit à petit, l’alimentation saine et durable percole à tous niveaux, à l’Institut médico-pédagogique (IMP) provincial René Thône de La Louvière, une école primaire et secondaire spécialisée qui accueille des jeunes présentant une déficience mentale, des troubles du comportement ou des difficultés d’apprentissage. Dans la foulée du label Cantines Durables (lire l'encadré ici) acquis en 2025, l’établissement a créé un restaurant didactique qui permet à des élèves de cuisiner pour d’autres jeunes de l’IMP. Entretien avec Pierre Vanderslycken, chargé de projets à l’IMP, et Romane Conséquence, cheffe d’atelier en option Commis·e de cuisine.
Pierre Vanderslycken : Depuis 2018, notre école s’est engagée sur la voie de l’alimentation saine et durable. C’est d’autant plus important que nous accueillons des enfants et des adolescent·es en majorité socialement précarisés, et présentant des troubles qui peuvent être accentués par une alimentation trop sucrée et riche en graisses. Nous avons développé une bibliothèque-ludothèque sur l’alimentation durable, supprimé les distributeurs de sodas, accueilli des ateliers de cuisine anti-gaspillage et d’éducation au goût, installé un potager, visité une ferme de maraîchage biologique pratiquant l’insertion socio-professionnelle... Chaque mercredi, une classe de primaire cuisine une collation saine. Et, via des animations données par des associations comme GoodPlanet et WWF-Belgique, les élèves découvrent l’impact de notre alimentation sur l’environnement (1). Il était donc logique que notre cantine évolue elle aussi dans le sens d’une alimentation plus durable. Et ce changement opéré à la cantine, nous avons aussi voulu le faire percoler vers d’autres publics de l’IMP. Ainsi, nous avons mis en place, dès 2025, un restaurant didactique. Et depuis la rentrée 2026, la cantine elle-même est ouverte non plus seulement aux élèves de primaire, mais aussi à ceux du secondaire.
PV : Les repas de ce « restaurant » sont destinés aux vingt élèves de secondaire qui sont hébergés dans le Service résidentiel pour jeunes (SRJ) de l’IMP. Ils bénéficient ainsi, quatre fois par semaine, d’un menu entrée-plat-dessert sain et durable, servi dans une atmosphère apaisante, en dehors de leur unité de vie. Ces repas sont confectionnés par les élèves de 5e et 6e secondaires en options qualifiantes Commis de cuisine et Commis de cuisine en collectivité, et servis par des élèves plus jeunes de la section Hôtellerie-Alimentation.
Romane Conséquence : D’abord, ils exercent les compétences requises par leur formation dans un contexte « réel », celui d’un « restaurant », certes particulier mais aménagé et décoré comme tel. Cela les encourage à peaufiner les aspects gustatifs et visuels des plats. De plus, le fait de cuisiner pour d’autres jeunes leur apporte la reconnaissance par leurs pairs. Surtout, ils pratiquent une cuisine plus saine et plus durable. En effet, nous retravaillons petit à petit les contenus et techniques des cours de cuisine, sur base des produits et principes utilisés dans la cantine de l’école depuis la labellisation. Ainsi, les apprentissages sont davantage axés sur la préparation de produits frais (le surgelé a quasi disparu), de poisson, de légumes et fruits de saison, de plats végétariens (au menu une fois par semaine), et sur la réduction du gaspillage alimentaire.
Ce n’était pas évident, ni pour les élèves ni même pour les profs de cuisine, d’intégrer les protéines végétales (pois chiches, lentilles, quinoa, chia…) dans les repas, y compris dans les desserts. Mais on a appris à se réinventer. On se montre créatifs pour rendre ces aliments attrayants. Les élèves suivent aussi des formations au Centre d’Excellence provincial des Métiers de l’Hôtellerie (CEMH), données par des professionnels. Ils y approfondissent notamment le travail des légumes de saison.
RC : En effet ! Ils ont cuisiné pour les VIP du festival gastronomique Festifood Mons en 2024, et ils ont participé au concours de cuisine durable Les Cantinades en 2025 (2). Ils ont aussi donné des ateliers de cuisine à des élèves de primaire d’une autre école, au CEMH. Tout cela valorise nos élèves : c’est important, car ils se sentent souvent « moins capables, moins bons » du fait d’être dans l’enseignement spécialisé, tout en ayant la soif d’apprendre.
(1) Découvrez ici des associations proposant des animations sur l’alimentation. L’animation GoodCook Quest de GoodPlanet est racontée dans le Symbioses n°146.
(2) Organisé par la cellule Manger Demain qui coordonne le label Cantines Durables.
« La fin de la gratuité des repas sains et complets à la cantine de l’école, c’est une catastrophe ! », déplore Pierre Vanderslycken. Le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a décidé de supprimer ce dispositif dont bénéficiaient les écoles fondamentales accueillant les élèves les plus défavorisés (lire l'encadré Finis, les repas chauds gratuits). Faute de moyens alternatifs pour préserver cette gratuité, « l’IMP, comme tant d’autres écoles, a dû réinstaurer le repas payant à 4 euros en primaire, que beaucoup de familles ne pourront pas payer, alors que c’était parfois le seul repas complet et équilibré de la journée pour leur enfant. Pour certains élèves, la rentrée 2026 marque le retour à la boîte à tartines vide ou à la fricadelle en guise de repas ».
Octobre 2026, propos recueillis par Sophie Lebrun
Un article du magazine Symbioses n°148